La finale de la Coupe du monde des enfants des rues se déroule vendredi à Ouagadougou, capitale du Burkina Faso. Une première édition lancée cette année par six associations qui luttent pour les enfants des rues. Ce projet est porteur d’espoir pour tous ces jeunes qui voient dans le football un moyen de s’en sortir.


Par Louise Simondet

Alors que le Mondial 2006 envahit nos écrans télévisés, une autre Coupe du Monde, moins médiatisée, se déroule en ce moment au Burkina Faso. Il s’agit de la Coupe du Monde des enfants des rues de Ouagadougou, que les organisateurs ont nommé Ouaga 2006. « C’était un projet que nous avions en tête depuis longtemps, une idée qui nous tenait à cœur. Et cette année, elle se réalise », explique Mohamed Sakandé, président du Comité d’organisation et membre du Samu social. Cette première édition regroupe six équipes issues des structures travaillant avec les enfants des rues : AEMO (Action éducative en milieu ouvert), ANERSER (Association nationale pour l’éducation et la réinsertion des enfants des rues), la Croix rouge, REMAR (Association de réhabilitation des personnes marginalisées), Taab Yinga et le Samu social. Les équipes ont été réparties en deux poules. La poule A regroupe Taab Yinga, REMAR et AEMO. Quant à la poule B, elle est constituée du Samu social, de la Croix rouge et de ANERSER. Après les matchs de qualification pour la finale, deux équipes sont sorties du lot. REMAR et le Samu social ont gagné leur ticket pour la finale qui se déroule vendredi. « Les enfants réclamaient un ballon aux éducateurs. Nous avons exaucé leur vœu », raconte Mohamed Sakandé.

Ces jeunes des rues, ils sont nombreux au Burkina Faso. Selon le dernier recensement de l’Unicef en 2002, ils étaient 5000. « Mais aujourd’hui, ils sont beaucoup plus nombreux, précise Paolo Soares Laborde, directeur de REMAR. Il y en a à peu près 7000. » La pauvreté explique en partie cette situation précaire. Le Burkina Faso est un des pays les plus pauvre du Sahel. Les sécheresses et la famine s’y succèdent. Résultat, 60% des enfants n’ont pas accès à l’école du fait de ce grand dénuement. Parachutés très jeunes dans la rue, livrés à eux-mêmes, ces jeunes sont en « situation permanente de privation ». Pour assurer leur survie, ils s’exposent souvent à de graves dangers et l’indifférence ne fait qu’aggraver leur exclusion. « Un enfant des rues, c’est un enfant pour qui la rue est devenue un lieu de vie permanent. Il y vit, il y mange, il y dort, explique Mohamed Sakandé. Comme ils traînent dans la rue, ces jeunes n’ont rien à faire… Le foot, c’est un moyen de les occuper et de leur changer les idées. »

Créer du rêve

Créer du rêve pour ces enfants de la misère, c’était le but de toutes ces associations qui se battent pour les aider à s’en sortir. « Le foot, c’est un sport qui permet de se connaître soi-même. Ça donne un potentiel à ces jeunes dont l’avenir se limite à la rue », note Paolo Soares Laborde. Sport fédérateur et vecteur de communication, le football tisse « une relation entre les enfants eux-même, mais aussi avec les éducateurs, confie Mohamed Sakandé. Certains enfants sont timides, le football permet de les apprivoiser. Il renforce les liens ». « Tous ces jeunes n’ont qu’un rêve : devenir footballeur, affirme Paolo Soarès Laborde. Faire du foot leur permet de développer un talent, ce qui est primordial pour qu’ils reprennent confiance en eux, en leurs qualités. Qu’ils voient un avenir. »

Pour faire briller les yeux de ces enfants, rien de tel que leur héros : Mahamoudou Kéré, capitaine de l’équipe burkinabé. Le numéro 8 de l’équipe des Etalons, lui-même originaire de Ouagadougou où il a passé son enfance, a répondu présent à l’appel des associations. Il était là pour l’ouverture de ce Mondial si particulier et « a promis de revenir avec d’autres joueurs pour la finale », précise Mohamed Sakandé. « C’était un moment formidable pour ces enfants, rajoute Paolo Soarès- Laborde. Kéré les a encouragé. Imaginez, tous les jeunes veulent devenir comme lui ! C’est un exemple pour eux. » Le milieu de l’équipe des Etalons s’est investi pour cette cause depuis de nombreuses années. « Il a donné de l’argent pour notre structure et surtout, des T-Shirt, des maillots et des ballons. »

Le football comme horizon

« Le football, c’est un moyen pour que ces enfants s’en sortent », martèle Paolo Soarès- Laborde. Lors de leur match, Pihouri Weboanga, l’entraîneur adjoint de l’équipe du Burkina était présent. « Une de nos préoccupation en ce moment est que des enfants soient sélectionnés et qu’il partent dans le centre de formation des Etalons. Car là-bas, ils auront une chance pour faire des études en parallèle. » Un autre espoir vient de l’Allemagne, où se déroule en ce moment le Mondial 2006 : « L’ambassadeur allemand souhaite créer un centre de formation à Ouagadougou », annonce Mohamed Sakandé. Répercussion de la Coupe du Monde ? « Peu importe, si ça peut nous aider », lance M. Sakandé.

Des enfants qui ont réussi grâce au football, il en existe. Dieudonné en fait partie. Ce petit bonhomme de 15 ans, enfant du Samu social, a été recruté par le Centre de formation des Etalons Juniors. « Il a été pêché au petit bonheur la chance. L’essentiel, c’est qu’il s’en soit sorti », dit Paolo Soarès- Laborde. Il suivra une formation de trois ans dans l’équipe des Etalons Juniors et fera des études pour obtenir un certificat. Et Paolo Soarès de rajouter : « S’il pouvait tous finir comme lui »… La phase finale de l’Ouaga 2006 se joue vendredi, certains enfants auront peut-être la chance d’être, comme Dieudonné, sélectionnés.