Les équipes égyptienne et algérienne de football devraient disputer samedi soir au Caire leur dernier match de qualification à la Coupe de Monde 2010. En fait, le match dure depuis plus d’un mois. Depuis le coup de sifflet final du match Algérie-Rwanda le 11 octobre dernier à Blida (Algérie), journalistes et internautes des deux pays se livrent une bataille sans merci, sans retenue aucune. La tension a atteint son paroxysme jeudi dans la capitale égyptienne, quand le bus transportant la sélection algérienne a été caillassé par un groupe de supporters déchainés, faisant plusieurs blessés.


Le coup de sifflet final du match Algérie-Rwanda n’avait pas fini de retentir en cette soirée du 11 octobre 2009 à Blida, qu’un autre match, d’une virulence rare, commençait déjà entre l’Algérie et l’Egypte. Propulsée en tête de son groupe à l’issue de sa rencontre avec le Rwanda, il restait à l’Algérie à affronter l’Egypte le 14 novembre au Caire pour valider son ticket pour la Coupe du Monde 2010 – à condition de ne pas perdre par plus d’un but d’écart. Mais durant plus d’un mois (et ce n’est pas fini !), la confrontation a largement débordé le cadre sportif, et tourné carrément aux insultes sur Internet et par médias interposés. Point d’orgue de cette confrontation malsaine : l’accueil explosif fait aux joueurs algériens à leur arrivée jeudi, au Caire, où leur bus a été copieusement caillassé, malgré l’imposant service d’ordre, étrangement incapable de contenir un petit groupe de supporters en mal d’inspiration.

Les chaines satellitaires égyptiennes, jouissant d’une liberté de ton que ne possèdent pas leurs confrères de la très officielle ENTV algérienne (ironiquement appelée « l’Unique » par la presse locale), se sont emparés des articles les plus « en dessous de la ceinture » de la presse écrite algérienne. Ainsi, des photos-montage montrant les joueurs de l’équipe de foot des Pharaons avec des visages d’actrices égyptiennes et d’autres sur lesquelles on peut voir l’entraineur de la sélection égyptienne Hassan Shehata en robe blanche dans les bras du sélectionneur algérien Rabah Saâdane, dans le rôle du mari, ont été largement médiatisées dans les talks shows égyptiens. Des clichés pourtant exhumés d’obscures publications algériennes, qu’elles avaient elles-mêmes récupérées sur Internet.

En réponse aux invectives des télés égyptiennes, les Algériens n’hésitent pas à rappeler les « compromissions » des « frères arabes» avec Israël, les accusant notamment de « complicités » dans l’attaque sur Gaza en décembre 2008, les traitant, insulte suprême, de « Juifs ». De l’autre côté, les Algériens sont qualifiés de « Français », parce qu’ils ne maîtrisent pas assez l’arabe au goût de l’adversaire. Entre deux échanges d’amabilités, le « petit frère » est prié de savoir que lors de la crise de Suez de 1956, la France attaquait l’Egypte dans le seul but de lui faire payer son soutien à la révolution algérienne, et que sans l’aide de l’Egypte, point de salut pour la lutte algérienne contre le joug colonial. La remise en cause de l’arabité des Algériens fait sortir Mustapha Hamouche, le pourtant mesuré chroniqueur du quotidien local Liberté, de ses gonds : «L’égyptologie fait encore de ce pays un butin archéologique et touristique rapporté de l’expédition Bonaparte. »

La guerre médiatique entre Algériens et égyptiens a atteint un degré tel qu’on en est arrivé à brûler le drapeau de l’autre. « L’Algérie n’est pas Israël », s’est indigné un joueur de l’équipe d’Algérie, voyant un groupe de supporters égyptiens en train de brûler le drapeau vert dans une vidéo postée sur Youtube.

Sur les plateformes de partage de vidéos, les Algériens semblent remporter la bataille de l’« inventivité » dans l’art d’exalter leur équipe et ridiculiser celle de l’autre. Au menu sur Youtube et Dailymotion : des vidéos montant le joueur Karim Ziani, le chouchou des Fennecs (surnom donné à l’équipe d’Algérie), en tenue de gladiateur, des extraits du film Braveheart de Mel Gibson, ou encore de Troy avec Brad Pitt, détournés à la gloire de l’équipe d’Algérie.

A la veille du match historique, la gueguerre médiatique entre les deux pays n’est pas près de finir, les médias égyptiens niant l’évidente attaque d’un groupe de supporters contre les joueurs algériens à leur arrivée au Caire. Dans une chronique du quotidien algérien El Watan, parue le 8 novembre, le très caustique Chawk Amari imagine le président Bouteflika qui « appelle son homologue Moubarak pour une guerre mondiale entre amis.» Au comble de la tension autour du match, un expert de FIFA a rapporté à l’AFP, que les présidents égyptien et algérien se sont entretenus aujourd’hui au téléphone…

Lire aussi :

 Egypte – Algérie : le match de la peur

 L’équipe algérienne de football agressée en Egypte : info ou intox ?