Certains pays naturalisent des footballeurs étrangers dans le but de renforcer les capacités de leur équipe nationale. Si, en soit, le phénomène n’a rien de nouveau, ce sont les motivations qui changent. Aujourd’hui, les joueurs acceptent de défendre les couleurs d’un pays qu’ils connaissent à peine contre de fortes sommes d’argent. Une tendance que la Fifa tente d’endiguer pour prévenir les « naturalisations de masse ».


La naturalisation sauvage. C’est la nouvelle crainte de la Fédération Internationale de football. La Fifa s’inquiète du fait que quelques pays accordent la nationalité à des joueurs étrangers dans le seul but de fortifier leur équipe nationale. Le phénomène n’est pas nouveau, mais tend à s’accentuer ces derniers temps, notamment en Afrique. Certaines pratiques ont été mises en lumière lors de la Coupe d’Afrique des Nations (Can) 2004, qui s’est achevée le 14 février dernier à Tunis.

Naturalisations d’hier et d’aujourd’hui

« Auparavant, les naturalisations existaient, mais de façon sporadiques, explique-t-on à la Fifa. Les joueurs avaient une connexion avec le pays qui les naturalisaient. Par le biais d’un mariage ou par le fait qu’ils y résidaient depuis plusieurs années, par exemple. » Le Congolais (République Démocratique du Congo) Joao Henriette Elias fait partie de ceux qui a développé un sentiment affectif envers un autre pays que le sien. « Il évoluait en Belgique et y avait des amis rwandais. Il a décidé de venir au Rwanda en juillet 2003 pour jouer pour notre pays », assure Jules Kalisa, secrétaire adjoint de la fédération rwandaise de football. La greffe a bien prise. C’est lui qui a marqué le seul but du petit Etat d’Afrique Centrale lors de son premier match de Can contre la Tunisie, hôte de la compétition. D’autant plus marquant que c’était la toute première participation du Rwanda à la Coupe d’Afrique des Nations.

Les cas de naturalisation par affinités semblent faire figure d’exception. Car aujourd’hui, beaucoup pensent que ce n’est plus un lien affectif qui motive les naturalisations, mais plutôt la volonté de doper les performances des équipes nationales. Du coup, des footballeurs se retrouvent à défendre les couleurs d’une nation qu’ils ne connaissent que de nom. Un phénomène qui risque de s’étendre, mais qui reste difficilement mesurable et localisable. « Les autorités qui opèrent ces changements se gardent bien d’en faire la publicité. Nous avons nous-mêmes pris connaissance de ces pratiques par le biais de la presse », commente-t-on à la Fifa.

Coup de poker

La Coupe d’Afrique des Nations en est un bel exemple. Plusieurs pays ont été médiatisés pour leurs récentes acquisitions. Alors qu’avant les joueurs faisaient la demande de naturalisation, la tendance s’est inversée : ils sont aujourd’hui courtisés. Le Togo – dont l’entraîneur brésilien a fait appel à treize footballeurs de son pays – fait figure de champion en la matière. L’objectif : passer les éliminatoires de la Can. Une tactique décriée par ceux qui devaient affronter les Eperviers. Peine perdue, le Togo s’est fait éliminée face au Kenya et n’a pu participer à la compétition. Exemple flagrant de « naturalisation massive » ratée et coûteuse, puisque les joueurs venus d’Amérique latine auraient été copieusement rémunérés, selon Media France International.

Quelques exemples font, en revanche, office de success stories. A l’image de la Tunisie. Pendant la Can, elle comptait à son actif dans l’équipe nationale deux Brésiliens. Et pas des moindres : le défenseur José Clayton, qui joue dans cette sélection depuis 1998, et surtout l’attaquant Francileudo Silva Dos Santos, arrivé à la fin de l’année. « Nous tenions à l’avoir pour la Coupe d’Afrique des Nations », affiche-t-on sans complexe à la Fédération tunisienne de football. Pas un hasard, et un bon choix. Avec quatre buts marqués lors de la compétition, il se place parmi les meilleurs buteurs de cette 24e édition. Et a grandement contribué à porter la Tunisie en finale, le 14 février dernier, contre le Maroc.

Certaines des naturalisations faites il y a quelques années se montrent tout aussi fructueuses. L’équipe rwandaise a notamment réussi à mettre en difficulté ses adversaires, grâce à deux joueurs congolais : Elias Ntaganda, arrivé en 1996 et auteur d’un but face à la Tunisie, et Saïd Abed Makasi, arrivé en 1998 et qui affiche le même palmarès que son compatriote. Ainsi, la quasi-totalité des buts rwandais ont été marqués par des joueurs nés en République Démocratique du Congo voisine. Ce qui a peut-être concouru à faciliter les transfuges.

Endiguer la naturalisation sauvage

Pour parer à toutes dérives, la Fifa devra combler un vide juridique. « Il n’y a pas de détournement de la loi car il n’y a pas de lois concernant ce sujet, reconnaît-on à la Fédération. La règle stipule qu’un footballeur peut jouer pour une autre équipe nationale autre que celle du pays où il joue, s’il n’a jamais été sélectionné pour l’équipe nationale de ce pays. » Des commissions seront prochainement mises en place pour veiller à la « conservation d’un esprit sportif sain » en étudiant ce problème. Le but étant d’endiguer le risque de « naturalisations en masse ».

Un risque avéré par l’exemple togolais et soulevé à nouveau l’entraîneur français en charge de l’équipe nationale du Qatar (Moyen-Orient). Philippe Troussier souhaitait naturaliser des footballeur français pour le 11 du petit Etat. La “naturalisation est le meilleur moyen pour le Qatar d’arriver aux épreuves finales de la Coupe du Monde 2006.”, aurait déclaré le coach à la première chaîne française et au quotidien français L’Equipe. L’un des remparts à la naturalisation sauvage pourrait notamment résider dans le dialogue avec les autorités des Etats habilitées à rendre effectives ce genre de changements administratifs. Mais la Fifa peut compter sur le patriotisme des joueurs. A l’image du footballeur Kenyan Dennis Oliech qui a refusé de partir pour le Qatar comme certains de ses compatriotes. Il a dit non à quelque 3 millions d’euros pour défendre les couleurs de son pays pendant la Can.

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