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Jean-Alain Boumsong défendra les couleurs de la France à la prochaine Coupe du Monde de football mais, de part ses origines africaines qu’il revendique fièrement, il espère aussi y représenter le Cameroun et l’Afrique ! Le défenseur axial de 26 ans de Newcastle, natif de Douala au Cameroun, nous délivre un message plein de sagesse et d’humanisme.


De notre partenaire Afrique Football

Afrique Football : Vous avez vécu une fin de saison délicate. Quels sont vos objectifs pour la saison prochaine, vous imposer à Newcastle ou changer de club ?

Jean-Alain Boumsong :
Mon objectif est de travailler. Cette saison a été laborieuse, mais enrichissante. C’est une saison qui, certes, n’a pas été facile, mais dont les enseignements me serviront certainement pour le restant de ma carrière. J’ai découvert des aspects de la nature humaine qui ne sont pas que relatifs au monde du football. Quand il se passe des événements négatifs, il faut en tirer des leçons pour grandir.

Afrique Football : Si vous aviez des propositions d’autres clubs, vous seriez prêt à partir de Newscastle ?

Jean-Alain Boumsong :
Si j’ai le sentiment qu’ailleurs je serais plus heureux, j’étudierais les propositions. Mais, aujourd’hui, il me reste 4 ans et demi de contrat à Newcastle, donc même si le dernier mois de la saison s’est un peu moins bien passé, ça fait un an et demi que j’y suis et, durant cette période, je n’ai pas été nul non plus. La presse anglaise s’est un peu acharnée sur moi ces derniers temps, quand je faisais une prestation un peu moyenne. J’ai été titulaire jusqu’au mois dernier. J’ai disputé 33 matchs de championnat, cette saison, avec Newcastle. J’ai quand même été un des deux joueurs de champ les plus utilisés de la saison.

Afrique Football : Et que s’est-il passé ce dernier mois ?

Jean-Alain Boumsong :
J’ai pris un carton rouge, mon seul de la saison en championnat, donc je n’ai pas joué quelques-uns des derniers matchs. L’équipe qui a joué sans moi a réalisé de bonnes performances. Donc, je suis resté sur le banc. Ce sont des choses qui arrivent dans la carrière d’un footballeur.

Afrique Football : Si vous deviez changer de club, quelles seraient les destinations qui vous intéresseraient le plus ?

Jean-Alain Boumsong :
Je n’y pense pas pour l’instant. Je me prépare pour cette Coupe du Monde. Et pour moi, l’année prochaine, je serais à Newcastle.

Afrique Football : Dans quel état d’esprit abordez-vous cette Coupe du Monde ? Y a-t-il une bonne cohésion dans le groupe France ?

Jean-Alain Boumsong :
Oui. L’amalgame entre les anciens et les jeunes s’est fait. Tout le groupe est soudé. Le retour des anciens nous a fait beaucoup de bien. Et de leur forme dépendra la performance. Car ils sont la locomotive de cette équipe. Ils nous guident.

Afrique Football : On a l’impression que l’équipe de France doute de son réel potentiel, non ?

Jean-Alain Boumsong :
Non, pas du tout. Ce sont plutôt les journalistes qui doutent de son réel potentiel ! Nous de l’intérieur, on ne pense qu’au football. Ce ne sont pas toujours les favoris qui gagnent. Aujourd’hui, l’équipe de France ne fait pas partie des favoris. Et c’est mieux que l’attention ne soit pas trop focalisée sur nous. Bien qu’elle le soit quand même parfois en négatif. Je trouve néanmoins les critiques un peu exagérées.

Afrique Football : Vous allez rencontrer le Togo lors du premier tour. Que connaissez-vous de cette équipe ?

Jean-Alain Boumsong :
Il n’y a pas d’équipe facile. Notre défaite face aux Lions du Sénégal, il y a 4 ans, est encore dans les mémoires. J’ai entendu dire que c’est un groupe facile avec le Togo, la Corée du Sud et la Suisse. Non, ce n’est pas un groupe facile. Car la Suisse, on n’a pas réussi à la battre pendant les éliminatoires et elle se qualifie en battant, quand même, la Turquie. Donc, la Suisse est une nation émergeante du football. La Corée du Sud, on a vu les performances qu’elle a réalisées, il y a 4 ans, à la dernière Coupe du Monde. Et le Togo peut créer la surprise. Sur un match, des joueurs comme Adebayor ou Kader peuvent se transcender. On sait très bien qu’en football tout est possible sur un match.

Afrique Football : Vous êtes d’origine camerounaise. Votre première sélection en A remonte au 20 juin 2003. Aviez-vous, à l’époque, réfléchi à l’éventualité de défendre les couleurs du Cameroun ?

Jean-Alain Boumsong :
La question s’est en fait posée pour moi en 1999, quand j’ai intégré l’équipe de France Espoirs. C’était un choix cornélien. A l’époque, je commençais à jouer en pro en première division. La Fécafoot n’avait pas fait appel à mes services et ne m’avait pas contacté. Il m’a fallu prendre une décision difficile. Je suis Français, je suis Camerounais, je suis Franco-camerounais… J’ai les deux nationalités et c’est indissociable.

Afrique Football : Vous vous sentez plus Camerounais ou Français ?

Jean-Alain Boumsong :
Je me sens citoyen du monde. J’ai grandi au Cameroun. J’y ai tous mes ancêtres. La France c’est mon pays d’adoption. C’est le pays des droits de l’Homme, de l’égalité, de la fraternité. Je me sens aussi bien en France qu’au Cameroun.

Afrique Football : Quels rapports gardez-vous avec le Cameroun et l’Afrique ? Y allez-vous souvent ?

Jean-Alain Boumsong :
Oui, absolument. C’est un besoin vital pour moi et j’y vais tous les ans. C’est toujours agréable parce que je m’y sens bien.

Afrique Football : On a l’impression que, dernièrement, vous ressentez le besoin d’un retour aux sources…

Jean-Alain Boumsong :
Non, ça a toujours été le cas chez moi. Mais il est vrai que la question identitaire ressort aujourd’hui dans l’actualité. Pour moi, il est primordial pour un homme de connaître ses racines. Il est important que je m’identifie, que je sache d’où je viens, que je connaisse mon histoire, que j’apprenne. Donc, je suis dans une sorte de parcours initiatique, pour connaître la profondeur de l’histoire de mes ancêtres. Pour bien appréhender et donc pour résoudre les problèmes d’aujourd’hui, il faut bien connaître son histoire.

Afrique Football : Certains Camerounais vous en veulent d’avoir choisi de jouer pour la France plutôt que pour le Cameroun… Comment percevez-vous cette réaction ?

Jean-Alain Boumsong :
C’est vrai que j’ai déjà eu des remarques assez désagréables. Mais, ce n’est pas parce que je représente la France, que j’aime la France, que je suis fier de défendre ses couleurs et de porter le maillot bleu, que je renie le Cameroun. Au contraire ! Je porte le Cameroun dans mon cœur et je l’aime autant que tout Camerounais. Et je suis fier d’être en équipe de France, car, quelque part, j’espère aussi représenter le Cameroun en France ! Même si je porte le maillot bleu, j’ai mes racines en Afrique et j’espère aussi être un représentant de l’Afrique !

Afrique Football : Vous avez de bons rapports avec des footballeurs camerounais ou africains en général ?

Jean-Alain Boumsong :
Oui, bien sûr, on se croise souvent sur le terrain. Il y a Samuel Eto’o que je connais depuis un moment et qui est un ami.

Afrique Football : Suivez-vous l’actualité du football africain ?

Jean-Alain Boumsong :
Je suis bien évidemment les Coupes d’Afrique. La Can n’a pas le niveau d’un Euro (Coupe d’Europe des nations, ndlr), sauf sur certains matchs. Aujourd’hui, la plupart des grandes nations du continent africain comptent sur le plan international et non plus seulement sur le plan continental. Le niveau de la dernière Can était vraiment bon.

Afrique Football : Comment évaluez-vous les chances des équipes africaines à la prochaine Coupe du Monde ?

Jean-Alain Boumsong :
Même si j’aime beaucoup l’Afrique, je souhaite, quand même, que la France finisse première de son groupe. Mais si le Togo devait finir deuxième, je serais ravi. Après la France, je serais le premier supporter d’une équipe africaine. Si une équipe africaine effectue un bon parcours, je serais heureux, car elle représente aussi l’Afrique.

Propos recueillis par Guillaume Ribeiro

Vous retrouverez cette interview, ainsi que beaucoup d’autres choses, dans Afrique Football, N° Hors-série Coupe du Monde 2006 « Spécial posters ».