Côte d’Ivoire
Mondial 2018 : l’Afrique, le coup de gueule de Yaya Touré
Pour la première fois depuis 1982, aucune sélection africaine n’est parvenue à sortir de la phase de groupes de la Coupe du monde. Dans sa chronique hebdomadaire pour le magazine France Football, le quadruple Joueur africain de l’année Yaya Touré a poussé un coup de gueule en plaidant pour que cet échec serve de prise de conscience afin que les dirigeants africains acceptent de procéder à des réformes en profondeur.

Un terrible retour en arrière. Après avoir compté pour la première fois deux qualifiés en 8es de finale de la Coupe du monde il y a 4 ans (l’Algérie et le Nigeria), l’Afrique a cette fois vu tous ses représentants éliminés dès le premier tour en Russie. Une première depuis 1982, et encore, à l’époque le continent n’avait que 2 représentants (contre 5 à présent) Voix respectée, l’international ivoirien Yaya Touré (35 ans) ne veut pas que cet échec débouche sur les mêmes erreurs que par le passé.

"Si on ne dit rien et si on continue de ne rien faire, je sais ce qu’il va se passer : on va changer les sélectionneurs en place en faisant croire que les solutions ont été trouvées. Mais ça, c’est une mascarade qui dure depuis trop longtemps en Afrique", a pesté le milieu de terrain actuellement libre dans sa chronique pour le magazine France Football. "On préfère reporter la faute sur une personne plutôt que sur un système et une organisation. Pourtant, c’est de là que tout part. Des fédérations qui, la plupart du temps, ne font que de la “paperasse” et des petits arrangements entre amis plutôt que de mettre en place les conditions et les bases d’un football solide."

"Qu’on arrête de dire que l’Afrique n’a pas d’argent. Il y en a, mais..."

Pour le quadruple Joueur africain de l’année, les dirigeants du continent doivent enfin comprendre qu’il faut investir dans la formation… et ne pas chercher à s’enrichir personnellement. "Comment se sortir de cet enlisement si on ne veut pas disparaître du très haut niveau ? En reprenant tout de la base ! Commençons d’abord par structurer les championnats locaux plutôt que de tout mettre en œuvre pour vendre les meilleurs joueurs. La faiblesse de nos championnats reste un frein. Si l’on ne veut plus voir nos jeunes talents tenter des paris insensés et risqués en partant à l’aventure avant même leur majorité plutôt que de continuer à se former au pays, mettons des moyens dans la formation. C’est ça l’avenir. Qu’on arrête de dire que l’Afrique n’a pas d’argent. Il y en a, mais seulement il continue d’être soit mal utilisé, soit détourné."

"Que les fédérations arrêtent de penser à leur petit confort"

Et pour participer à ce travail de fond, qui de mieux que les grands noms du continent africain qui disposent d’une bonne connaissance des structures professionnelles existantes en Europe ? "Que l’on écoute les Abedi Pelé, les Eto’o, les Drogba, les Kalou, les Okocha. Mais qu’on ne fasse pas semblant. Tous ces grands-là ont beaucoup à donner, à enseigner. Créons les conditions pour les associer à des réflexions concrètes. Le très haut niveau, ça ne s’improvise pas. Mais ça peut se transmettre. Que les fédérations arrêtent de penser à leur petit confort. Les grands joueurs ne veulent surtout pas piquer des places ou des postes, mais juste les aider à mieux appréhender l’avenir. Malheureusement, on ne les écoute pas. Que l’on chasse tous les inutiles qui encombrent les bureaux des fédés et qu’on y installe tous ceux qui ont une vraie compétence et un vécu."

Yaya Touré a conclu sa chronique par une note d’espoir : "Il est temps que l’Afrique se réveille et en finisse avec ces dirigeants qui monopolisent des postes pendant vingt, trente, voire quarante ans ! Sinon, l’histoire risque de se faire sans nous. Et moi, j’aimerais bien être encore sur cette terre pour assister à une nouvelle Coupe du monde sur le sol africain. Mais il ne suffit pas d’en rêver pour y arriver." En espérant que le message aura bien été reçu par les principaux intéressés…


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