Une véritable opération mains propres a été lancée par les autorités sud-africaines, depuis une semaine, pour assainir un football professionnel miné par la corruption. L’« Opération Dribble », comme elle a été baptisée, a abouti à ce jour à l’arrestation de 22 personnes. Arbitres, assistants, directeurs de clubs… la chasse n’est pas terminée puisque des joueurs seraient également mis en cause.


Les amoureux du football sud-africain attendaient cela depuis des années. Vingt deux personnes ont été arrêtées, depuis une semaine, dans le cadre d’une enquête sur la corruption dans les deux championnats majeurs (Division 1 et 2) du pays. Neuf arbitres, lors de la première vague d’arrestations, il y a deux semaines, auxquels ont suivi trois directeurs de clubs, cinq jours plus tard, puis de nouveaux arbitres et leurs assistants…

Par grappes, les responsables présumés de trucages de matchs tombent, entraînant d’autres personnes dans leur chute. La police sud-africaine annonçait au début de l’« Operation Dribble », comme elle a été baptisée, la tête de « gros poissons », notamment une arrestation qui devait provoquer « une onde de choc ». Mais ils se montrent depuis beaucoup moins loquaces. La presse sud-africaine annonce néanmoins que des joueurs seraient impliqués, bien qu’aucun n’ait été interpellé à ce jour.

Selon le Sunday Times, les arbitres recevaient 10 000 rands (1 800euros) par match de championnat et trois à quatre fois plus pour les matchs de Coupe. « La corruption a toujours été là, depuis des saisons. Ce qui a décrédibilisé le championnat et détourné l’intérêt des supporters, de moins en moins nombreux à aller au stade », explique Germaine Craig, journaliste sportif au quotidien [The Star]. « Il y a bien eu des commissions d’enquêtes, précédemment, mais elles se sont soldées par des non lieux. C’est bien que cela se produise finalement ».

La star du trucage de match

L’enquête qui a mené à cette série d’arrestations a été ouverte à la suite d’une plainte de la Fédération sud-africaine de football (Safa), portant sur la saison 2003-2004. A l’issue de cette saison, qui a pris fin il y a deux semaines, le club des Umtata Bush Bucks est passé de seconde en première division. C’est précisément deux de ses dirigeants qui ont été arrêtés jeudi dernier, indique le journal [The Star]. Il reste que l’essentiel des personnes interpellées à ce jour sont des arbitres. Ils seraient, selon les autorités, « la colonne vertébrale » d’un réseau qui arrange systématiquement le déroulement de certains matchs.

Enoch Radebe en sait quelque chose Il s’est rendu célèbre, en novembre 2003, lors d’un quart de finale de Coupe d’Afrique du Sud entre les Kaizer Chiefs et Santos. Il avait omis de signaler une main, effectuée en pleine surface de réparation des Kaizer Chiefs, que même Maradonna ne se serait pas essayé à commettre. L’affaire avait provoqué l’émoi du président de la Safa, Molefi Oliphant, la colère de la presse et poussé les dirigeants de Santos à poursuivre l’arbitre et la Premier Soccer League (PSL) devant les tribunaux. L’« homme en noir » n’en était pourtant pas à son premier coup d’éclat et avait déjà eu droit à quelques lignes, dans la presse, pour son arbitrage défaillant. Il s’est rendu à la police le vendredi 25 juin.