Privés de Coupe du Monde cet été, les Camerounais ont suivi la finale de la Ligue européenne des Champions comme si c’étaient les Lions Indomptables qui affrontaient Arsenal. Au final, leur équipe, ou plutôt celle de Samuel Eto’o, le FC Barcelone, a battu le club londonien sur le score de 2-1, avec un but de l’attaquant camerounais.


La rencontre était annoncée dans les médias comme sa Coupe du Monde, lui qui en sera privé cet été. Avec un carton rouge provoqué sur le gardien adverse, un tir sur le poteau et un but inscrit, dans un angle fermé, Samuel Eto’o Fils a été mercredi l’homme de la finale de la Ligue des Champions, au Stade de France, à Saint-Denis, entre le FC Barcelone et Arsenal. Le Suédois Henrik Larsson, pour son dernier match avec le club catalan, a effectué une entrée déterminante en déclenchant côté gauche, avec Eto’o, puis côté droit, avec Belleti, les deux actions qui ont conduit à la victoire de Barcelone. Mais au Cameroun, dans la capitale, Yaoundé, à Douala, où il a joué, et encore plus à Nkongmondo, le quartier de la capitale économique où il est né, on n’avait d’yeux que pour Samuel Eto’o, la star du Onze national.

« Une affaire nationale »

« Les gens qui ont une télé étaient chez eux, les rues étaient vides et les bars pleins, de même que les salles où des écrans avaient été installées, raconte Nicolas, le patron du restaurant Le Bistrot Latin, à Douala, qui avait aussi allumé le téléviseur pour l’occasion. Je dirais que c’était un peu leur Coupe du Monde, poursuit-il. Ils en ont fait une affaire nationale. Tout le monde était derrière Eto’o. »

La saison dernière, l’attaquant uruguayen Diego Forlan avait ravis le titre de meilleur buteur de la Liga (Première division espagnole) au Camerounais lors de la dernière journée. Champion avec Barcelone pour la deuxième année consécutive, Eto’o a cette année survolé le classement des buteurs, avant d’être ratrappé par David Villa, du FC Valence. Il est actuellement à égalité de buts – 25 – avec lui, mais aura l’occasion de prendre seul la couronne de pichichi, samedi, lors du dernier match de la saison (tous les autres ont été joués), contre l’Athletic Bilbao. En revanche, avec l’équipe nationale, c’est plutôt morose. Le Cameroun a dramatiquement été éliminé de la course à la Coupe du monde, lors des qualifications, en octobre dernier, dans son match à distance avec la Côte d’Ivoire. Du coup, confirme Junior Binyam, le chef de la rubrique sport de Mutations, « les supporters camerounais ont rapporté leur capital affectif sur la finale de la Ligue des Champions, dernier horizon de l’année sportive pour eux. »

« Et si Eto’o n’existait pas ? »

Au plan national, « c’est surtout depuis la seconde partie de la saison dernière, lorsqu’il s’est positionné comme l’un des meilleurs buteurs européens, que le phénomène Eto’o a éclaté, explique-t-il. Il y avait récemment encore quelques réticences, on disait qu’il était ‘un joueur pour les Blancs’, qu’il n’était pas aussi performant avec les Lions qu’avec Barcelone. Mais depuis la Coupe d’Afrique des Nations 2006, en Egypte, où il a beaucoup marqué, et malgré son penalty raté (son tir au but manqué en quart de finale, face à la Côte d’Ivoire, a éliminé le Cameroun, ndlr), il fait l’unanimité. Hier (mercredi) encore plus que les autres soirs de matchs du FC Barcelone, les rues de Yaoundé étaient silencieuses et ne laissaient éclater que les clameurs dans les bars. »

Les Camerounais ont donc fêté leur prodige jusque tard dans la nuit. Pendant ce temps, et pendant que ses collègues écrivaient des articles dithyrambiques sur leur star de footballeur, Makon ma Pondi, éditorialiste à Cameroon Tribune, posait la question : « Et si Eto’o n’existait pas ? ». Le journaliste dénonce pêle-mêle « clientélisme, querelles de leadership, malversations financières, incurie, navigation à vue (…) [qui] meublent le quotidien dans ce qui fut, il n’ y a pas longtemps encore, l’une des plus grandes nations de football de la planète ». Les Camerounais ont tout l’été pour y penser.