Après la défaite, le couperet présidentiel! Si les instances du football luttent contre l’ingérence politique, les gouvernements s’immiscent souvent dans les affaires du ballon rond. Cette année, le Nigeria et la France ont fourni de beaux exemples de cette pratique.


Après le fiasco de la Coupe du Monde, le Nigeria fait le ménage. La fédération a annoncé dimanche s’être séparée de son président, Sani Lulu, de son vice-président, Amanze Ugbulam, ainsi que d’un membre du comité technique. Avec ces mesures, elle espère faire revenir le président Goodluck Jonathan sur sa menace de priver l’équipe nationale de football de compétitions internationales pendant deux ans. Deux ans, le temps de « remettre les choses en ordre » après la défaite de l’équipe nigériane face à l’Argentine (0-1) et la Grèce (1-2) et un match nul contre la Corée du Sud (2-2) lors de la Coupe du Monde.

Si la Fifa (Fédération internationale de football association) ne cesse de marteler l’autonomie du sport, les hommes politiques ne l’entendent pas de cette oreille. Mais vendredi dernier, la Fifa a tapé du poing sur la table. Si Goodluck Jonathan ne revient pas sur sa décision avant ce lundi à 18 heures, l’équipe nationale sera suspendue. « Clairement, ils sont allés trop loin», a estimé le secrétaire général de la Fifa, Jérôme Valcke.

Même son de cloche pour le gouvernement français après la tirade de la ministre des Sports Roselyne Bachelot jeudi 24 juin qui estimait que le départ de Jean-Pierre Escalettes était «inéluctable» après le fiasco des Bleus. Jérôme Valcke avait alors rappelé que « personne ne peut demander à quelqu’un de démissionner. Une personne est élue, si elle pense avoir failli, elle peut démissionner, mais on ne peut pas l’y obliger». Une semaine après, vendredi dernier, Jean-Pierre Escalettes a présenté sa démission de la Fédération française de football.

Face à des joueurs qualifiés de « caïds » au comportement « inacceptable », l’Elysée, qui a décrété la tenue d’états généraux du football à l’automne, penchera peut-être pour la solution ivoirienne. En 1999, le Général Robert Guéi, alors ministre des sports, avait mis les Éléphants au pas. Le militaire avait sommé les soldats du foot de revenir avec un trophée pour redorer le blason de la junte militaire au pouvoir. Éliminés dès le premier tour, ils avaient gagné un séjour de deux jours au camp militaire de Zambakro.

La victoire ou la mine

Courir avec la peur au ventre n’a pas valu aux Nord-Coréens mieux qu’un 7- 0 contre le Portugal cette année. Une « méthode » qui n’avait pas plus réussi au défenseur zaïrois Ilunga Mwepu en 1974. Alors que l’équipe du Brésil avait hérité d’un coup franc, Mwepu Ilunga, au coup de sifflet de l’arbitre, avait jailli du mur défensif pour aller taper dans le ballon… Quelques années plus tard, il avait expliqué son geste par la peur des représailles : « Après la Yougoslavie, Mobutu nous a envoyé sa garde présidentielle pour nous menacer. Ils nous ont enfermés à l’hôtel et nous ont dit que si nous perdions par plus de trois buts contre le Brésil, aucun de nous ne pourrait revenir à la maison. »

Après leur fiasco de cette année, Nigérians et Français peuvent encore s’estimer heureux de ne pas être envoyés se refaire une santé dans un camp de travail, à la manière nord-coréenne. En 1966, les Moustiques Rouges mènent rapidement 3-0 avant de s’incliner face au Portugal par 5-3. Une défaite qui conduit l’équipe sous terre. « Les joueurs et entraineurs reçoivent de superbes maisons s’ils gagnent, avait expliqué un ancien manager de l’équipe, Moon Ki-Nam. Mais s’ils perdent, ils sont envoyés dans des mines de charbon ». Cette année, après la défaite mémorable des Nord Coréens, le risque de voir les joueurs atterrir dans un camp de travaux forcés est bien réel, selon les services secrets japonais.