La nation arc-en-ciel est fin prête avant le coup d’envoi vendredi de la Coupe du Monde de football : sécurité renforcée, infrastructures flambant neuves, et surtout… tout un pays uni derrière son équipe.


C’est l’heure de l’Afrique. A la veille du coup d’envoi de la première Coupe du Monde de football sur le sol africain, Shakira va chanter l’hymne officiel de la compétition jeudi. Les Black Eyed Peas, mais aussi Angélique Kidjo, Amadou et Mariam ou le Soweto Gospel Choir assureront le show dans le stade d’Orlando, en plein cœur du township de Soweto. Le Jour J, le premier président noir du pays Nelson Mandela assistera à la cérémonie d’ouverture malgré sa santé fragile. « Toute notre nation l’aime, et nous lui dédions la Coupe du monde 2010 », a déclaré à son propos l’actuel président sud-africain Jacob Zuma mercredi.

Pour tenter de faire oublier les 50 homicides et les multiples vols que déplore l’Afrique du Sud chaque jour, le pays n’a pas lésiné sur les moyens. Au total, 44 000 personnes ont été recrutées pour l’occasion, ce qui porte à plus de 180 000 les effectifs de la police. Si, malgré tout, des pickpockets laissaient leurs mains se balader, des cellules ont été construites dans les stades pour les juger rapidement. Certains journaux ont également évoqué une possible menace terroriste venant d’Al-Qaïda ou de l’extrême-droite sud-africaine blanche. Pour faire face à cette possibilité, l’espace aérien sera restreint au-dessus des stades et les forces armées seront prêtes à intervenir. Démineurs et hélicoptères compléteront le dispositif. Le Jour J, des policiers venus de 27 des pays sélectionnés seront également dans les stades pour reconnaître « leurs » hooligans et repérer les comportements à risque.

La Coupe du Monde la plus chère de l’histoire

L’Afrique du Sud a dépensé 3 milliards d’euros pour l’événement, ce qui en fait la Coupe du Monde la plus chère de l’histoire. Avec 1,8 milliard d’euros consacrés à la construction des stades, le double du budget prévu, et 1 milliard au développement des transports, les investissements sont colossaux. Dans un pays où près de la moitié de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté, ce gigantisme est parfois critiqué.

La préparation à ce mois où le football est roi a transformé le pays en chantier à ciel ouvert depuis 2005 : construction de nouvelles routes, rénovation des aéroports, mise en place d’un train rapide entre Pretoria et Johannesburg, modernisation des systèmes de communication, etc. Ces travaux ont créé plus de 70 000 emplois, ce qui aidé le pays de Mandela à résister à la crise économique mondiale. Chaque dépense ayant un « effet domino», l’impact économique global de la Coupe du Monde sera de 9 milliards d’euros, estime la firme d’audit Grant Thornton.

Quelque 300 000 touristes étrangers se déplaceront en masse vers la nation arc-en-ciel et devraient y dépenser au total 8,8 milliards de rands (près d’un milliard d’euros) en un laps de temps très court. La FIFA (fédération internationale de football association) a quant à elle prévu une enveloppe de 350 millions d’euros à distribuer entre les participants pour les frais de séjour.

La Coupe du Monde est une occasion rêvée de donner une autre image de l’Afrique que les disparités sociales et la misère. Le comité du tourisme sud-africain table l’année prochaine sur 10 millions de visiteurs, attirés une idée positive de la première puissance économique du continent.

La ferveur monte

«La Coupe du monde est en train d’unir le pays comme jamais avant», a déclaré jeudi le président, Jacob Zuma. A voir le nombre de rétroviseurs aux couleurs bleu, rouge, vert et jaune, la ferveur est tangible. Selon Supersport, le diffuseur de la Coupe du monde en Afrique du Sud, il y avait près de 180 000 personnes dans les rues de Sandton, un quartier huppé de Johannesbourg, mercredi lors de la parade du onze national. Enveloppés dans des drapeaux aux couleurs de la nation arc-en-ciel ou revêtus de maillots vert et or aux couleurs de l’équipe, Blancs et Noirs offraient un bel exemple de réconciliation.

Rêvant à la Coupe, une douzaine de supporters jeûnent depuis déjà une semaine, en espérant aider ainsi les Bafana Bafana à gagner. Certains poussent même jusqu’à se priver d’alcool et de sexe. Quinze ans après la victoire des Springboks lors de la Coupe du monde de rugby en Afrique du Sud, qui avait permis à Nelson Mandela d’œuvrer à la réunification raciale du pays, les Sud-Africains ont le sentiment d’assister à un autre moment fort de leur histoire.