Les joueurs de la sélection nationale togolaise, réunis dans la nuit, ont courageusement décidé de rester au Cabinda pour disputer les premières phases de la CAN 2010, malgré l’attentat dont ils ont été victimes vendredi à leur arrivée. Toutefois, le gouvernement togolais a réaffirmé ce dimanche sa volonté de voir rentrer à Lomé les Eperviers. Un avion a déjà été mis à leur disposition.


Premier coup de théâtre au Cabinda dans la nuit du samedi 9 au dimanche 10 janvier : les joueurs de la sélection togolaise, réunis avec leur entraîneur Hubert Velud, ont finalement décidé de rester en Angola pour disputer les matchs de la Coupe d’Afrique des Nations 2010.

La mort dans l’âme, malgré le choc profond qu’a constitué leur agression, à peine avaient-ils franchi la frontière angolaise, par des terroristes défendant l’indépendance de l’enclave du Cabinda, les joueurs togolais ont décidé de faire front et de jouer les matchs pour lesquels ils étaient venus.

Pas de sanction en cas de forfait

Cette décision est la leur et elle leur appartenait entièrement : le président de la CAF, Issa Hayatou, s’était rendu auprès d’eux samedi dans l’après-midi pour le leur confirmer : « Si vous décidez de quitter la compétition, nous comprendrons votre décision et nous l’accepterons » leur avait-il déclaré, en les assurant que la Confédération africaine de Football ne prendrait évidemment à leur égard aucune des sanctions prévues en cas de forfait d’une équipe. C’est bien le moins!

C’est donc en toute indépendance et sans avoir fait l’objet de pression que les joueurs étaient arrivés à la conclusion qu’ils devaient jouer, en l’honneur justement des trois hommes qui ont laissé la vie dans cet attentat stupide et meurtrier, les deux membres de l’encadrement de l’équipe, Stanislas Ocloo, chargé de communication, et Abalo Amelete, entraîneur adjoint, ainsi que le chauffeur du premier bus de la délégation, fauché par les premières raffales de mitrailleuse.

Aucun décalage pour la première rencontre : Dossevi amer!

La « compréhension » de la CAN n’allait même pas jusqu’à aménager des délais pour les matchs que disputera le Togo, et cette découverte laisse un peu amer l’attaquant nantais des Eperviers, Thomas Dossevi, repris par l’AFP : « Nous sommes déçus que la CAF n’ait pas pu nous arranger un délai, qu’elle n’ait pas pu reporter notre premier match, ne serait-ce que pour enterrer nos corps… Nous sommes un peu amers, nous sommes déçus par le comportement de la CAF. Elle voit ses intérêts en premier et pas ceux des pays. »

Respect

Face à la tragédie vécue vendredi, l’équipe togolaise allait donc se retrouver unie, mais seule, pour retrouver motivation et concentration. Elle allait entrer sur le terrain, après une épreuve sanglante et brutale. Et chacun des joueurs aurait du surmonter une pression plus forte que jamais : individuelle et collective à la fois, la décision qu’ils ont prise dans la nuit mérite le respect, parce qu’elle témoigne à la fois de leur force d’âme et de leur courage.

Mais face au courage des joueurs, c’est à la raison que l’Etat togolais fait appel : «L’équipe doit rentrer. La décision du gouvernement est inchangée», a réagi le Premier ministre du Togo Gilbert Fossoun Houngbo. «C’est une décision mûrie depuis vendredi. Nous avons compris la démarche des joueurs qui voulaient exprimer une manière de venger leurs collègues décédés mais ce serait irresponsable de la part des autorités togolaises de les laisser continuer

Et cette raison est probablement le meilleur témoignage de respect, là aussi, que le gouvernement togolais pouvait exprimer face à son équipe, suffisamment éprouvée et dont un des éléments, le gardien Kodjovi Obilalé, est encore entre la vie et la mort dans un hôpital de Johannesburg.