Jeune professionnel à l’OM, Alexander Ndoumbou est annoncé comme un futur grand. Du Gabon à Marseille, il évoque, pour Afrik-Foot.com, son parcours déjà singulier. S’il se remet actuellement de blessure, le milieu gabonais veut s’imposer au plus haut niveau et ne manque pas d’ambition avec les Panthères.



Afrik-Foot.com: A 18 ans, vous avez déjà un parcours singulier. Racontez-nous comment, de Port-Gentil vous êtes parvenu à passer professionnel à l’OM ?

Alexander Ndoumbou: Je suis né au Gabon (à Port-Gentil, la capitale économique, le 4 janvier 1992, ndlr), j’ai grandi là bas. J’y ai toujours joué au foot mais seulement entre amis, à la maison, mais jamais dans une école de foot ou dans un club. A 11 ans, je suis venu en vacances un été en France avec ma famille. Mon père m’avait proposé de faire un stage à Carpentras (dans le Vaucluse chez les stages de l’ancien pro, Bernard Bosquier, ndlr). J’ai terminé meilleur joueur du stage et c’est à partir de là, que mon père a pris conscience que je pourrais éventuellement faire carrière.

A la suite de ce stage, vous êtes donc resté en France ?

Oui, j’ai eu l’envie d’intégrer un club. Mon père ne voulait pas que je joue au Gabon car les structures des clubs sont mal organisées. En plus, les gens trichaient sur leur âge et il ne voulait pas que je me fasse mal car j’étais plutôt sec. Après un essai à Istres, j’ai finalement intégré les 13 ans à Martigues. J’étais logé là-bas par un ami de travail de mon père, qui est devenu mon tuteur légal et j’ai également fait ma rentrée scolaire en 6e.

Ce déracinement précoce n’a pas été trop dur à gérer ?

Même si ma famille me manquait, je n’ai pas trop souffert car mon tuteur était très proche de moi. Lui et sa famille m’ont toujours soutenu, ils ont tout fait pour que je sois bien. Je savais que je pouvais compter pour eux. Et puis, je retournais au Gabon à chaque vacances scolaires.

Sportivement, tout s’est ensuite rapidement accéléré…

Au bout de la 5e journée, après un match à Avignon, un monsieur m’a interpellé dans le couloir. C’était le recruteur de Monaco, il voulait que je fasse des essais. J’avais déjà presque l’impression qu’un rêve se réalisait. Et dans la semaine qui a suivi, Marseille et Montpellier m’ont contacté. J’ai fait des essais concluants dans chacun des trois clubs. Mais Monaco voulait me prendre que trois ans plus tard, à mes 15 ans, donc on a abandonné cette piste. Au départ, je voulais plus partir à Montpellier suivre deux copains qui avaient été pris là bas aussi. Mais j’ai toujours été supporter de l’OM et Marseille a fait la meilleure proposition. J’ai fini ma saison et intégré le centre de formation l’année d’après, en 13 ans.

Quel souvenir gardez-vous de votre arrivée à l’OM ?

Dès le premier jour, j’ai visité le bâtiment des pros, où certains joueurs étaient là. Ca m’a fait un choc, je n’aurais jamais cru arriver jusque-là aussi rapidement. Ca allait presque trop vite. Je me suis donc dit de profiter un maximum, de me donner à fond et de bien travailler au cas où je raterai par la suite ce que je suis en train de vivre. J’avais envie de prouver aux dirigeants qu’ils ne s’étaient pas trompés en me faisant venir. Je me sentais aussi redevable envers mon père qui a fait beaucoup de sacrifices pour que je vienne en France et mon tuteur qui m’a hébergé, donc je n’avais pas intérêt à gâcher tout ça.

« Le premier jour chez les pros, je suis arrivé une heure en avance »

Vous gravissez ensuite rapidement les échelons des catégories de jeune.

J’ai joué en 13 ans, 14 ans et 16 ans en sautant les 15 ans. On a été trois fois de suite champion de France. J’ai beaucoup appris grâce à un entraîneur, Eric Thiery, que j’ai eu en 14 ans et 16 ans. Après notre deuxième titre de champion de France des 16 ans contre Lens, début juin 2009, tout s’est accéléré. José Anigo (le directeur sportif) était présent dans les tribunes. Il m’a alors proposé de faire la préparation avec les pros. J’avais 17 ans et j’ai ressenti énormément d’émotion. Déjà, on avait conservé notre titre, j’étais capitaine, j’avais marqué un but devant ma famille et là, Anigo m’a remis une couche de bonheur. J’étais au 7e ciel, tellement content que j’avais déjà envie que les vacances finissent pour commencer la préparation. Pour moi, ça n’a d’ailleurs pas été des vacances, je ne voulais pas louper ma préparation donc je me suis maintenu en forme. Il fallait que je sois sérieux et donner une bonne image dès le début.

Comment s’est passé votre premier jour chez les pros ?

J’appréhendais beaucoup. Je sentais que j’allais découvrir autre chose. Le jour J, je suis arrivé à la Commanderie le premier, une heure avant tout le monde ! Les joueurs sont arrivés au fur et à mesure, Laurent Bonnart, Benoît Cheyrou, Mamadou Niang… Je les regardais, assis sur le même banc qu’eux, je ne savais plus où donner de la tête, j’étais impressionné. Je me suis présenté et j’ai ensuite été bizuté au premier stage d’avant saison à Evian. Je leur ai chanté des chants gabonais, comme ça, si je me trompais, ils ne pouvaient pas le savoir (rires)…

Vous avez alors rapidement convaincu, Didier Deschamps qui venait d’arriver.

Le stage s’est bien passé, il m’a donné énormément de conseils, m’a dit de mettre beaucoup d’application, il était content de moi. Benoît Cheyrou aussi m’a beaucoup parlé, il n’hésite pas à venir vers les gens pour donner des conseils. Au Gabon, on m’a toujours appris à respecter les plus grands que moi, c’est primordial. Je dois faire preuve d’humilité, être toujours à l’écoute. Lors du second stage, à Saint-Jean-de-Luz, malgré un groupe plus restreint, je suis resté avec eux. Deschamps m’a donné un casier… J’ai compris que j’avais fait bonne impression.

Depuis, vous n’avez disputé que deux bouts de matches officiels en Coupe de France.

Oui, j’ai également été remplaçant plusieurs fois en championnat ou en Ligue Europa, à Lisbonne ou Copenhague. Mon objectif est évidemment d’entrer en jeu le plus souvent possible. En ce moment, c’est plus difficile car je me remets de blessure (fracture du métatarse en mai dernier puis un hématome sur le même pied subi il y a deux semaines). De toutes façons, Deschamps m’a dit que je n’avais pas de soucis à me faire, il ne fallait pas que je me sente à l’écart. Je dois faire mes preuves en m’investissant à l’entraînement. Car pour nous les jeunes, un entraînement avec les pros, c’est un véritable match, c’est là où on gagne des bouts de match officiel, c’est là où le coach prend confiance en nous.

« Au Gabon, ils croyaient que je voulais de l’argent pour venir jouer »

Justement, n’est ce pas trop frustrant de faire la navette, un coup avec la réserve, un coup avec les pros ?

Non, ce n’est pas un souci. Même si je sais qu’ici, l’OM est un club qui a besoin de titres donc ce ne sera jamais facile pour un jeune de s’imposer. Si je suis appelé en pro, c’est qu’on croit en moi. J’ai 18 ans, j’ai le temps pour travailler et réussir dans ce club, ce n’est pas frustrant. Parfois, c’est même moi qui demande à jouer avec les 19 ans pour garder le rythme. Je suis dans une position où j’ai sauté trois catégories d’âge. J’ai encore de la marge.

Envisagez-vous d’être prêté à l’avenir pour gagner en temps de jeu ?

On verra, mais déjà Cannes (actuel 3e de National, entraîné par l’ancien coach de l’OM, Albert Emon, NDLR) me voulait cette année mais je ne l’ai su qu’à la fin de l’été. Cette année, de toutes façons, je ne me sentais pas prêt à partir. Je préfère, pour le moment, m’entraîner avec les pros et jouer avec la réserve ou les 19 ans. On verra la saison prochaine selon la préparation et le début de saison. Si je suis souvent sur le banc, je demanderai à être prêté au mercato hivernal pour avoir du temps de jeu. Là, les dirigeants ne m’ont pas parlé de prêt. S’ils trouvent que j’en ai besoin, ils me le diront. Je travaille, ma chance viendra.

Parlons du Gabon maintenant. Vous êtes un tout nouvel international…

J’ai effectivement connu ma première sélection début septembre (défaite 1-0 en amical contre Monaco, NDLR). J’avais déjà reçu des convocations il y a un an. Mais j’avais refusé car je trouvais, et mon entourage aussi, que c’était trop tôt. A 17 ans et sans aucun match pro, je pensais n’avoir rien à apporter à la sélection. Mais au Gabon, beaucoup de gens ont parlé et l’ont perçu comme un refus de ma part de jouer pour la sélection alors que j’ai déjà joué avec les sélections de jeunes du Gabon. Ca a beaucoup parlé sur mon cas, ils croyaient que je voulais de l’argent pour venir jouer, que je voulais jouer pour la France alors que je n’ai même pas la nationalité française! Ca m’a dérangé, il fallait arrêter de dire n’importe quoi. J’avais refusé par rapport à mon âge et mon niveau de jeu. En septembre, j’y suis allé surtout pour connaître le groupe et découvrir l’ambiance. Gernot Rohr (le nouveau sélectionneur, ndlr) m’a dit que j’ai des qualités et qu’il garde toujours un œil sur moi.

Que visez-vous avec les Panthères ?

Mon objectif est de pouvoir réaliser une bonne CAN 2012 à domicile (conjointement organisée avec la Guinée Equatoriale, NDLR). Ce serait bien aussi de pouvoir se qualifier pour la prochaine Coupe du monde, ce qui serait une première. La Fédération a un bon projet et travaille pour faire quelque chose de bien dans les prochaines années.

« Abedi Pelé, je l’appelle Tonton ! »

Quels liens gardez-vous avec votre pays et l’Afrique ?

Mon père est métis gabonais et ma mère chinoise donc je suis plus asiatique d’apparence. Mon père s’était rendu en Chine pour ses études, c’est là qu’il y a rencontré ma mère. Mais je sais d’où je viens, je me sens Africain, toute ma famille est là bas. J’y retourne plusieurs fois par an…. Je suis allé tout petit en Chine mais je reste surtout Gabonais.

Vous n’êtes pas issu d’une famille de footballeurs ?

Non, même si mon père a toujours joué, il n’a jamais fait carrière. Mais il a été arbitre international, dirigeant notamment un Cameroun-Côte d’Ivoire en 1995. Il a ensuite privilégié sa carrière professionnelle, travaillant dans l’industrie pétrolière.

Il paraît que vous êtes très proche des frères André et Jordan Ayew.

Jordan, on se connaît depuis mon arrivée au centre. Je suis rentré quatre jours avant lui. On a partagé la même chambre pendant cinq ans, on était dans la même classe en 5e, on allait s’entraîner ensemble, lui en 14, moi en 13… Quand l’an passé, Jordan a marqué à Lorient (en décembre dernier pour sa première apparition chez les pros, il a égalisé cinq minutes après son entrée en jeu, NDLR), j’étais trop content. Il nous ouvre la voie aux jeunes, son exemple est à suivre. Tout est possible, il a su provoqué sa chance, je dois faire comme lui. André Ayew est lui aussi un exemple. Il a été prêté à Lorient puis à Arles-Avignon, ça n’a pas été facile. Et en ce moment il cartonne, il a été champion du monde des -20 ans, quart de finaliste de la Coupe du monde, titulaire à l’OM… Sachant par là où il est passé, je m’en inspire. Leur père, Abedi Pelé (triple Ballon d’Or africain et ex-joueur de l’OM champion d’Europe en 1993, NDLR), je l’appelle même Tonton !

Et au niveau des études… Pas trop dur de concilier sport de haut niveau et diplômes ?

J ’ai raté mon BEP vente, mais je vais le passer en candidat libre cette année. Les épreuves commençaient le lendemain de notre second titre de champion de France des 16 ans, donc j’ai manqué la première journée et, après les festivités, c’est vrai que je ne pensais pas trop aux études… Je vais également passer des concours pour avoir mes diplômes d’entraîneur fédéral. Au centre de formation, des messages forts sont envoyés dans ce domaine car seulement deux, trois ou quatre joueurs passeront pro… Ne pas arrêter ses études est donc primordial, car même si l’on signe pro, avoir des diplômes est important pour l’après-carrière. Mais c’est dur d’associer, école, entraînements et matches le week-end. S’il y a un long déplacement le dimanche, on peut avoir un contrôle le lendemain sans avoir fini ses devoirs. Il faut savoir organiser son temps, c’est un peu compliqué pour des jeunes qui sont seuls au centre.

Crédit photo: OM