Afrik-Foot.com tente de vous faire découvrir ces autres Africains d’Europe, ceux qui n’évoluent pas toutes les semaines en Ligue des Champions ou dans les grands championnats. Cette semaine, rencontre avec Dulee Johnson, international libérien et milieu offensif de l’AIK Solna, l’un des plus grands clubs de Suède.



Afrik-Foot.com : Dulee, vous avez suivi la Coupe d’Afrique des Nations ?

Dulee Johnson : Bien sûr. Il y a eu des débuts dramatiques, avec ce qui est arrivé au Togo. C’est terrible, cette fusillade. Cela ne fait pas partie du football… Mais, une fois, que l’on est revenu sur le terrain, c’était une belle compétition, qui a vu Égypte remporter son troisième titre.

Justement, comment expliquez-vous cette domination égyptienne sur le football africain ?

C’est une très bonne équipe, très bien organisée. Ce sont tous de grands joueurs qui se connaissent très bien, qui jouent ensemble depuis de nombreuses années… C’est sûr que cela devient plus facile pour les automatismes. C’est sans aucun doute la meilleure équipe africaine du moment.

Mais, paradoxalement, ils n’arrivent pas à se qualifier pour la Coupe du monde.

Effectivement. C’est difficile à expliquer. En Coupe d’Afrique, les Égyptiens battent tout le monde et, quand arrive le moment d’aller en Coupe du monde, ils n’y parviennent pas. Je ne me l’explique pas. Mais, vous savez, la Coupe du monde, c’est quelque chose d’exceptionnel. C’est le rêve de tous les joueurs de football. Quand ils affrontent l’Egypte, qui plus est champion d’Afrique, ils sont surmotivés… Et puis, c’est aussi ça, le football : ce n’est pas toujours le meilleur qui gagne.

Justement, comment expliquez-vous l’échec des grosses nations, à l’instar du Cameroun ou de la Côte d’Ivoire, qu’on attendait mieux ?

Comme je l’ai dit, c’est le football ! On ne sait jamais ce qui peut arriver ! Après, c’est vrai que ces grosses formations n’ont pas fait honneur à leur statut présumé. Avec tous leurs grands noms, avec des joueurs comme Eto’o, Drogba, Yaya Touré, Song, Geremi… Je pensais que le Cameroun et la Côte d’Ivoire iraient au bout. Mais c’est vrai aussi qu’il y a eu pas mal de blessés, notamment au Nigeria. Martins a joué sur une jambe… Et puis, face à de telles équipes, les joueurs ont faim. La Coupe d’Afrique des Nations, c’est très très important pour nous, les Africains.

Et la Coupe du monde ? Vous pensez qu’une équipe africaine peut aller au bout ?

Oui, j’en suis sûr. Je vois bien le Ghana ou le Nigeria créer une surprise. Même la Côte d’Ivoire. Maintenant, ils savent ce qu’ils doivent corriger. Les Ivoiriens ont de bonnes chances, ils ont de grands joueurs qui évoluent dans les plus grands clubs. Les Éléphants peuvent vraiment faire un truc à ce Mondial. Le Ghana aussi, d’ailleurs. Ils ont de bons jeunes et avec le retour des blessés, ils peuvent en surprendre plus d’un.

Vous avez un favori ?

Le Brésil. Il n’y a personne d’autre pour moi. Cette une très grande équipe, qui n’a raté aucune Coupe du monde. En plus, tous leurs joueurs évoluent dans les plus grands clubs… Même sur le banc, il y a des stars. Pour moi, le Brésil est le véritable favori de cette Coupe du monde.

« La Suède est un très beau pays »

Comment est-ce qu’un gamin de Monrovia se retrouve en Suède ?

C’est George Weah qui m’a conseillé d’aller en Europe. J’ai joué dans un tournoi de jeunes, la Gothia Cup, en 1998 et c’est comme ça que j’ai débarqué en Suède. D’abord au BK Häcken puis à l’AIK. C’est le rêve de tous les Africains de jouer en Europe. Effectivement, la Suède, ce n’est pas la France ou l’Italie mais il faut bien commencer quelque part !

Cela fait maintenant 10 ans que vous êtes en Suède. Vous vous y plaisez ?

Oui, c’est un très beau pays. Je m’y suis très bien adapté. Je suis très heureux : d’ailleurs, ma femme est Suédoise. Et mes enfants aussi. En plus, la Suède dispose d’un des meilleurs système de sécurité sociale du monde…

Et au niveau du football ?

Comme je l’ai dit, c’est sûr que le niveau n’est pas le même en Suède qu’en Espagne, en Italie, en France ou en Angleterre. Mais c’est quand même pas mal. Il y a des internationaux et nous jouons régulièrement la Coupe d’Europe.

Quelles sont vos ambitions pour cette saison qui débute dans un mois ?

C’est bien simple : nous voulons gagner tous nos matches ! L’an passé, nous avons réalisé un doublé Coupe-Championnat. C’était génial ! Mais, maintenant, il nous faut défendre notre titre. C’est un sacré challenge parce que nous sommes devenus l’équipe à battre.

Vous semblez heureux en Suède. Néanmoins, vous avez effectué une année en Israël.

Oui, en 2008, j’avais besoin d’un peu d’air. Donc je suis parti au Maccabi Tel Aviv. C’était une belle expérience. J’avais envie de découvrir un autre football, différent de celui pratiqué en Suède. Au niveau du football, c’était enrichissant. Nous avons remporté la Coupe Intertoto, notamment, et nous avons réalisé un joli parcours en Coupe. Mais je préfère quand même le football en Suède. Du coup, je suis retourné à l’AIK la saison d’après. L’Israël, ce n’était pas ce que j’attendais. Il y a de la qualité mais, pour moi, le championnat de Suède est meilleur et j’ai plus de chance de me faire remarquer là-bas.

« Aller le plus haut possible »

A ce propos, vous aviez des touches avec Birmingham en 2008. Qu’est-ce qu’il s’est passé ?

J’avais très envie d’aller à Birmingham. La Premier League est un championnat qui me fait rêver. C’est là que tout le monde regarde en ce moment et puis il y a Arsenal qui est une équipe que j’apprécie beaucoup. Les Gunners jouent un très beau football, très technique… Mais voilà, pour revenir à mon transfert, j’étais un joueur essentiel de l’AIK et le club ne voulait pas me lâcher comme ça. Birmingham me voulait en prêt, AIK voulait me vendre. Cela ne s’est pas fait. Tant pis, ce sera pour la prochaine fois…

La prochaine fois ? Cela veut dire que vous avez encore des contacts pour un transfert prochainement ?

Non. Cela veut dire que j’ambitionne toujours d’aller le plus haut possible. J’aimerais vraiment évoluer dans un des grands championnats européens. Mais je me focalise sur mon club actuel. Je ne peux pas penser à deux clubs en même temps. Je suis à l’AIK Solna et je me concentre sur eux. Mon but est de progresser, de défendre le doublé et après, si tout va bien, on verra. Si je joue bien, peut-être que j’aurais la chance d’aller en Angleterre…

A vos yeux, qui est le principal adversaire de l’AIK ?

Tout le monde ! On est le champion en titre, on est l’équipe à battre. L’AIK est une des plus grosses équipes de Suède. On s’est bien renforcé avec Sebastian Eguren, un milieu de terrain uruguayen qui jouait à Villarreal. Toutes les équipes vont vouloir nous faire chuter. Là, nous sommes encore en pleine préparation. Notre premier match a lieu le 14 mars face à Mjällby AIF. J’ai vraiment hâte de commencer le championnat !

Il y a quelques années, vous aviez eu des problèmes avec la justice suédoise (conduite en état d’ivresse, violence… NDLR). Vous pouvez nous en parler ?

C’est du passé, tout ça. C’était il y a 5 ans. Je ne suis plus la même personne. J’étais jeune… Maintenant, j’ai une famille, des enfants… C’est fini tout ça. Je veux avancer.

« Le Liberia est le seul pays africain à avoir un Ballon d’Or »

Parlons du Liberia. Depuis que George Weah s’est éloigné des terrains, l’équipe nationale a disparu du circuit. Vous étiez pourtant à deux doigts de vous qualifier pour la Coupe du monde 2002…

Oui et c’est très triste. Nous sommes le seul pays africain à avoir eu un Ballon d’Or, nous devrions être présents dans les grandes compétitions. Le gouvernement doit mettre l’accent sur ça. Il y a de plus petits pays, comme le Bénin, par exemple, qui se sont qualifiés pour la CAN… Maintenant, il ne faut pas oublier que nous sortons de longues années de guerre civile. Il faut mettre tout ça de côté pour que le football libérien progresse !

George Weah est une figure du football libérien.

Évidemment! Mister George a aidé beaucoup de jeunes footballeurs. A commencer par moi. Il a une grande aura et est très influent dans le football africain. C’est mon idole.

Votre père, Josiah, est aussi un ancien international. Il a même été
sélectionneur du Liberia. Est-ce qu’il vous aide ?


Oui, bien sûr. Je suis souvent en contact avec lui. Il me donne des conseils, il m’oriente. Notamment, quand je suis dans une situation délicate. L’année dernière, par exemple, nous avions un match décisif à Göteborg. Un nul nous suffisait pour être champion. La pression était énorme, c’est l’un des plus gros matches que j’ai joué en Suède. Lui m’a conseillé d’y aller pour gagner : « Si tu y vas pour faire un nul, tu ne vas pas y arriver. Si tu y vas pour gagner, ça va passer ! » C’est ce que j’ai fait et nous avons gagné !

Un dernier mot sur le tirage au sort de la CAN 2012. Mali, Cap Vert et Zimbabwe, c’est quand même un groupe difficile, non ?

C’est un bon groupe parce que nous avons nos chances. On n’a pas vraiment eu de chances face aux grosses équipes. En 2007, par exemple, on a perdu 3-1 alors qu’on aurait pu faire un truc. A nous de faire ce qu’il faut face au Mali. Les autres équipes me semblent à notre portée. Nous devons viser la première ou la deuxième place, même si le Mali, sur le papier, est meilleur. C’est un objectif réalisable : nous avons de bons joueurs et des jeunes en progression, qui évolue au Danemark, en Turquie, en Angleterre, en Grèce, en Belgique… Si on joue ensemble, on peut y arriver !