Les frères M’Penza font rêver les supporters Belges. De Liège à Anvers on n’en doute guère. La coupe d’Europe est au bout des crampons de ces deux footballeurs d’origine zaïroise


L’atmosphère est survoltée au stade au stade bruxellois du roi Baudoin, en ce match d’ouverture de l’Euro 2000. L’enjeu est d’importance pour l’équipe co-organisatrice de la compétition avec les Pays-Bas. Elle affronte la Suède, l’une de ses principales rivales pour le deuxième tour. Malgré un premier but signé Bart Goor, la Belgique reste fébrile, malmenée en défense par les grands gabarits scandinaves.

Le salut viendra d’Afrique. En la personne d’Emile, le cadet des frères M’Penza, 21 ans tout mouillé, un mètre soixante quatorze pour soixante dix kilos, qui sur une déviation astucieuse de son acolyte Strupar, perce superbement la défense suédoise, envoyant une boulet fatal sans qu’Hedman, le gardien des jaunes, n’esquisse un geste de défense.

Avec son frère Mbo, Emile, de son vrai nom Lokonda, constitue la carte maîtresse du nouvel entraîneur de la Belgique, Robert Waseige. Outre leur origine zaïroise, une place au sein de l’équipe nationale, les deux frères ont en commun une gueule d’amour et un sourire éclatant qui relèguerait Sidney Poitier au rang de modeste figurant pour spot publicitaire.

Rien d’étonnant alors si les supporters belges, qui ont enterré les querelles linguistiques pour entonner de concert l’hymne national de leur patrie en français et en néerlandais, révélant à l’occasion le nouveau visage de leur patrie, unitaire et multiethnique, les ont depuis fort temps élevés au rang de Dieux du stade.

Le duo fait dos rond

Au sein de la modeste équipe de Mouscron, les frères M’Penza, 18 et 19 printemps chacun, bâtissent leur notoriété dans les années 95 à la force des jarrets. On les retrouve tous les deux encore, au Standard de Liège. Si Mbo et Emile brillent déjà en sélection nationale, le cadet ne se sent pas à son aise, la saison passée. Ses prestations ne convainquent pas le coach liégeois. Les critiques sont relayés par la presse, mais plutôt que de se défaire, le duo fait dos rond. Et Mbo de déclarer devant les micros :  » Ce qui se dit entre frères, je ne vous le dirai pas. Plus les semaines passent, plus c’est dur, pas personnellement pour nous, mais pour toute l’équipe « . Pas personnellement pour nous, beau lapsus qui en dit long sur l’indéfectible esprit de solidarité qui lie Mbo et Emile.

Les faits le confirmeront : le départ d’Emile en Allemagne (pour une somme record en Belgique de 350 millions de FB) où il est devenu l’un des meilleurs attaquants de la Bundesliga, a été suivi d’un nouvel exil. Celui de Mbo pour le Sporting de Lisbonne…