Plus de deux mois après les incidents violents qui ont marqué les matchs de qualification au Mondial 2010 entre les Fennecs et les Pharaons, les deux équipes se retrouvent, jeudi, en demi-finale de la Coupe d’Afrique des nations, au stade de Benguela, en Angola. Un match à haut risque.


Mille places pour les fans des Fennecs. Le président d’Air Algérie s’est dit prêt lundi à renforcer le contingent de supporters pour soutenir les Verts qui affronteront les Égyptiens (vainqueur face au Cameroun 3 à 1), lors des demi-finales de la Coupe d’Afrique des nations, en Angola. Cette opération commerciale, financée en partie par l’Etat (d’une valeur de 250 000 dinars, le prix du billet a exceptionnellement été fixé pour l’occasion à 60 000 dinars), ressemble à un remake du match d’appui du 18 novembre dernier qui s’est déroulé dans la capitale soudanaise. Cette rencontre avait été entaché par des violences entre les partisans des Fennecs et des Pharaons qui s’étaient déplacés en nombre. Si pour l’instant, en Égypte, rien n’a encore été prévu pour faciliter la venue des supporters, il reste fort à parier que les aficionados des Pharaons ne seront pas en reste et s’envoleront par centaines pour l’ Angola, pour être aux premières loges. Des retrouvailles qui risquent de s’avérer explosives.

« C’est un match qui sent d’ores et déjà la poudre », explique judicieusement, Rachid Belarbi, journaliste au quotidien algérien Liberté. Depuis deux mois, l’Égypte attend patiemment sa revanche après la victoire de l’Algérie (1-0), lors du match de barrage à Khartoum, qui avait privé les joueurs de Hassan Shehata d’un ticket pour le Mondial. « Ils nous ont gêné et ils vont en Afrique du Sud, mais au moins nous pouvons obtenir notre vengeance », confie à Bikya Masr, Ossama, un cafetier averti du Caire.

La déclaration de guerre

Cette demi-finale s’apparente à une bataille pour les joueurs égyptiens qui entendent laver leur honneur du dernier affront algérien. « Ce sera une question de vie et mort dans ce jeu. Pour les deux côtés il ressemblera à une guerre », a déclaré lundi Mohamed Zidan, la star du club allemand Borussia Dortmund, après que les Pharaons ont battu le Cameroun. « Nous, nous n’avons pas de pression. Nous sommes les champions et nous sommes meilleurs qu’eux. Chacun verra qui est la meilleure équipe ». Le ton est donné. Il n’est pas question pour les Pharaons de se laisser intimider par les Algériens qui, sûrs de leur suprématie, bombent le torse.

Ainsi dans plusieurs quotidiens algériens, on pouvait lire, lundi, l’exposé des qualités des Fennecs. « Au vu des prouesses techniques et du volume de jeu impressionnant montrés par nos valeureux Fennecs face à Drogba, Kalou et Touré, on voit vraiment mal comment les Égyptiens pourraient nous résister », s’enflamme Hassan Moali, journaliste à El Watan. Si pour l’heure, la guerre se joue par médias interposés, cette petite bataille des mots pourrait prendre une autre ampleur et avoir des conséquences dramatiques.

Un souvenir persistant

Les événements lors de la phase de poule entre les deux équipes sont restés gravé dans les mémoires. Le 12 novembre dernier, lors du match retour (les Fennecs s’étaient imposés 3-1 à l’aller) qui avait donné la victoire aux Pharaons (2-0), un bus transportant l’équipe algérienne avait été attaqué à coup de pierres, et trois joueurs avaient été blessés. La rencontre deux jours plus tard dans la capitale égyptienne avait également été suivie d’incidents violents.

Pour le match d’appui à Khartoum, même scénario. Des échauffourées avaient éclaté dans la capitale soudanaise. Depuis ces violences les relations entre Égypte et l’Algérie se sont dégradées. Les deux diplomates – algérien et égyptien – n’ont toujours pas repris leurs postes respectifs à Alger et au Caire. Du côté des supporters, on se livre toujours à des attaques à tonalité nationaliste sur internet.
En terrain neutre à Benguela, les Fennecs et les Pharaons rangeront peut-être au vestiaire leurs rancœurs et leurs griefs. Histoire de jouer au foot et non à la guerre.