Cet ancien défenseur fait partie de l’une des générations les plus talentueuses du football ghanéen. Pourtant, ses débuts en Allemagne ne se sont pas déroulés sans difficultés. Anthony Baffoe avait très vite compris que le racisme allait de pair avec sa génération. Mais c’est justement pour lutter contre ce racisme qu’il a décidé de « prouver » de quoi était-il capable.


Fils de diplomate, Anthony Baffoe est né à Bonn, en Allemagne, le 25 mai 1965. Une naissance atypique qui s’explique par le fait que son père était en poste en Europe lors de sa venue au monde. Une enfance aisée, un cadre de vie agréable, Baffoe s’amusait à jouer au football sans devoir s’imaginer la suite des évènements…

Des débuts semés d’embuches

Anthony Baffoe est aujourd’hui un membre actif de la Fédération ghanéenne de football où il y occupe le poste de responsable des relations internationales. Il fait partie des joueurs qui ont contribué à l’évolution des mentalités en ce qui concerne la situation des joueurs noirs. Dans une interview accordée à la FIFA, le 3 mars 2011, il déclare que « la discrimination est liée à l’ignorance et à l’intolérance. J’ai grandi en Allemagne. Quand j’étais petit, j’ai fait l’expérience physique de la discrimination. Aujourd’hui, en 2011, les choses ont changé, en mieux. Cela dit, on est encore très loin du jour où l’on pourra affirmer qu’il n’y a qu’une seule race, la race humaine. Le monde évolue petit à petit. Quand nous serons tous égaux, alors on pourra commencer à parler d’une nature humaine. »

Alors qu’il commençait à peine à fouler la pelouse des stades allemands, et ce, avant de rejoindre le FC Cologne, le joueur ghanéen déclare qu’il a souvent été victime d’insultes raciales de la part des spectateurs. Certains s’amusaient même à lui balancer des bananes en imitant les cris du singe. A ce sujet Anthony Baffoe a déclaré : « Je me souviens que beaucoup de gens nous regardaient de haut et nous appelaient « Kunta Kinte » ou « Shaka Zulu », d’après la série Roots, qui passait à l’époque. »

Mais le défenseur ne perd pas la face et se défend tant bien que mal face à toutes ces provocations. Il a su imposer une certaine présence et affirmer une technique de défense qui n’en était pas moins excellentissime. De par son professionnalisme, Baffoe a réussi à faire tomber les barrières malgré la faible présence de joueurs noirs à son époque. De plus, la FIFA a été un appui de masse dans la lutte contre la discrimination raciale en créant les « Journées de la FIFA contre la discrimination ». La Coupe du monde est aussi un évènement incontournable dans cette lutte. Elle a été et est un rassemblement multiculturel où le mélange des genres y est incontournable.

La Coupe du monde 2010 a marqué un tournant important dans le monde du football et plus particulièrement dans la lutte anti-raciste. Pour la première fois une coupe du monde a été organisée sur le continent africain. A ce propos, Anthony Baffoe l’assure: « Le slogan d’Afrique du Sud 2010 était « Ke Nako », qui signifie « L’heure est venue ». C’est exactement ce qui s’est passé. L’heure était venue et tout s’est parfaitement bien déroulé. Je remercie Dieu de nous avoir aidés à donner tort aux sceptiques. »

Le « game over » des Black Stars

L’essentiel de sa carrière s’est fait en Allemagne. En 1983, il a rejoint, pour trois ans, le FC Cologne où il côtoie le gotha européen tels que Harald Schumacher, Klaus Allofs ou encore l’esthète du ballon rond, Pierre Littbarski. En 1989, il débarque à Düsseldorf où le joueur a su user d’un talent caché pour marquer 4 buts sous les couleurs du Fortuna. Son parcours de globe-trotter l’a amené a joué aux quatre coins du monde. De l’Europe à l’Afrique, de l’Amérique à l’Asie… Anthony Baffoe est sans aucun doute resté très attaché à ses racines : le Ghana, où il a son actif 16 sélections avec les Black Stars.

La CAN de 1992, a été un évènement marquant pour Baffoe. Le milieu de terrain ghanéen Abedi Pelé, alors capitaine des Black Stars depuis 1990, a inscrit trois buts lors de cette édition, ce qui a permis aux Ghanéens de se retrouver en finale face à la Côte d’Ivoire. Mais le capitaine, alors suspendu pour la finale de la CAN, abandonne, pour l’occasion, son brassard au profit d’Anthony Baffoe. Le score final qui affichait match nul a emmené les Black Stars et les Eléphants à une séance de tirs au but. Mais le gardien ivoirien a réussi à arrêter le ballon lors du passage de l’ancien joueur de Metz et Nice. Les Eléphants ont alors remporté cette CAN, laissant un arrière-goût amer au défenseur ghanéen, avec un score final de 11-10. Grâce, ou à cause, de cette action, Baffoe est très certainement l’ancien joueur ghanéen préféré des Ivoiriens.

Désormais reconverti dans le management sportif, après avoir coupé ses dread locks, Anthony Baffoe a troqué ses baskets pour occuper le poste de responsable des relations internationales au sein de la Fédération ghanéenne de football. Il entend d’ailleurs poursuivre ses actions de lutte anti-discriminatoire et reste très certainement l’une des figures les plus représentatives contre le racisme sportif, et plus particulièrement dans le football, des années 90…