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L’entêtement nationaliste n’a pas suffit. Les Congolais ont assisté, la mort dans l’âme, à la double défaite de leur équipe nationale devant celles de Guinée et de Tunisie. Cette élimination précoce de la CAN enlève tout enjeu à la rencontre, dimanche, contre le Rwanda. Les Simba (lions) congolais ne sont décidément plus les foudres de guerre qu’étaient les Léopards des années 70.


Par Octave Kambale Juakali

Ils y avaient cru jusqu’au bout mais la loi du plus fort a été la meilleure. Les Simba congolais ont courbé l’échine par deux fois et quittent ainsi, les premiers et sans panache, la 24e Coupe d’Afrique des Nations de football. Mercredi, tout Kinshasa était tenu en haleine par le match RDC-Tunisie. Rivés sur les écrans de télévision, les Congolais, sans pourtant trop y croire, espéraient un miracle. Le miracle n’est pas arrivé. « Je savais que notre équipe nationale n’était pas au point, avoue Yves Matondo, laveur de voitures dans le quartier Matongé le plus bruyant et le plus sportif de Kinshasa. Mais, j’étais également persuadé que le dieu qui nous avait assisté au Burkina Faso allait de nouveau intervenir ».

Au Burkina Faso, en 2000, les Simba, complètement battus face aux Etalons du Burkina avaient réussi à remonter 4 but en 3 minutes et gagner le match. Mais cela n’arrive pas tous les jours. Toute la matinée de mercredi, les discussions allaient bon train, entre ceux qui y croyaient encore, quitte à faire intervenir d’hypothétiques forces surnaturelles et ceux, plus réalistes qui n’y croyaient plus. Il y en avait même qui n’y avaient jamais cru, pour avoir suivi de près le déroulement de la préparation de l’équipe nationale. « Nous sommes devant une équipe qui n’a pas préparé cette CAN, et qui n’a rien fait. Il est donc tout à fait normal que le résultat soit nul. Je suis sûr que nous allons être battus par le Rwanda », s’insurge un barman du même quartier. 

L’enjeu RDC-Rwanda

L’idée d’être battus par le Rwanda est un tout autre problème. Les Congolais attendaient avec impatience cette confrontation qui rentrait plus dans le cadre de la guerre – qui a apposé, par deux fois, les deux pays et qui s’était soldée par une double débâcle du Congo – que dans celui du sport. Malheureusement, l’élimination des Simba a vidé tout enjeu de cette confrontation programmée pour vendredi. Les Congolais se faisaient un point d’honneur de devoir battre les Rwandais même s’ils doivent être éliminés de la CAN. Beaucoup y tenaient. Mais après la piètre production des Simbas, l’esprit n’y est plus.

casttle-2.gif« Le lion est devenu tellement vieux et impotent que même un âne peut prendre le courage de le défier », pouvait-on entendre au lendemain de la défaite congolais devant la Guinée. Il est presque certain que les Congolais ne s’empresseront pas devant la télévision, vendredi, pour regarder le match RDC-Rwanda. Bon nombre appréhendent une nouvelle déconfiture, ce qui pour beaucoup de Congolais est moralement inacceptable, pour les raisons extra-sportives que l’on sait.

Pourtant, tout a été fait pour que les nombreux amoureux du football puissent suivre la CAN dans de bonnes conditions. La Bralima, une des brasseries congolaises, avait équipé les terrasses de certains bar-cafés de postes de télévision branchés directement sur le satellite. Les images sont impeccables et attirent beaucoup de clients. Fort malheureusement, la mauvaise prestation des joueurs congolais n’incite pas à une grande consommation. « Nous n’arrivons pas à vendre suffisamment alors que nous nous étions approvisionnés en conséquence. Cette CAN est un fiasco total, se plaint Ali Selemani, barman chez Mayaza-bar à Matongé. Certains clients, enragés par la défaite des Simba, non seulement ne se contentent que d’une seule consommation mais en plus cassent les verres ».

L’entraîneur sur la sellette

La piètre prestation de l’équipe nationale de la RDC donne l’occasion aux Congolais de s’en prendre à l’organisation du football congolais. On dénonce surtout la politique nationale en matière de gestion du onze national et, notamment, le complexe qui consiste à toujours aveuglement recourir aux éléments évoluant à l’étranger sous prétexte qu’ils sont forcément meilleurs que les locaux. On s’en prend à l’entraîneur de l’équipe, un sujet britannique qui, se plaint-on, a coûté trop cher face aux performances qu’il n’arrive pas à réaliser. On accuse les joueurs de jouer plus pour la prime que pour la coupe. La dernière prestation des Simba en Tunisie aura été la plus désastreuse de l’équipe nationale de la RDC depuis douze ans. Un journaliste de la télévision congolaise regrette que la RDC soit tombée aussi bas alors que des néophytes comme le Rwanda s’en sortent plutôt bien.