Théophile Abega, est un des joueurs camerounais les plus connus de la génération de Roger Milla. Il occupe actuellement le poste de président du Canon de Yaoundé, un des clubs phares du continent africain depuis quatre saisons. Son père a été capitaine du club et lui même y a joué de nombreuses années. C’est tout naturellement qu’il est devenu numéro un du club, après avoir commencé comme directeur sportif. Interview.


Afrik :Le Canon est l’un des clubs les plus célèbres et les plus populaires du Continent. Comment expliquez-vous ce succès ?

Théophile Abega :Au début de l’année 1930, les membres de l’administration coloniale demandèrent aux autochtones de monter une équipe de football pour un match de gala à l’occasion de la célébration de la fête nationale. Ce match fût remporté sur le score de 1 à 0 par les locaux. Ce succès a eu un immense retentissement à travers toute la ville et même toute la région. C’était comme une revanche, une victoire sur l’autorité en place. Depuis lors, le Canon bénéficie d’un important courant de sympathie. Il est devenu une sorte de représentant, une espèce de conscience du peuple.

Afrik : Cette création un peu anecdotique a t-elle une influence particulière sur le club d’aujourd’hui ?

Théophile Abega : Cela donne au club une certaine responsabilité vis à vis des supporters à chaque match mais aussi vis à vis des autres clubs car le Canon est le plus ancien d’entre eux. Il a une obligation de résultat, c’est l’équipe-phare. Ce passé et ces responsabilités suscitent un état d’esprit particulier au club, une volonté, une envie qui lui sont propres. C’est cet état d’esprit conquérant qui a permis au club de se hisser au panthéon des clubs africains et de gagner autant de trophées.

Afrik :En parlant de trophées, depuis bientôt vingt ans, le Canon de Yaoundé ne gagne plus le championnat, ni de trophée continental, hormis deux succès en Coupe du Cameroun, comment expliquez-vous ce manque de réussite ?

Théophile Abega: Là aussi le club a subi un cheminement logique. L’apogée demeure l’obtention de la Coupe d’Afrique des Champions. L’actuel ministre de l’intérieur Ferdinand Koungou Edima, ancien président du club et ministre des Sports a grandement contribué à cette réussite. Son retrait des affaires marqua le début d’un passage à vide qui a duré de 1980 à 1995. Ce fut une période noire pour le club, ponctuée par des luttes intestines. Des conflits d’intérêts et d’hommes empêchèrent pendant longtemps le club de postuler à la place qu’il méritait.

Afrik : Depuis quelques saisons, on ne peut s’empêcher de remarquer une légère embellie, le club semble être sur une pente montante ?

Théophile Abega : En effet, depuis la saison 1995/1996, le club a entamé une remontée vers le premier plan. Le Canon fut vice-champion et finaliste de la Coupe du Cameroun. La saison suivante, il gagna la Coupe, et termina quatrième du championnat et demi-finaliste de la Coupe de la CAF. L’année dernière, on a été finaliste de la Coupe des vainqueurs de Coupe.

Afrik :Comment expliquez-vous ce brusque retour en forme, quel a été le déclic ?

Théophile Abega. : Le déclic fut d’abord la constitution d’une bonne équipe. Une équipe qui gagne devient attractive et donc est susceptible d’attirer les jeunes, des jeunes que l’on peut former. Enfin et surtout, il y a le partenariat que le Canon a signé avec le club belge de Lokeren. Un accord qui apporte une expertise et une sécurité financière nécessaire pour terminer la restructuration que subit actuellement le club.

Afrik :Vous êtes leader du championnat au terme de la dixième journée. A l’heure actuelle, quelles sont vos ambitions et quelle compétition est prioritaire?

Théophile Abega : Notre priorité, et on ne le cache pas, c’est avant tout le championnat. Notre but est de revenir dans la cour des grands et ils sont tous en Champion’s League. Don,c pour participer à cette compétition, le Canon doit finir champion. C’est l’objectif numéro un. En termes de notoriété, de gains financiers et d’enjeux sportifs, une participation dans cette compétition est la plus intéressante. Le Canon est le troisième plus grand club africain, on se doit de retrouver notre rang. Et de redevenir le club-phare du Cameroun.