La couverture de l'ouvrage

Gérard Dreyfus, journaliste sportif à RFI, vient de publier, aux éditions Match Multimédia Production, Le guide du football africain. Cet ouvrage colossal et unique en son genre offre une mémoire écrite au sport roi sur le continent. Il recense en 642 pages tous les résultats depuis les indépendances. Le co-fondateur du magazine Afrique Football explique pourquoi et comment il a réalisé un tel travail.


Par Sonia El Amri

La Bible du football africain est arrivée ! L’un des plus grands spécialistes du ballon rond africain, Gérard Dreyfus, journaliste à RFI et co-fondateur du magazine Afrique Football, vient de publier Le Guide du football africain. Plus qu’un simple recensement de données, c’est une véritable Bible qui voit ici le jour, grâce à un énorme travail de collecte et de mise en forme. Indispensable. Tout y est : Coupes d’Afrique des Nations, Coupes du monde, Jeux Olympiques, Coupes d’Afrique des clubs, Compétitions régionales, Palmarès du Championnat et de la Coupe de chaque pays, Récompenses du football, l’Abécédaire des fédérations nationales,… Rien ni personne n’est oublié : le football féminin et les compétitions des jeunes ont même chacun un chapitre. L’auteur explique pourquoi et comment il a réalisé un tel travail.

Afrik-Foot.com : Pourquoi avoir écrit Le guide du football africain ?
_ Gérard Dreyfus :
C’est un travail nécessaire, car en Afrique il n’y a pas d’archives, pas de traces écrites : tout se transmet à l’oral et ce genre d’ouvrage n’existait pas jusque-là. Il récapitule tout depuis les indépendances. C’est une manière de restituer son passé à l’Afrique. Par exemple, personne ne serait capable de dire le nombre exact de matchs qu’a disputé Milla (Roger Milla, international camerounais, ndlr). Quand un président de fédération s’en va, tout document disparaît aussi, les tiroirs se vident. Il est regrettable qu’il n’y ait pas d’attaché de presse dans les fédérations de football sur le continent. Le guide du football africain sera très probablement utile à l’ensemble de la presse africaine.

Afrik-Foot.com : Comment avez vous récolté les informations ?
_ Gérard Dreyfus :
Mes activités pour Afrique Football, entre autres, m’ont été d’une grande aide. Grâce à Radio France Internationale, j’ai réussi à tisser des liens en Afrique. J’ai aussi contacté des confrères sur place qui m’ont donné de très sérieux coups de mains. Mais je regrette cependant que certaines fédérations auxquelles j’ai demandé de l’aide n’aient même pas répondu à mon appel.

Afrik-Foot.com : Combien de temps vous a pris l’élaboration de cet ouvrage?

Gérard Dreyfus :
La recherche et la récolte d’information n’ont pas été longues car je savais qui contacter et il suffisait d’être rigoureux. Le travail a avancé relativement vite car je travaillais chaque jour jusque 3 heures du matin et je reprenais à 9 heures. Le plus long et le plus fastidieux a été de tout retaper sur le PC : un vrai travail d’archiviste. Je suis déjà en train de préparer un autre ouvrage qui complétera Le guide du football africain. Je le publierai probablement dans un an. J’ai déjà effectué 70% du travail pour ce second livre : le plus important est de décider de se mettre au travail. Ce que je regrette, c’est d’avoir attendu aussi longtemps pour le faire.

Afrik-Foot.com : Quels sont vos meilleurs souvenirs footballistiques ?

Gérard Dreyfus :
Cela fait 30 ans que je sillonne l’Afrique. Il y en a tellement… Mais je dirais que la Coupe d’Afrique des Nations (Can, ndlr) de 1984, qui a eu lieu en Côte d’Ivoire, a été mémorable : le Cameroun a remporté la Can et la Côte d’Ivoire a été éliminée dès le premier tour. Au-delà des résultats sportifs, le football m’a permis de comprendre beaucoup de choses sur le comportement africain. Grâce au foot, j’ai ouvert les yeux sur ce continent et sur les hommes. En Afrique, le football provoque un tel enthousiasme qu’il rapproche tout le monde. Il existe un élan formidable vers le football, qu’on soit riche, pauvre, grand ou petit. Quand je vois les conflits en Côte d’Ivoire, par exemple, je me dis qu’on n’utilise pas assez le football comme moyen d’unité car lors d’un match tous les Ivoiriens sont unis et supportent tous leur équipe.

Afrik-Foot.com : Pour vous, qui sera le meilleur joueur de l’année ? Didier Drogba ou Samuel Eto’o fils ?

Gérard Dreyfus :
C’est difficile de se prononcer. D’autant plus que l’année n’est pas encore terminée. Cependant, je dirais que Didier Drogba était incontestablement le meilleur en début d’année et que depuis quelques semaines Eto’o prend la place du meilleur joueur de l’année. Mais je déplore qu’on oublie les joueurs restés sur le continent. Je trouve cela même injuste. Pourquoi pas créer une distinction spéciale pour les joueurs africains restés sur le continent ?

Afrik-Foot.com : Qu’est-ce qui explique le peu d’intérêt des médias par rapport au football africain ?

Gérard Dreyfus :
Si vous êtes uniquement intéressé par ce que font les autres, on ne s’intéressera jamais à ce que vous faites. L’Afrique est inondée d’images venant d’Europe, elle ne voit jamais ses propres championnats, coupes,… Il n’existe pas une seule émission consacrée au football africain. Il subsiste un sentiment d’infériorité : tout ce qui se fait ailleurs est toujours meilleur. C’est de là que vient le désintérêt envers le football africain.

Afrik-Foot.com : Faut-il que le football africain soit pro pour le faire avancer ?

Gérard Dreyfus :
J’y suis favorable et, bien entendu, ça serait l’idéal ! Mais concrètement, quels sont les ressources ? Pour professionnaliser le football africain, il faut de l’argent. Bien souvent, il faut de la volonté et plus particulièrement de la volonté politique. Prenez, par exemple, le Burkina Faso et le Mali. Ces deux pays ont réussi, grâce à une bonne organisation, à leur volonté et à leur travail, à créer des écoles de football performantes et ce malgré un nombre de moyens limités.

Afrik-Foot.com : Que pensez-vous de la floraison des centres de formation en Afrique ?

Gérard Dreyfus :
C’est un commerce. Pour pouvoir vivre, les centres de formation doivent vendre les joueurs. C’est une chance pour les plus doués et on évite aussi que les enfants restent dans la rue. Mais ces centres ne sont valables que dans la mesure où ils assurent une formation scolaire ou professionnelle comme les établissements sport/études. Si on fait ça c’est formidable, car en cas d’échec au niveau sportif, le jeune a en main un métier lui permettant de s’en sortir. Et le pays se retrouve avec des personnes qualifiées. Je préfère qu’on fasse de la formation plutôt que de déraciner le joueur. Je l’ai déjà dit tout est question de volonté et surtout de volonté politique. La politique et le football sont intimement liés. Quand on parle d’Afrique, on fait toujours référence aux guerres, aux conflits, aux maladies,… Et on oublie le sport ! Pourtant, c’est ce qui a permis à l’Afrique d’être reconnue. Ce continent regorge de joueurs doués, mais l’environnement manque de sérieux et de rigueur et il reste à professionnaliser.

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