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Près de cinquante footballeurs africains ont quitté le championnat de France pour disputer la Coupe d’Afrique des Nations, du 24 janvier au 14 février, en Tunisie. Une situation qui désespère les dirigeants de clubs. La plupart comprend l’envie des joueurs de porter les couleurs de leur pays, mais aimerait tout de même voir les choses changer.


Hémorragie footbalistique. Tous les deux ans, pendant un peu moins d’un mois, les championnats de football européens sont désertés par les meilleurs joueurs africains. La raison de ce phénomène, qui frappe le plus durement la France : la tenue de la Coupe d’Afrique des Nations (Can). Pour le 24è cru de cette fête du football africain, qui se déroule en Tunisie du 24 janvier au 14 février, près de cinquante joueurs ont quitté la Ligue 1 (première division française) pour rejoindre leurs sélections nationales. Au grand dam des dirigeants de clubs. Dans leur majorité, ceux-ci avouent comprendre l’envie de leur meilleurs éléments de porter les couleurs de leur pays. Mais ils désespèrent de les voir s’absenter durant une période charnière de la saison. Même s’ils savent de longue date qu’ils devront les libérer, sous peine de sanctions de la Fédération internationale de football (Fifa).

« Ne pas trop recruter d’Africains »

« En période de Can, on essaie de faire en sorte de ne pas trop recruter de joueurs africains. C’est un élément important », explique Vincent Tong Cuong, le directeur général de l’En Avant Guingamp (EAG). « Mais entre ce qu’on souhaite faire et ce qu’on fait finalement … » Le club breton a dû laisser partir quatre joueurs, dont son meilleur buteur, le Burkinabè Moumouni Dagano. « On doit en tenir compte, surtout si on a déjà beaucoup d’Africains dans l’effectif », confirme Serge Delmas, l’entraîneur général du Montpellier Hérault SC (MHSC). Actuellement 16è du championnat, à deux points du premier reléguable, le MHSC a vu partir quatre joueurs, dont l’attaquant guinéen Fodé Mansaré et le milieu de terrain camerounais Valéry Mezague. Celui-ci se remettait tout juste d’un grave accident de la route. Mercredi, en match en retard du championnat, le club héraultais a été battu 3-1, à domicile, par le FC Sochaux Montbéliard. Avec cinq joueurs partis à la Can, le club doubiste est pourtant le plus touché par l’exode des footballeurs africains, après Lens (six absents). « Notre jeux n’a pas trop changé car ces joueurs ont déjà été absents pour d’autres occasions », explique Gérard Genghini, le directeur sportif du FCSM. « Avec une défaite, une victoire et un nul, notre parcours sans les Africains tient la route. Mais il reste encore quatre matchs » avant leur retour, ajoute-t-il.

casttle_1_-5.gif« On comprend que les joueurs veuillent jouer pour leur pays. Après, c’est à nous de nous adapter », explique Serge Delmas. « Soit le club a les moyens d’avoir un gros effectif et il peut facilement se passer de ses joueurs africains en doublant les postes, soit il essaie de ne pas avoir trop d’absents, et recrute peu d’Africains. Je ne remet pas en cause le développement du football africain, mais si on ne change pas le règlement, les responsables techniques s’adapteront et réfléchiront autrement. Des clubs anglais, que je ne citerais pas, commencent déjà à se détourner des footballeurs de ce continent. Ils disent qu’ils ne sont jamais là. » Reste que les clubs européens n’abandonneront pas du jour au lendemain le « marché du football africain », pour la bonne raison qu’ils y font d’excellentes « affaires ». Nombre d’entre eux y investissent en centres de formation et autres partenariats avec des clubs locaux. « Les clubs français en quête de bonnes affaires recrutent massivement en Afrique, ils ont bon dos de cracher dans la soupe après », explique en substance l’entraîneur de Guingamp, cité par Libération.

La Can tous les quatre ans

Que faire alors, pour éviter ces désaffections saisonnières ? « Beaucoup souhaiteraient que les fédérations nationales paient les clubs pour libérer les joueurs. Mais c’est inimaginable quand on connaît leur situation. Nous allons justement faire parvenir deux bombes de froid (pour calmer les douleurs, ndlr) à Harlington Sherini (milieu zimbabwéen de l’EAG, ndlr), pour son équipe. Elles coûtent 30 euros les deux boîtes ! En revanche, la Can devrait avoir lieu une fois tous les quatre ans, comme l’Euro ou la Coupe du monde. De la même façon, en règle générale, les compétitions continentales se jouent autour du mois de juin. Il est vrai qu’à cette période, il fait chaud en Afrique. Mais peut-être pas plus qu’au Mexique, ou aux USA, où la finale de la Coupe du monde 1994 à été jouée à 40 degrés. »

Même son de cloche chez le directeur sportif du FCSM, qui se demande si la Can a réellement un intérêt à se dérouler tous les deux ans. « L’idéal serait que la date puisse être calquée sur celle des championnats européens, en juin, avec un léger décalage. »

Le cas Santos

Finalement, les footballeurs se retrouvent parfois à subir les pressions simultanées de leurs sélections nationales et de leur club employeur. Le jeune attaquant nigérian de l’Inter de Milan, Obafemi Martins, retenu par l’entraîneur des Super Eagles, a poliment décliné l’invitation en expliquant qu’il ne se sentait pas prêt pour défendre les couleurs de son pays ! Le FC Sochaux a également fait parlé de lui par l’intermédiaire de son entraîneur, Guy Lacombe, début janvier, lorsque le néo-tunisien d’origine brésilienne, Francileudo Santos, a décidé de rejoindre les Aigles de Carthage. Largement repris par la presse, il avait expliqué que l’attaquant ne devait pas « s’attendre à profiter d’une vitrine très performante [en jouant la Can]. Quand la Tunisie joue contre la Gambie, ça me semble moins intéresser les observateurs qu’un match de la Coupe de l’UEFA contre l’Inter », avait-il expliqué.

Aujourd’hui, Bernard Genghini relativise ces propos. « Vous ne nous avez pas entendu nous plaindre pour les quatre autres joueurs qui sont partis à la Can. Nous connaissions le règlement et nous savions qu’ils devaient partir. Mais en ce qui concerne Santos, ça nous est tombé dessus. Ce n’était pas du tout prévu. On a défendu les intérêts de notre club, comme la Fédération tunisienne de football a défendu les siens.» Le directeur sportif assure qu’il ne s’agissait pas pour le club de discréditer la compétition africaine. Même s’il confirme que s’il ne s’agit que de valorisation professionnelle d’un joueur, « un Sochaux-Saint-Etienne, en demi-finale de la Coupe de la Ligue, à Geoffroy Guichard, vaut bien un match de la Can ». Pour le reste, il n’est pas question de remettre en cause l’intérêt de la compétition. « Moi même, explique-t-il, je pars demain en Tunisie. »