Le coup de massue de la Confédération Africaine de Football (CAF) sur le football togolais suscite indignation, incompréhension et colère au sein de la famille du football mondial, et spécialement togolais. La suspension du Togo par la CAF, samedi, des deux prochaines CAN n’en a pas fini de créer des remous. Reportage à Lomé.


Notre correspondant

Inhumanité, irresponsabilité, bêtise…Tous ces termes n’ont pas suffi pour qualifier la désapprobation des Togolais face à la décision de la CAF. Le président de l’institution, Issa Hayatou, a invoqué « l’interférence gouvernementale », pour justifier le retrait de l’équipe nationale togolaise des deux prochaines CAN. Et il juge son verdict « réglementaire ».

Très vite, les autorités togolaises sont montées au créneau pour dénoncer l’attitude « irresponsable » de la CAF et de son président. « Il s’agit d’une décision surprenante qui peut donner lieu à être interprétée comme étant également l’expression d’un mépris total face à ce que le peuple togolais a vécu comme un drame. Comment comprendre qu’une telle décision vienne au moment où le Togo était en train d’enterrer l’une des victimes de l’attaque de Cabinda« , s’est interrogé Pascal A. Bodjona, le porte-parole du gouvernement togolais.

A cette question, les fans des Eperviers croient avoir la réponse. « Hayatou et sa bande veulent enterrer le football togolais, suite au revers que lui a infligé l’ancien Président de la Féderation togolaise de football, Tata Avlessi, dans une affaire de corruption d’arbitre (lors de la Coupe d’Afrique des Nations Cadets de mars 2007 à Lomé, NDLR) », pensent certains. Un jugement gagné en appel par Tata Avlessi auprès du Tribunal d’Arbitrage du Sport dans l’affaire de tentative de corruption d’arbitre.

« C’est incroyable ! Hayatou et sa bande n’ont même pas de respect pour les morts. Ils sont prêts à tout; même marcher dans le sang pour arriver à leur fin », déplore Mama Seydou, un autre supporter assis à l’ombre d’un arbre, le regard lourd de colère.

« C’est une sanction de la honte. La CAF veut se venger de la plainte déposée contre elle par les familles des victimes. Après l’attaque des rebelles, la CAF tire encore sur l’ambulance des Eperviers. C’est inhumain », estime Serge Salou, un supporter. En effet, au lendemain de cette sanction, une plainte a été déposée par Me Alexis Aquéréburu, l’avocat des familles des victimes de Cabinda contre le FLEC (Front de libération de l’enclave de Cabinda), l’Etat angolais et la CAF, auprès du Tribunal de grande instance de Paris.

A Lomé, l’on attend toujours la notification de cette décision

Lomé, par la voix de M. Bodjona, regrette par ailleurs « les réactions parfois difficiles à comprendre des premiers responsables de la CAF. Surtout, celles du premier responsable, M. Hayatou, en disant clairement que la CAF n’avait pas la responsabilité d’assurer la sécurité de qui que ce soit. Cela est regrettable. Nous croyons que les déclarations qui ont été faites par la CAF, par son président, après l’attaque de Cabinda étaient de nature à donner plus de sentiment d’être sécurisé. Mais celles d’hier (samedi) viennent confirmer que ce n’était que des déclarations artificielles, superficielles et que cette déclaration mérite d’être prise en considération lorsque nous auront à user de toutes nos voies légales ».

« Sur le fond les discussions continueront avec le monde sportif et tous ceux qui connaissent bien la matière sportive pour que le Togo puisse user de toutes les voies légales en la matière pour que cette décision fasse l’objet d’un appel auprès du Tribunal arbitral sportif (TAS) », a ajouté le porte-parole du gouvernement. Pour l’instant, les commentaires vont bon train dans les rues et recoins de la capitale où la décision de la CAF n’est pas prête d’être digérée.