Zinédine Zidane et Marco Materazzi ont pratiquement été condamnés aux mêmes peines par la Fifa, jeudi, à Zurich, après le coup de tête donné par le premier au second en finale de la Coupe du monde de football. La décision de renvoyer cogneur et provocateur dos à dos va-t-elle faire jurisprudence ou la Fifa a-t-elle juste succombé à la pression médiatique ?


La prochaine fois que Marco Materrazi aura dans l’idée de chercher des noises sur un terrain, il choisira le joueur et le moment. Le défenseur italien qui a reçu un coup de tête au plexus du capitaine de l’équipe de France, Zinédine Zidane, en finale de la Coupe du monde de football, a écopé jeudi de deux matchs de suspension et de 3 200 euros d’amende. « Sa provocation répétée » et ses propos n’étaient pas « de nature raciste », a expliqué la commission disciplinaire de la Fifa, s’excusant presque de ne pas plus charger la balance. Quant au pugiliste retraité, la Fifa l’a condamné à trois matchs de suspension, convertis en journées à la disposition de la Fifa, et 4 800 euros d’amende.

« Sachant [qu’il] met un terme à sa carrière, la commission a pris note que Zinédine Zidane s’engageait, au-delà des sanctions prononcées à son encontre, à se rendre disponible auprès de la Fifa pour des activités humanitaires (…) en faveur des enfants et des adolescents », a déclaré Andreas Herren, le porte-parole de la Fifa. L’éventualité d’un retrait du titre de meilleur joueur du Mondial au footballeur d’origine algérienne n’a pas été évoquée, comme l’avait laissé entendre Sepp Blatter, le président de la Fifa. Les deux joueurs n’ont pas été confrontés, comme il en avait d’abord été question, Materazzi ayant témoigné le 14 juillet et Zidane le 20. Seules divergences dans leurs dépositions : le meneur français a déclaré que sa soeur et sa maman avaient été visées par le joueur italien, lequel assure que seule la première l’a été. Il ne fera pas appel.

Une jurisprudence difficile à appliquer

La décision de renvoyer cogneur et provocateur dos à dos va-t-elle faire jurisprudence ? Le fait est que la Fifa et les institutions footballistiques n’ont jamais cherché à connaître les raisons qui ont poussé un joueur à se faire justice sur le terrain. Elle n’a jamais voulu savoir ce que le gardien néerlandais Edwin Van der Sar a pu dire à Ariel Ortega, en quarts de finale de la Coupe du monde 1998, pour que le milieu de terrain argentin lui mette un coup de tête. Elle ne s’est pas plus intéressée aux raisons qui ont poussé Zidane à s’essuyer les crampons, lors du même tournoi, sur un défenseur saoudien. Ni encore à savoir pourquoi Laurent Blanc s’est privé d’une finale de Coupe du monde en repoussant le défenseur croate Slaven Bilic de la main, sur un corner, lors des demi-finales du Mondial français.

Les exemples ne manquent pas. Pour chacun d’eux, la même réponse : on ne se fait pas justice. Le coup de tête asséné par Zidane à Materrazi aurait pu rester une histoire d’honneur réparé sur le terrain, à un moment où, la fatigue et la colère aidant, plus rien d’autre n’a compté. Comme cela se passe trop souvent, toutes les semaines, sur les stades de la planète. La Fifa en a décidé autrement et c’est bien comme cela. Mais l’organisation internationale, qui a fait de l’universalisme du football un véritable dogme, pourra-t-elle appliquer cette jurisprudence sur d’autres pelouses, avec d’autres joueurs ?