Qu’on se le dise : le temps où les footballeurs nigérians étaient craints par tout le gotha du football mondial est révolu. Envolée, leur puissance de feu qui leur permettait de marquer contre n’importe quelle équipe. Ils vont même avoir du mal à se qualifier pour la prochaine Coupe du monde. Défaillance passagère ou crise durable ?


On se souvient de cette image deYekini, passant les mains à travers les filets des buts et hurlant en face des caméras, après son but face à l’Italie en quart de finale de la Coupe du monde 1994. Un buffle noir, symbole de cette rage et de cette fierté nigériane qui faisait douter jusqu’aux plus endurcis. On se souvient de ces phases de jeu merveilleuses où physique et technique ne faisaient qu’un. On pouvait alors percevoir la peur dans les yeux de leurs adversaires, ou tout du moins un profond respect.

Et si les Nigérians n’ont pas remporté le trophée mondial en 1994 aux Etats-Unis, c’est qu’ils étaient trop sûrs, justement, de leur force. C’est un éclopé de génie, nommé Roberto Baggio, qui leur a démontré qu’au football, il fallait y croire jusqu’au bout. Eliminés par l’Italie au stade des quarts de finale, les Nigerians avaient pourtant fait aussi bien que le Cameroun de Milla en 1990. On attendait mieux et plus. Mais…

Groupe de la mort

Voilà la France. Nous sommes en 1998, le Nigeria est le champion olympique en titre. Pour la Coupe du Monde, les experts voient dans le Nigeria un sérieux outsider. Cette fois-ci, il se montre plus réservé qu’en 1994. Bien lui en a pris : le Nigeria sort premier du  » groupe de la Mort « . Un groupe qui regroupait l’Espagne, la Bulgarie (demi-finaliste de l’édition précédente) et le Paraguay, avec son emblématique gardien José Louis Chilavert .

Huitièmes de finales, les Nigérians sont confrontés aux Danois, solides représentants du football scandinave. Simple formalité. Seulement voilà, le Viking est fier, surtout quand il est donné perdant. Des Danois, tout de même Champions d’Europe 1992. A force de trop prendre les adversaires de haut, on risque de chuter durement. Et la chute fut brutale. Quatre buts à un. Sévère désillusion. Excès de confiance ou erreur tactique, l’entraîneur nigérian avait aligné uniquement deux vrais défenseurs sur le terrain contre six attaquants ou joueurs à vocation offensive. Quant on sait que la défense n’était pas leur point fort…

Des aigles fatigués

Bientôt 2002 et  » les Super Eagles « , encore plus qu’hier, semblent avoir perdu leurs plumes. Ils sont très mal classés dans leur groupe et leur billet pour le Japon ne dépend déjà plus d’eux. Et ils sont obligés d’avoir recours à la calculatrice pour voir de quelle manière ils pourront éventuellement se qualifier. Ils ne dominent plus le continent. Ils ont laissé leur couronne au Cameroun. Pour preuve, cette finale perdue, à Lagos au Nigeria, face aux Camerounais.

Ce soir de printemps, nous avons peut être assisté à la mort d’un grand du football. Le passage de génération entre les Yekine, Amokashi et autres Kanu et Okocha semble avoir du mal à se faire. Dans ce pays, réputé pour ses juniors, les équipes de jeunes semblent, elles aussi, patauger dans le doute. Inquiétant. Mais qui a vu le génie nigérian à l’oeuvre ne peut qu’être confiant dans le retour au premier plan de ses Aigles. Et gageons que dans quelques années, ils voleront de nouveau fièrement dans les cieux du football.