dossier : Can 2004

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Les Fennecs en demi-finale de la Can
Les Algériens trompés par la rumeur
Comme une traînée de poudre, la rumeur de la qualification de l’Algérie a fait sortir des milliers de manifestants dans plusieurs villes d’Algérie. A Alger, l’illusion d’une qualification aura duré le temps d’une joie éphémère propice aux dérapages.

De notre partenaire Le Quotidien d’Oran.

Comme toutes les rumeurs, celle de la disqualification du Maroc pour cause du soi-disant dopage de cinq de ses footballeurs s’est propagée à une allure affolante. Les supporters algériens relayaient diverses informations contradictoires, évoquant des flashes sur la chaîne sportive Eurosport (qui diffusait au même moment un reportage sur l’équipe de... Stuttgart) et sur la chaîne qatarie, Al Djazeera, qui diffusait un bulletin politique.

Aucune information vérifiable, aucun communiqué de la CAF ou de la FAF, pas la moindre précision sur la télévision algérienne, ni encore de dépêches d’agences à partir de Tunis ne sont venus pour donner une forme potentielle à cette rumeur. Et pourtant, comme en 1982 en Espagne, après le match Algérie-Autriche, perdu par les Verts, la rumeur d’une qualification sur tapis vert avait fait sortir des milliers de supporters dans les rues.

Quatre heures de fausse joie

A Alger, en cette fin d’après-midi, les embrassades et les scènes de joie étaient à la mesure de la désillusion de l’élimination par le Maroc. Pendant quatre heures, l’Algérie a été traversée comme une faille sismique par cette rumeur, venant de l’Est algérien en début d’après-midi et gonflant au fur et à mesure avant de précipiter des centaines de fans dans les rues d’Alger. Les oreilles collées au portable, les Algérois se confirmaient « l’information » de la qualification citant, pêle-mêle, des sources anonymes. « Je viens de raccrocher avec un Algérien en Tunisie. C’est vrai, Hadji était dopé », nous explique le plus sérieusement du monde un supporter surexcité.

« C’est vrai, ils l’ont dit à la télévision que les Marocains se sont dopés. On va en finale », explique une étudiante à qui il ne fallait pas dire que la rumeur, née probablement à Sfax, va retomber comme une crêpe à Alger. Drapeaux nationaux, klaxons, défilé d’automobilistes en liesse, les scènes furtives qu’a connues Alger étaient surréalistes. Jusqu’aux coups de 16 heures et le démenti de la radio El Bahdja, les Algériens semblaient persuadés de la véracité de l’information. Dans plusieurs cas, les dérapages ont suivi cette rumeur, notamment dans les wilayas limitrophes à la Tunisie, qui ont vécu plus intensément les rumeurs venant de Tunis ou de Sfax.

Manipulateur chevronné

La frustration de l’élimination face aux Marocains était telle que les... Tunisiens, organisateurs de la CAN 2004, ont été submergés par la colère des supporters algériens. La réaction musclée de la police tunisienne au stade Taieb El Mhiri de Sfax étant le déclencheur de ces représailles qui risquent de mettre à mal, au niveau diplomatique, les relations algéro-tunisiennes.

A l’inverse de toutes les rumeurs, celle de Sfax mérite qu’on s’y attarde. Généralement, selon les spécialistes, la rumeur se greffe à un véritable événement. En l’occurrence, le contrôle antidopage d’après match, Algérie-Maroc, où deux joueurs des deux équipes sont tirés au sort. Matériellement et temporellement, l’analyse des urines des joueurs n’aurait pu se faire que dans la soirée et les résultats ne peuvent logiquement intervenir sous les 24 heures. Il s’avère que sur « l’incident » du contrôle que l’intox a pris forme. Car, à un moment donné de sa propagation, une rumeur de cette ampleur ne peut être que l’oeuvre de manipulateurs chevronnés qui poursuivent d’autres objectifs. Probablement ceux de tester la capacité de mobilisation de la population algérienne ou les ressorts émotionnels de cette population pour la faire sortir dans la rue avec les conséquences néfastes pour l’ordre public que cela pourrait avoir.

De ce fait, la rumeur de Sfax, à deux mois des élections présidentielles et dans une atmosphère politique pourrie par des débats byzantins, paraît loin d’être anecdotique. Elle lance les bases d’une orchestration à large échelle de manifestations « spontanées » qui pourraient servir de défouloir à une population conditionnée par des discours politiques extrémistes. Ceci n’étant pas nouveau en Algérie, du moment que le FIS maniait avec cynisme des foules entières. Reste qu’en l’espace d’un après-midi, ces professionnels de l’intox ont fait davantage perdre à l’Algérie un simple match de football où les Marocains l’ont sportivement emporté sur le terrain. Ils ont réussi à écorner l’image d’une population algérienne prompte à céder à ses pulsions.

Mounir B.


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