A 32 ans, Yazid Mansouri porte le brassard d’une sélection algérienne de football qu’il a menée à sa première Coupe du monde depuis 1986. Pas peu fier, le milieu de terrain des Fennecs est revenu pour Afrik-Foot.com sur la CAN de la Khadra, son avenir personnel ou l’ambiance au sein de groupe algérien à quelques mois du Mondial sud-africain.



Afrik-Foot.com : Yazid, tout d’abord, félicitations pour votre titre de meilleure équipe africaine de l’année 2009.

Yazid Mansouri : Merci. C’est un vrai honneur, qui nous fait très plaisir. C’est d’autant plus satisfaisant qu’il y a de grosses équipes en Afrique : le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Nigeria… C’est beau. On a gagné. Nous sommes tous fiers. C’est bien, c’est le fruit d’un long travail qui vient récompenser tout un groupe, tous ces stages… Maintenant, à nous de ne pas nous relâcher et de maintenir le cap.

Quel est le rôle du capitaine chez les Fennecs ?

C’est surtout un relai entre les joueurs et le staff ou la fédération. Il y a toujours quelque chose à améliorer : les matches, les stages… Et j’aide aussi à l’intégration des nouveaux. C’est un rôle que je prends très au sérieux. C’est un grand honneur pour un joueur. C’est une belle marque de confiance du coach et de la fédération.

On parle beaucoup d’un renforcement du staff autour du Rabah Saâdane. Quel est votre sentiment ?

Vous savez, ce n’est pas vraiment de mon ressort. J’ai beau être capitaine, je ne suis qu’un joueur. Je suis là pour jouer. C’est la fédération qui dirige. Du moment, qu’elle fait son boulot, cela me va. Si eux estiment qu’il faut renforcer le staff…

Mais vous, qu’en pensez-vous ?

Personnellement, je n’ai aucun problème avec le staff en place. Après, c’est vrai qu’il faudrait peut-être se renforcer en faisant venir un préparateur physique professionnel. Tous les joueurs vont sortir d’une saison longue, on va tous être un peu fatigués. Mais il va falloir préparer la Coupe du monde. Mais il faut que les avantages dépassent les inconvénients, il faut que tout le monde adhère, pour le bien de l’équipe et des performances.

« Réaction d’orgueil »

Justement, malgré le résultat final, les performances de la Khadra à la CAN n’ont pas été à la hauteur des attentes. Quel bilan dressez-vous de cette compétition deux mois après ?

Au début de cette Coupe d’Afrique, si on nous dit que l’on va aller en demi-finale, je signe de suite ! Donc, on est quand même satisfait. Après, avec le recul, c’est vrai qu’il y a eu des hauts et des bas. On a livré de bons matches mais, surtout, on a offert une belle réaction pour montrer un autre visage et arriver à ce match référence contre la Côte d’Ivoire.

Pourtant, c’était mal parti…

Effectivement. Ce match face au Malawi (3-0) aurait pu nous faire très mal. Mais on a su réagir très vite. Déjà, contre le Mali (1-0), c’était pas mal. Il y a une prise de conscience, on a montré qu’on avait quand même de l’amour propre. On a mis notre contre-performance sur le dos de la chaleur, c’est vrai qu’il faisait très chaud. Mais c’était le cas pour tout le monde, on ne peut pas mettre tout ça sur le compte de la chaleur. Indirectement, on était peut-être un peu trop sûrs de nous. Il n’y avait pas d’unité… Et puis on s’est réveillé ! Nous ne pouvions pas passer à côté. Donc on a offert une belle réaction d’orgueil pour ne plus faire de cadeaux à nos adversaires.

Et contre la Serbie, qu’est-ce qu’il s’est passé ?

Bah, 3-0, c’est quand même un résultat sévère. En première mi-temps, on est bien mais on est mené 1-0. On a une balle de 1-1 qui change tout… Après, la Serbie est une grosse équipe avec beaucoup d’expérience, qui a terminé devant la France dans les éliminatoires pour la Coupe du monde.

« Surtout ne pas prendre de valises »

En parlant de Mondial, qu’est-ce que cela vous fait de guider une équipe d’Algérie en Coupe du monde pour la première fois depuis 24 ans ?

J’ai hâte d’y être ! Jouer une Coupe du monde, c’est le rêve de tous les joueurs de football. Il faut que l’on fasse bonne figure mais il faut surtout ne pas sous-estimer nos adversaires. Tout est possible sur un match. Mais cela va être une sacrée ambiance avec le climat, les stades pleins… Y’a plus qu’à !

Y’a plus qu’à quoi ? Quel est objectif de l’Algérie pour cette Coupe du monde ?

Surtout ne pas prendre de valises. On peut rivaliser avec tout le monde, sur un match. Sortir de la phase de poule, ce serait la cerise sur le gâteau. Comme je l’ai dit, sur un match, tout est possible. On est capable de faire quelque chose. Surtout que nous sommes gonflés à bloc. Sur ce genre de match, nous n’avons pas besoin de motivation. Surtout contres des joueurs comme Rooney, Gerrard… Il faut qu’on reste concentrés. Nos adversaires vont peut-être nous sous-estimer, à nous de nous en servir !

Un mot sur vos adversaires.

Bon, l’Angleterre, on connaît. Ils ont les meilleurs joueurs du monde, on sait où et comment ils jouent. Cela va être un gros morceau. Ensuite, la Slovénie, je dois avouer que je ne connais pas bien. Ils ont quelques joueurs qui jouent dans les grands championnats donc il faudra se méfier. Enfin, les Etats-Unis, c’est pas mal. On a eu la chance de les voir jouer contre l’Italie à Pretoria, en Coupe de la Confédération, puisque nous étions en préparation pour un match contre la Zambie. Ils ont de bons joueurs. La preuve, ils sont allés en finale en montant en puissance. Mais il me semble que c’est une équipe à notre portée. Il faudra sortir un gros match.

Est-ce qu’il y a encore des choses à améliorer en équipe nationale?

Bien sûr. On peut toujours s’améliorer. Il faudrait que l’on gagne en régularité et en maîtrise. L’Algérien a tendance à péter les plombs. Il faut qu’on arrive à se calmer. Cette attitude nous a déjà desservi par le passé, comme contre le Rwanda ou l’Egypte. Avec le staff et la fédé, s’il y a de la stabilité, l’Algérie peut fraie quelque chose de grand.

« Lacen a halluciné sur l’ambiance »

De nombreux joueurs d’origine algérienne multiplient des appels du pied pour rejoindre les Fennecs.

Comme je l’ai déjà dit, nous ne sommes que des joueurs. Ce n’est pas à nous de décider. Nous venons pour les stages et pour jouer les matches. Si les nouveaux viennent pour apporter quelque chose à l’équipe, cela ne me pose pas de problème. Mais, là encore, c’est au staff de décider. Si il juge qu’il y a des manques, il faut combler.

Justement, et Medhi Lacen ?

C’est un très bon joueur qui apporte une touche technique en plus de son sens du placement et de sa technique. Mais, vous savez, l’équipe d’Algérie, c’est d’abord un groupe, un collectif où il n’y a pas de star. C’est ensemble qu’on va y aller ! Pas avec un, deux ou trois joueurs. Pour revenir à Medhi, il a été très bien accueilli. On a discuté franchement, ça s’est très bien passé : on a même échangé nos numéros ! Sur son premier match, il a fait de gros efforts pour s’intégrer, il a même halluciné sur l’ambiance ! Et c’est vrai, nous sommes un bon groupe : on regarde tous devant… Il y a une véritable amitié entre tous les joueurs. Nous sommes partis en vacances ensemble ! Les événements au Caire nous ont vraiment marqués et ont resserré nos liens.

Comment avez-vous réagit lorsque vous avez appris pour les sept renvoyés par Rabah Saâdane ?

C’est peinant de voir ça. J’imagine ce qu’ils ont pu ressentir… Ce sont tous des amis, c’est dur. Mais je ne sais pas trop pourquoi. C’est le coach qui décide, je n’ai pas mon mot à dire dans ses choix. On discute beaucoup, donc j’imagine que l’on en parlera la prochaine fois.

Un dernier sur l’Algérie. Que vous inspire votre groupe de qualification pour la CAN 2012 ?

Ah, le Maroc ! Ca va être un sacré choc ! Je suis sûr que ça parie déjà de tous les côtés au Maroc et en Algérie ! Mais il ne faut pas oublier les autres, la Tanzanie et la Centrafrique, même si on les connaît moins. Depuis le Malawi, on est bien placé pour savoir qu’il n’y a pas de petites équipes en Afrique. C’est un groupe difficile. Nous avons un statut à assumer.

« Si on tombe d’accord, je reste. Sinon, je pars… »

Parlons de Lorient. Vous êtes actuellement septième alors que l’on vous prédisait une saison difficile.

Oui, c’est vrai que nous avons eu la chance de nous sauver très vite. Mais le championnat est de qualité : devant, ça commence à tirer fort pour mettre tout le monde à distance. Il nous reste une dizaine de matches. On peut finir dans la première partie de tableau. On reste sur une bonne série, avec trois matches sans défaite. Contre l’OM, qui tourne bien, on aurait même pu l’emporter. Face à Lens, cela a été difficile mais il nous fallait gagner pour poursuivre notre bon parcours. On verra comment ça se passe par la suite…

Et la suite pour vous, c’est quoi ? Vous êtes en fin de contrat en juin.

Oui, c’est vrai. Nous sommes en pleine négociation. J’ai reçu une proposition il y a deux ou trois semaines mais il y a encore des détails à régler. Les conditions ne me satisfont pas complètement donc je m’accorde un délai de réflexion. Si on tombe d’accord, je reste. Sinon, je pars…

Si vous deviez partir, vous aimeriez revivre une expérience à l’étranger ?

Peu importe. Je me donne encore deux ans avant d’arrêter. Après, c’est vrai que j’aimerais bien retourner en Angleterre. Ou en Allemagne. C’est un championnat qui me tente, il y a du beau jeu, des stades pleins, un véritable discipline tactique… Et puis Ziani ou Matmour m’en disent beaucoup de bien !