Mame Biram Diouf

Le Molde FK, club norvégien, n’a cessé depuis 4 ans de privilégier la voie africaine pour son recrutement. L’explication d’une telle politique, entre projet sportif et économique.


La ville de Molde est située au centre ouest de la Norvège. Une ville paisible, bordée par la Mer du Nord et l’un des nombreux fjords du pays, abritant 25 000 habitants à 500 km d’Oslo… Les liens entre l’Afrique et cette petite bourgade norvégienne ne semble, à première vue, pas évident. Molde, terre d’immigration africaine? Cette question paraît à première vue insolite, voir même absurde. Et pourtant c’est vers le club de football du Molde FK qu’il faut se tourner pour trouver une réponse.

Sept fois vice-champion de Norvège, cet éternel Poulidor se caractérise par une politique de recrutement particulière, en lien avec sa situation budgétaire et son manque de réservoir démographique. En effet, la seule population de Molde ne suffit pas à alimenter le centre de formation et la jeunesse du pays des fjords répond moins aux sirènes de Molde qu’à celles du voisin et géant Rosenborg (Trondheim, 200 km de Molde). C’est donc vers l’Afrique, et plus particulièrement le Sénégal qu’Erik Berg, le président du club, et ses collaborateurs ont décidé de trouver des nouveaux talents.

Car, depuis 2006, on a vu six joueurs sénégalais revêtir la tunique du Molde FK. C’est tout Pape Pate Diouf qui a ouvert le bal, accompagné d’un compatriote finalement non conservé par le club norvégien. En janvier 2007, Mame Biram Diouf, venu de Dakar, s’engage à son tour. En 2009, Makhtar Thioune et Mame Mbar Diouf, puis en 2010 Baye Djiby Fall posent leurs valises en Scandinavie.

Cette politique est défendue par les dirigeants du club. Petter Rudi, responsable du recrutement répondant aux questions de Coupfranc.fr, explique les choix du club par la nécessité de demeurer parmi les meilleurs clubs du pays, mais également en raison d’impératifs financiers. « On voudrait avoir le plus de joueurs possibles de notre région, mais la réalité nous impose d’acheter des joueurs à l’étranger si nous voulons rester dans l’élite du football norvégien », déclare l’ancien footballeur norvégien.

En fait, la logique est la suivante: recruter des joueurs africains, leur laisser le temps de s’adapter aux conditions climatiques – de la quarantaine de degrés de Dakar aux températures polaires de Scandinavie – et rythme de vie local, la période d’adaptation dure environ une dizaine de mois, puis après quelques saisons au sein du club, les revendre à des clubs plus prestigieux en Europe afin d’obtenir une plus-value. Petter Rudi confirme ce phénomène: « Si on travaille bien et que le joueur arrive dans de bonnes conditions en équipe première, alors il se fera remarquer et sera recruté par un plus grand club européen. »

Les faits confirment cette analyse, les Sénégalais ont été, la saison dernière, les piliers de l’équipe, permettant au club d’atteindre la deuxième place du championnat et la finale de la Coupe de Norvège. Si cette année est encore une fois vierge de titre pour le Molde FK, le duo d’attaquant Diouf-Diouf n’a cessé de briller tout au long de la saison. Mame Biram Diouf, sûr de lui, n’hésite pas à s’attribuer à lui et son compatriote, Pape Pate Diouf, la réussite du club: « Nous sommes de véritables stars ici parce que nous sommes sur tous les bons coups. Nous sommes les symboles de la réussite du club Molde » ou « Quand je suis en bonne santé, je ne discute la place de titulaire avec personne. Pate et moi nous sommes les piliers de l’équipe et les principaux artisans des victoires de l’équipe, modestie à part ». Entre 2008 et 2009, Mame Biram Diouf a inscrit 32 buts en Norvège en 49 matches.

Ce dernier a d’ailleurs été racheté par Manchester United en 2009 pour une valeur de 4,5 M€, puis tout de suite prêté pour la saison à son ancien club. Cette plus-value réalisée confirme tout l’intérêt d’une telle politique.

Si on ne peut que se réjouir de cette possibilité de tremplin pour les footballeurs africains, reste néanmoins que l’on peut s’interroger sur la viabilité d’une telle politique à long terme. Le temps d’adaptation des joueurs, les départs fréquents, sont autant de données avec lesquels le staff de Molde FK doit composer. Suite au départ de Mame Biram Diouf, le club a d’ailleurs subi une perte de vitesse, puisqu’à la veille de la trêve due Coupe du Monde (le Tippeligaen est en décalé par rapport aux autres championnats européens), il pointait seulement à la 12e place. C’est évidemment le revers de la médaille d’une telle politique, facteur d’instabilité pour un collectif.

Pour autant le pôle de recrutement n’est pas prêt de remettre en question ses méthodes, trop content de pouvoir utiliser l’intarissable source africaine. Petter Rudi admet d’ailleurs se rendre deux à cinq fois par an en Afrique en vue de prospecter de nouveaux talents capables d’enflammer le championnat norvégien.