L’annonce, à 12 h GMT, de la désignation de l’Allemagne comme pays organisateur de la Coupe du monde de football 2006 a provoqué une immense déception dans une Afrique du sud où la fête avait déjà commencé. La presse locale s’en est fait l’écho immédiatement. Fifa fever is over.


 » La défaite de l’Afrique du sud est aussi celle de l’Afrique «  (Daily Mail and Guardian)…  » Si proche, mais finalement trop loin pour l’Afrique du sud déçue «  (Business Day)…  » Battus au score «  (Sunday Times)…  » L’Allemagne attrape la Coupe du monde sur le fil «  (South African Broadcastin Corporation, SABC). La déception des Sud-africains, cruelle cette après-midi après la désignation de l’Allemagne comme pays organisateur du Mondial 2006 de football, s’est exprimée dans des termes sportifs. Comme si l’élan extraordinaire qui a monté ces derniers jours ne pouvait être arrêté si brusquement. Comme si l’excitation joyeuse ne pouvait se transformer d’un coup en aigreur.

La tristesse n’en est pas moins grande dans le pays. Des fêtes spontanées s’organisaient un peu partout depuis ce matin. Les stades et les terrains de sport se remplissaient partout de dizaines de milliers de personnes venues célébrer la victoire annoncée de l’Afrique du sud.

Un match Afrique – Europe

Ces derniers jours, les déclarations tonitruantes et les signes d’encouragement se sont succédés pour convaincre les Sud-africains que leur heure était enfin venue. Nelson Mandela lui-même a déclaré hier qu’il ne manquait qu’une voix au  » pari «  ( » bid « ) pour obtenir la majorité et emporter la décision face à l’Allemagne. Chacun des autres candidats semblait d’ailleurs résigné à ce que la chaîne américaine CNN a appelé  » un match Afrique-Europe « .

L’Europe, justement, demeure la fille aînée du football mondial. Depuis soixante-dix ans, le Vieux continent, remarque le Sunday Times de Johannesburg,  » a organisé dix fois la coupe du monde, l’Amérique du sud trois fois, le Mexique deux fois, les Etats-Unis une fois et l’Asie une fois (en 2002) « . Le Daily Mail and Guardian renchérit sur cette dure comptabilité :  » Il était normal d’espérer que le rôle de l’Afrique dans le jeu global soit enfin reconnu, pour la première fois en soixante-dix ans. «  En fait, souligne la SABC,  » on a dénié une nouvelle fois à notre continent le droit d’accueillir le plus grand spectacle du football mondial. « 

Au-delà de l’enjeu sportif et émotionnel, les économistes pleurent les 16,4 milliards de rands attendus de l’organisation de la Coupe du monde, sans compte l’effet inquantifiable – mais certain – sur l’économie et l’image du pays.

Victime du  » blitzkrieg «  (guerre-éclair) du grand Franz Beckenbauer (selon The Independent), la Rainbow nation a, de plus, déjà perdu toute chance d’organiser le Mondial 2010. En trouvant un nouvel allié avec le Brésil – qui s’est désisté pour elle -, l’Afrique du sud s’est engagée à soutenir en retour l’allié latino-américain. Un engagement que ne partage pas, par exemple, le Maroc.