Le dernier numéro du magazine So Foot est dans les kiosques. Dans son édition du mois de mars 2006, le mensuel se penche sur le cas du football « made in Africa ». A l’issue de la 25ème édition de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN), et à quelques mois de la Coupe du Monde, la problématique de l’avenir du ballon rond et de ses acteurs originaires du Continent tombe à point. Interview.


« Demain l’Afrique ? ». Ce n’est pas un slogan politique, mais le sujet du dernier numéro du magazine So Foot (mars 2006)entièrement consacré au football africain. Le magazine, qui existe depuis Avril 2003, et qui considère le football comme un prisme d’analyse des évolutions sociétales, parvient à chacune de ses parutions à apposer un regard nouveau sur ce sport, ainsi que sur ses ramifications. Avec ce dossier sur l’Afrique du football, So Foot donne la parole à des légendes tout en faisant la part belle aux nombreux nouveaux talents. Et il ne s’agit pas uniquement de sport, comme nous l’expliquent Franck Annese, le directeur de publication, et Joachim Barbier, le rédacteur en chef du numéro.

Afrik-Foot.com : « Demain l’Afrique ? ». Il y a-t-il un message au travers de cette question ?

So Foot :
Il n’y pas de message en tant que tel. Notre objectif était simplement de montrer l’importance du football africain, ou tout au moins l’importante contribution des acteurs africains dans l’évolution planétaire de ce sport. Le football africain amorce un virage important de son histoire, tout en étant marginalisé. On a l’impression que le Continent est en marge, tout en suscitant énormément d’espoir. Une grande attention est d’ores et déjà portée sur les équipes africaines qualifiées pour la prochaine Coupe du Monde.

Afrik-Foot.com : Pour quelles raisons dites-vous que le continent africain aborde « un virage important de son histoire » ?

So Foot :
Premièrement, en terme de potentiel. Force est de constater l’évolution des équipes et leurs conditions physiques. Ensuite, le niveau de jeu des clubs et des sélections nationales n’a eu de cesse d’évoluer au fil du temps, permettant ainsi au structures africaines de rivaliser avec les autres équipes de la planète. Il y a également l’aspect bizness qu’il ne faut pas négliger. Et à ce niveau encore, l’Afrique tente de refaire son retard. De plus, le potentiel électoral du Continent n’est négligé par personne au sein de la Fédération Internationale de Football Association (FIFA).

Afrik-Foot.com : La Coupe d’Afrique des Nations s’est achevée il y a peu. Surfez-vous sur la vague de l’après-CAN ou aviez-vous déjà prévu de consacrer une édition au football africain ?

So Foot :
Effectivement, il nous a paru plus judicieux de sortir cette édition consacrée au foot africain au terme de la Can. L’intention était surtout de créer un déclic, une certaine prise de conscience chez les lecteurs. Evidemment, ce n’est pas l’unique raison de la parution de ce dossier, qui était prévu.

Afrik-Foot.com : Qu’avez-vous pensé de la dernière Coupe d’Afrique des Nations ?

So Foot :
Pour être franc, cette Coupe d’Afrique des Nations s’est avérée en deçà de nos espérances. Les infrastructures mises à disposition ont montré des limites qualitatives que les joueurs ont eu l’occasion de constater sur le vif. Les problèmes d’arbitrage auraient également pu être contenus. Pour ce qui est de l’évolution du jeu et des équipes présentes en Egypte, nombre d’entre elles étaient attendues, et peu ont su confirmer tout le bien que l’on en pensait. Cette édition a manqué d’un peu de magie, contrairement aux autres.

Afrik-Foot.com : Pensez-vous que le fait que TF1 ait retransmis la final Egypte-Côte d’Ivoire soit un symbole ?

So Foot :
Il ne faut pas croire que le football africain n’intéresse personne, au contraire. Beaucoup de joueurs africains évoluent dans le championnat français. Leur prestation durant la Can était très attendue par les supporters et les clubs respectifs. L’équipe de Côte d’Ivoire a le vent en poupe grâce à ses résultats, mais aussi grâce à un certain Didier Drogba, qui a longtemps évolué en D1 avant d’endosser le maillot de Chelsea (Grande Bretagne). Tous les recruteurs ont eu les yeux rivés sur la Can.

Afrik-Foot.com : Selon vous, pourquoi le football africain peine-t-il à séduire le public européen ?

So Foot :
Cela ne concerne pas uniquement le football africain. D’autres continents souffrent du même problème. Par exemple, on remarque le manque d’intérêt profond des supporters ou des téléspectateurs français pour les équipes européennes. A moins d’avoir des joueurs français en son sein, ou un staff composé de Français, le foot et les résultats venus d’ailleurs peinent à séduire ou ont du mal à trouver leur public. Dans chaque pays, les gens privilégient leur championnat national. Il y a peut être un soucis au niveau de la culture footballistique…

Afrik-Foot.com : Que doit-on retenir de l’élimination du Cameroun, du Sénégal ou du Nigeria pour la phase finale de la prochaine Coupe du Monde, alors que l’Angola, le Ghana, ou le Togo ont réussi à se qualifier ?

So Foot :
Il s’agit d’un épiphénomène. L’équipe du Nigeria étant relativement en perte de vitesse, le Cameroun légèrement faible durant certaines rencontres, et le Sénégal manquant de gestion… Sans parler du jeu des poules et des phases éliminatoires infernales… Les poids lourds ont eu un peu de mal cette année. Les équipes « petits poucets » avaient un bon et gros coup à jouer si elles entendaient s’affranchir, mais malheureusement, aucun miracle ne s’est produit. Une équipe comme le Ghana, par exemple, qui avait surpris lors des phases qualificatives, n’a pas su convaincre durant la Can. Il faut espérer de parfaites conditions physiques et logistiques aux sélections africaines en vue du Mondial.

Afrik-Foot.com : Le phénomène des « Sorciers Blancs » pousse nombre de sélections africaines à faire appel à des entraîneurs occidentaux. Comment jugez-vous la situation ?

So Foot :
Il s’agit surtout, selon nous, d’un moyen de se dédouaner en cas d’échec. Il est des sélections qui par tradition font appel à des entraîneurs étrangers. Il s’agit peut être là d’un complexe d’infériorité, qui fait croire que tout ce qui vient de l’étranger est meilleur ; à moins que l’objectif soit de ne pas assumer la responsabilité d’un échec. Il vaut mieux virer un entraîneur (étranger qui plus est) que d’être soi-même poussé par la porte. L’excuse du transfert de technologie est obsolète.

Afrik-Foot.com : À l’avenir, pensez-vous que l’on va retrouver de plus en plus de joueurs africains dans les clubs internationaux ?

So Foot :
Cela paraît évident. Aux vues de l’évolution du football africain, il va y en avoir de plus en plus dans les plus importants championnats de la planète. Tous les recruteurs ont conscience de ce vivier. Il faut savoir que les joueurs africains sont parmi les moins chers du marché. Le rapport qualité-prix est facilement perceptible.

Afrik-Foot.com : Quelle opinion avez-vous concernant le racisme dans les stades ?

So Foot :
Le racisme n’a pas sa place sur un terrain de foot, et encore moins dans un stade. Tout le monde est d’avis qu’il faut s’indigner contre cette pratique, mais dans les faits, l’on constate que les sanctions ne sont pas assez sévères à l’encontre des fauteurs de trouble. Les supporters de ce type sont facilement identifiables, pourtant on leur interdit rarement l’entrée dans les stades.

Afrik-Foot.com : Pour quelles raisons retrouve-t-on le logo de la marque Puma à chacune des pages de votre dernier numéro ?

So Foot :
La marque Puma sponsorise les cinq équipes africaines qualifiées pour la Coupe du Monde en Allemagne. La marque développe une problématique africaine et a tenu à participer à ce dossier par des espaces publicitaires. Il ne s’agit absolument pas d’un numéro de commande. Nous n’avons pas opéré de traitement favorable. Toutes les équipes et tous les joueurs ont été logés à la même enseigne. La marque est entrée dans la logique de So Foot, et n’a pas eu de droit de regard quant au contenu du magazine. Les publicités ne sont pas racoleuses, et on a l’occasion, en feuilletant le magazine, de constater la présence d’autres marques.

Afrik-Foot.com : L’association Foot Solidaire a exigé le retrait d’une publicité de la marque, lui reprochant de susciter de faux espoirs en faisant de la publicité mensongère. Qu’en pensez-vous ?

So Foot :
Nous sommes assez d’accord avec l’association Foot Solidaire. La campagne est de mauvais goût. Elle ne reflète pas la stratégie marketing de Puma France. Trouver le nouveau Georges Weah ou le prochain Samuel Eto’o sur le Continent parait beaucoup plus difficile que la publicité le laisse entendre. Les choses ne s’enchaînent pas aussi rapidement et aussi simplement. Il faut savoir que Puma International, qui est à l’origine de ladite publicité, n’est pas spécialiste du football africain et de ses finesses.