12 janvier 2010, Haïti est secoué par un séisme sans précédent qui la met sens dessus dessous. Wagneau Eloi, ancien footballeur professionnel passé par Lens et Monaco et international haïtien, s’est lancé cœur et âme dans une manifestation, le World Charity Soccer, afin de lever des fonds pour aider son pays en détresse. Entre football, concert et solidarité, Eloi s’est ouvert à Afrik-Foot.com. Entretien.



Afrik-Foot.com : Wagneau, trois mois après le séisme, quel est la situation en Haïti ?

Wagneau Eloi : Malheureusement, le buzz s’est estompé. On en parle moins mais, aujourd’hui, le pays est toujours en détresse. C’est une détresse qui existait avant, bien sûr, mais depuis quelques mois, c’est de pire en pire. Les aides tardent à se manifester alors que le pays a plus que jamais besoin d’une aide constante. Le séisme a permis de dévoiler la réalité au grand jour. C’est pour ça que nous organisons le World Charity Soccer.

Quel est le but du World Charity Soccer ?

A notre niveau, nous voulons tirer le maximum de cette manifestation pour lutter contre l’oubli. Il y a une souffrance permanente et ça, c’est difficile à oublier. Avec le World Charity Soccer, nous essayons de donner un peu de visibilité à notre action en faisant appel à la générosité des artistes et des sportifs mais aussi des gens « normaux ». Il faut aider ce pays et vite. C’est un pays qui a subit une catastrophe naturelle et politique. Je lance donc un appel non pas à votre générosité mais à votre humanité. Haïti a besoin d’actions pérennes pour que la reconstruction se fasse à tous les niveaux : infrastructures, économie, social et santé. Vous savez, Haïti est le pays le plus pauvre du monde… On ne sait plus ce qu’il faut faire.

Comment va se dérouler le World Charity Soccer ?

Le 19 mai 2010, le World Charity Soccer donne rendez-vous à tous les passionnés de football pour un match mémorable rassemblant de nombreuses personnalités du monde du football, des anciens, des joueurs actuels mais aussi des artistes, des politiques… En plus, à partir de 17 heures, le village haïtien proposera divers stands de gastronomie, d’artisanat, d’animations et bien d’autres surprises !

Qui sera présent ?

Il y aura beaucoup de monde. Comme je l’ai dit, il y aura des anciens joueurs comme Samuel Ipoua, Tony Vairelles, Vikash Dhorasoo, Olivier Dacourt, Laurent Robert, Bernard Lama, Patrick M’Boma… Mais aussi des gars qui jouent encore tels que Frédéric Piquionne, Marouane Chamakh, Claude Makélélé, Alou Diarra, Rigobert Song… Au niveau des artistes aussi, il y aura du beau monde : les Neg’Marrons, Eric et Ramzy, Lord Kossity, Passi, Omar et Fred, Abd Al Malik, Anthony Kavanagh, Gad Elmaleh, Franck Dubosc, Yannick Noah et des artistes haïtiens. Comme vous le voyez, ils viennent d’horizons différents !

Pourquoi avoir choisi le football ?

C’est l’occasion de lier ma passion pour le football et une bonne action. Il ne faut pas oublier que mon pays a subi un traumatisme, il faut l’aider à se reconstruire. Il faut que, le 19, tout le monde se mobilise pour plus de 200 000 victimes. Le message que je veux délivrer c’est qu’il ne faut pas s’endeuiller, mais ce n’est pas parce que l’on n’en parle plus que c’est fini. Il y a toujours autant de problèmes. Les Haïtiens vivent toujours en enfer.

Le football est-il si important que ça en Haïti ?

C’est une folie ! Les Haïtiens jouent au football pour oublier qu’ils ont faim. Le football a une place très importante : c’est une fenêtre qui leur permet de rêver. Surtout qu’il y a un très bon niveau. Cela me rappelle l’Afrique d’il y a quelques années. Il y a un sacré potentiel mais on manque de moyens. Les joueurs haïtiens ont des capacités hors-normes tant physiquement que tactiquement mais sans une préparation adéquate, on n’arrivera jamais à rien. Ils manquent d’infrastructures, de nourriture, de visibilité…

Pourtant, Haïti n’a participé qu’à une seule Coupe du monde, en 1974.

C’est une immense fierté pour un pays comme le notre d’avoir participer à une Coupe du monde ! Les gens en parlent encore. Emmanuel Sanon, qui a marqué les deux buts des Grenadiers en 1974, est une idole, une légende. Les Haïtiens sont fous de foot ! Je vous le dit, avec un peu de moyens, Haïti serait de retour. Surtout que dans la zone CONCACAF, il y a la place. Le talent là-bas est réel : si on fait une bonne préparation, en nourrissant les joueurs régulièrement, en les aidant, c’est sûr, Haïti peut faire un truc !

 Info pratiques:

Date : le 19 mai 2010

Lieu : le Stade Charléty

Tarifs : 10 € la place adulte et 5 € la place enfant (présidentiel); 12 € pour 1 adulte et 2 enfants (angle)

En savoir plus: http://www.worldcharitysoccer.com/