Les deux plus grands clubs de football tanzaniens ont reçu une amende pour avoir pratiqué des rituels de sorcellerie avant leur rencontre. En 2003, suite à la condamnation des mêmes pratiques, la Fédération de football avait annoncé une campagne éducative anti-sorcellerie qui ne semble pas avoir porté ses fruits.


Yanga, le club champion de Tanzanie de football, et son plus sérieux rival, Simba, ont été condamnés à payer une amende de 500$US par la Fédération nationale de football (Fat, Football association of Tanzania), lundi, après s’être rendus coupables de rituels de sorcellerie. Le 29 octobre dernier, les deux clubs se rencontraient au sommet pour un match décisif en vue de l’attribution du titre de champion national. La presse tanzanienne avait notamment publié des photographies montrant des joueurs enterrer des substances inconnues sur le terrain, indique la BBC. La rencontre s’était soldée par un résultat nul et vierge mais Yanga avait remporté le titre une semaine plus tard.

Ces deux clubs avaient été condamnés en octobre 2003 pour le même type de pratiques. Tout le stade de Dar es-salaam avait pu voir deux joueurs de Yanga uriner sur le terrain pour neutraliser des substances (poudre et œufs) jetées sur le terrain par des footballeurs de Simba.

5 000 $ la pige de sorcier

« Ce sont nos plus grands clubs et leur forte croyance dans la sorcellerie peut donner un mauvais exemple pour les équipes », avait regretté Mwina Kaduga, le secrétaire général du comité intérimaire de la Fat. Il avait également annoncé le lancement d’une « campagne pour expliquer à toutes les équipes de la Ligue nationale que les rituels juju n’ont pas leur place dans le football ». Elle ne semble pas avoir porté ses fruits.

Devant ces pratiques ancestrales, les directeurs de club assurent se retrouver prisonniers de fans influents qui pourraient briser leurs carrières s’ils refusent les services de sorciers. Kassim Dewji, secrétaire général de Simba jusqu’en juin 2004, explique avoir démissionné après avoir tenté en vain de lutter contre ces pratiques. Selon lui, les clubs peuvent payer les services d’un sorcier jusqu’à 5 000$ US.

Même la Fédération nationale est touchée. En septembre 2004, l’ex secrétaire général de la Fat avait relancé la polémique en expliquant que des sorciers étaient aussi rémunérés pour les matchs internationaux des Latifa Stars. Parfois même au détriment des primes des joueurs. Ce fut le cas lors un déplacement à Nairobi, au Kenya, en tour préliminaire des qualifications à la Coupe du monde 2006, où la Tanzanie avait encaissé un sévère 3-0. Désormais, la Fat a indiqué que les services des sorciers sont tolérés, en tant que fans de l’équipe, mais qu’ils ne seront plus rémunérés.

Cette affaire peut prêter à sourire mais la sorcellerie est un véritable problème de société en Tanzanie. En août dernier, l’ONG Coalition pour les personnes âgées (COEL) a indiqué qu’en dix ans, au moins 8 580 personnes âgées ont été tuées pour avoir été soupçonnées de pratiquer la sorcellerie.