Sale saison pour Emerse Faé. Eliminé en quart de finale de la dernière Coupe d’Afrique avec la Côte d’Ivoire, au bord de la relégation avec l’OGC Nice, le milieu de terrain attend avec impatience une Coupe du monde qu’il espère florissante. L’ancien Nantais s’est confié à Afrik-Foot.com.



Afrik-Foot.com : Emerse, que retenez-vous de la dernière Coupe d’Afrique des Nations ?

Emerse Faé : Je suis franchement déçu. On est loin de l’objectif initial qui était de rentrer à la maison avec la Coupe. Mais, maintenant, il nous faut penser à la Coupe du monde. Il y a eu beaucoup de perturbations, notamment à la fédération, après notre élimination précoce. Il faut tourner la page et se concentrer sur l’Afrique du Sud.

Tout de même, la CAN avait commencé difficilement avec le drame de Cabinda.

C’est clair que l’attaque du bus togolais nous a marqué. Nous étions logé pas très loin du Togo, donc nous sommes allés les voir et quand ils nous ont raconté comment ça s’est passé, nous étions tous sous le choc. Après, notre CAN, c’est vrai, ne démarrait pas dans les meilleures conditions… D’autant qu’il y a eu pas mal de problèmes dans la préparation : le voyage a été plus long que prévu, on n’a pas pu s’entraîner dans les conditions optimum, des séances ont été annulées au dernier moment…

Beaucoup d’observateurs ont critiqué le jeu développé par la Côte d’Ivoire.

Et ils ont raison ! Quand on est éliminé en quart de finale alors qu’on était favori, c’est qu’il y a quelque chose qui cloche. Mais bon… On n’a joué que deux matches au lieu de trois en phase de poule. On a eu du mal à rentrer dedans. Le premier, face au Burkina, on passe à côté. Contre le Ghana, j’ai le sentiment que ça va mieux mais on tombe face à l’Algérie en quart. Et, là encore, on passe complètement à côté. On prend deux buts dans les dernières minutes… Au final, le bilan est très négatif. Nous n’avons rien maîtrisé…

On a l’impression que la Côte d’Ivoire n’a pas évolué en équipe lors de cette compétition.

C’est vrai que nous avons beaucoup d’individualités et, quand ça ne va pas, les gens pointent cela du doigt. Moi, j’ai le sentiment qu’on est un bon groupe. On essaie de jouer collectif et d’appliquer les consignes du coach. Après, ce sont aussi ces individualités qui peuvent nous aider à nous en sortir quand tout ne va pas pour le mieux. La Côte d’Ivoire est un véritable bloc, une équipe qui peut aller haut.

Et le licenciement de Vahid Halilhodzic ? Qu’est-ce que cela vous inspire ?

(soupir) C’est compliqué. Il n’a perdu que deux matches en 20 mois mais c’était ceux qu’il ne fallait pas perdre. Au final, son bilan est positif. Il est éjecté sur un coup du sort : à 20 secondes, on est qualifié et, après, cela peut se passer autrement. C’est sévère.

Tout de même, est-ce que changer d’entraîneur à quelques mois de la Coupe du monde était judicieux ?

Ce n’est pas idéal, c’est sûr. Surtout que coach Vahid avait tout préparé depuis 2 ans pour le Mondial. Mais nous sommes des professionnels, ce n’est pas à nous de juger. Maintenant, on doit faire avec Sven Goran Eriksson qui est un grand entraîneur, habitué des grands clubs et des grandes nations. Ce n’est pas sa première Coupe du monde, il sait ce qui nous attend.

Justement, la Coupe du monde, vous y croyez ?

Honnêtement, oui, bien sûr. Pour être en sélection, il faut être en forme et jouer régulièrement et c’est mon cas. D’autant que j’ai toujours été appelé donc, ne pas en être, ce serait une grosse déception. Bon, c’est vrai qu’il y aura des changements après l’échec de la CAN mais j’y crois. Rater une Coupe du monde, pour un joueur, c’est toujours un choc. Surtout quand vous avez joué plus de la moitié des matches de qualification…

Quel est l’objectif de la Côte d’Ivoire en Afrique du Sud ?

Comme tout le monde : aller le plus loin possible. On a un bon groupe, c’est jouable. A mon avis, l’effectif de la Côte d’Ivoire n’a rien à envier à celui de la France. Alors, si la France peut gagner la Coupe du monde, nous aussi… Il faut être clair : on ne va pas au Mondial pour jouer trois matches et rentrer à la maison. Il faut que l’on se prenne au jeu. Nous avons autant de grands noms que les autres équipes !

Votre poule est tout de même sacrément relevée.

C’est la Coupe du monde, c’est une grande compétition : c’est logique dans un groupe difficile. Le Brésil, et c’est normal, est favori. C’est l’équipe en forme, ils ont terminé premiers de la zone AmSud, ça situe le niveau. Ils ont des joueurs de classe mondiale à tous les postes, de belles individualités… Le Portugal a sans doute l’un des meilleurs joueurs du monde avec Cristiano Ronaldo mais on sait que le reste de l’équipe est d’un bon niveau. Il faudra aussi se méfier de la Corée du Nord, c’est l’inconnue… Mais c’est seulement notre deuxième participation à la Coupe du monde. Nous allons respecter tous nos adversaires.

L’échec de la CAN peut-il vous servir ?

Je l’espère ! Nous avons fait pas mal d’erreurs en Angola, à nous de les utiliser pour aller plus loin et, surtout, ne pas les reproduire. Mais, à la Coupe du monde, nous aurons un autre statut qu’à la CAN.

Il y a une bonne ambiance dans le groupe des Eléphants ?

(décidé) Oui ! Contrairement à ce que tout le monde veut faire croire, il y a une bonne ambiance. Je suis plutôt proche de Meïté ou de Demel mais tout le monde s’entend bien, je vous l’assure.

Quel rôle y joue Didier Drogba ?

C’est un joueur essentiel à Chelsea, alors imaginez avec la Côte d’Ivoire… C’est le capitaine, notre leader. Il nous sert de guide, il nous donne des conseils. Didier est un habitué des grands rendez-vous, il joue dans un grand club… Il joue un rôle de grand frère pour nous tous.

Au final, quel est votre favori pour la Coupe du monde ?

L’Espagne. Depuis l’Euro 2008, c’est l’équipe qui produit le plus beau football. Et, en plus, il est efficace ! Ils sont très en forme : la preuve, ils ne perdent plus ! A mon avis, l’Espagne peut gagner cette Coupe du monde.