Alors que son contrat avec la fédération burkinabè de football a toujours cours, le portugais Paulo Duarte, sélectionneur des Etalons, s’est engagé, mardi, pour deux ans avec le club de ligue 1 du Mans, en France. Mais à 48 h du match des éliminatoires combinées CAN – Coupe du monde 2010 contre le Malawi, l’annonce de ce cumul de mandat passe mal auprès des supporters.


Notre correspondant au Burkina Faso

La rumeur qui courait les rues de Ouaga s’est avérée juste. Du moins presque. Annoncé partant pour le club libyen d’Al Hittyad par la presse locale, c’est finalement le Mans Union Club 72 (MUC 72), club de ligue 1 française, qui a ravi au Burkina Faso son sélectionneur. Le technicien portugais y a signé pour deux ans, mais reste, selon les clauses du contrat, à la disposition de la sélection nationale burkinabè, jusqu’au 31 mars 2010, terme de son contrat.

A Ouagadougou, ce cumul de mandats indigne et inquiète à la fois plus d’un supporter quant au devenir de l’équipe nationale. « Pourquoi lui avoir permis de signer ailleurs ? Il n’assumera jamais correctement les deux taches. Il nous faut trouver un autre entraîneur dès maintenant au lieu de nous entêter avec quelqu’un qui poursuit deux lièvres à la fois », s’insurge un supporter. Dans une interview accordée au service de presse du MUC 72, Paolo Duarte s’est dit en mesure de concilier aisément les deux fonctions. « J’ai travaillé énormément pour mettre en place une organisation, aujourd’hui la machine marche bien et ma présence n’est plus obligatoire. Et puis, les matchs internationaux se disputent pendant les trêves des championnats. Je ne raterai donc aucune semaine de préparation de match du MUC 72. Je partirai seulement 3 jours avant les matchs du Burkina, comme un joueur international normal », a-t-il déclaré

Un divorce qui ne dit pas son nom

Malgré ces assurances de Paulo Duarte, certains observateurs demeurent sceptiques. « Si DUARTE voulait continuer avec le Burkina, il ne signerait pas pour un si long temps alors qu’en janvier-février se jouera la CAN. Comment va-t-il s’arranger avec le Mans, sachant qu’il doit préparer les Etalons au moins un mois avant le début de la compétition ? », s’interroge un féru du foot. Selon une source bien introduite à la fédération de football, les autorités sportives burkinabè, obnubilées par une probable qualification à la phase finale de la CAN angolaise, après avoir été absent lors des deux dernières 2 éditions, feignent d’ignorer le danger qui se profile à l’horizon. Le cas de Guus Hiddink, sélectionneur de la Russie, parti jouer au pompier à Chelsea, est exhibé comme cas d’école. « Ça ne saurait faire jurisprudence au Burkina. Tôt ou tard, il va falloir trancher. Connaissant la réticence des clubs français à libérer leurs internationaux africains à chaque CAN, ce n’est pas un entraîneur qu’ils laisseront partir pour un mois », avertit, sous anonymat, la même source.

Avoir la Côte d’Ivoire à portée de tir

En deux ans, Paolo Duarte qui se veut le disciple de José Mourinho, a redonné une seconde âme à un football burkinabè, naguère moribond. Il a apporté la rigueur, l’organisation et la réflexion tactique à la sélection nationale devenue dès lors conquérante. Cette annonce, à la veille du match contre le Malawi ne semble pas avoir troublé la sérénité des joueurs : « Duarte nous a informés de la signature de son contrat avec le Mans, en précisant qu’il restait avec l’équipe nationale. Nous sommes très contents pour lui. Il nous a par ailleurs adressé ses remerciements en expliquant qu’il avait obtenu ce contrat aussi en partie grâce à nous », a expliqué Moumouni Dagano au quotidien en ligne Fasozine.

Samedi, face au dernier du groupe, les Etalons voudront sûrement engranger une nouvelle victoire et avoir à portée de tir, la Côte d’Ivoire, favorite du groupe. Pour cela, ils comptent sur un sursaut d’orgueil de la Guinée à Conakry face aux éléphants. Mais après avoir atomisé le Malawi, les co-équipiers de Baky Koné n’entendent pas céder leur fauteuil de leader. Dans une déclaration d’avant match faite à la BBC Afrique, l’attaquant marseillais a affiché leur intention de « tuer rapidement le match. » En attendant lundi pour les bilans, le Burkina peut déjà se réjouir. Il pourra aligner désormais Habib Bamogo. La FIFA ayant accédé à sa demande de dérogation. Un de perdu… un de gagné.