CAN 2027 (Q) : après son exploit au Kenya, l’Érythrée peut-elle croire au conte de fées ?

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Dix-neuf ans après son dernier match en phase de groupes des éliminatoires de la CAN, l’Érythrée a réussi son retour en tenant le Kenya en échec à Nairobi (1-1). Dans des conditions inimaginables pour la plupart des sélections africaines, les Dromadaires de la mer rouge peuvent-ils pousser l’histoire jusqu’à une qualification pour la CAN 2027 ?

La dernière fois que l’Érythrée disputait la phase de groupes des qualifications à une CAN, Ayyoub Bouaddi, Ibrahim Mbaye ou Mamadou Sangaré n’étaient même pas nés. Samedi, les hommes de l’Égyptien Hesham Yakan Zaki ont même cru réussir un coup retentissant chez l’un des trois pays hôtes de la CAN 2027 : devant dès la 36e minute grâce à Nahom Girmai, ils n’ont été rejoints qu’à la 87e par le Kenya. 

L’Erythrée : une sélection minée depuis des années par les défections

Pour mesurer la portée de ce résultat, il faut comprendre le contexte érythréen. Indépendant depuis 1993, le pays n’a connu qu’un seul président, Isaias Afwerki. Le régime est régulièrement dénoncé pour son autoritarisme, un service militaire très dur à durée indéterminée et les fortes restrictions imposées aux libertés. 

Le football en a subi directement les conséquences. Les déplacements de la sélection ont régulièrement servi d’occasion à des joueurs pour fuir le pays. Dix internationaux avaient ainsi refusé de rentrer après un match au Botswana en 2015. En 2019, sept autres avaient disparu en Ouganda après la CECAFA Cup. Au total, plus de 60 joueurs auraient demandé l’asile à l’étranger depuis 2009. 

Cette situation a contribué à la quasi-disparition internationale des Red Sea Camels. L’Érythrée s’était notamment retirée des qualifications au Mondial 2026, sur fond de craintes de nouvelles défections. 

Une équipe reconstruite grâce à la diaspora

Le retour a finalement eu lieu en mars dernier. Pour ses premiers matchs de qualification à une CAN depuis 2007, l’Érythrée a éliminé l’Eswatini 4-1 sur l’ensemble des deux manches.

La Fédération avait largement puisé dans une diaspora dispersée aux quatre coins du monde, avec notamment Nahom Girmai et Tesfalidet Tekie, qui évoluent en D1 suédoise, mais également des joueurs évoluant aux Pays-Bas, en Égypte, en Australie ou dans des championnats plus exotiques.

Mais même ce retour victorieux a été rattrapé par la réalité du pays. Après la qualification, sept des dix joueurs évoluant en Érythrée n’ont pas regagné Asmara depuis l’Afrique du Sud. Seuls trois locaux seraient rentrés au pays. 

Un immense coup dur puisque ces joueurs constituaient encore une partie importante de l’ossature de la sélection.

Et pourtant, l’Érythrée résiste

Conséquence directe : contre le Kenya, seuls le capitaine Ablelom Teklezghim (Red Sea) et l’attaquant Romel Abdu (Denden) représentaient encore le championnat local. Autour d’eux, une sélection atypique composée de joueurs issus de la diaspora, parfois engagés dans des divisions inférieures européennes ou des championnats très éloignés des projecteurs.

Cela n’a pas empêché les Red Sea Camels de résister à la fureur du Nyayo Stadium. Disciplinés, regroupés et prêts à jaillir en contre, ils ont exploité les faiblesses d’une faible équipe kényane et sont passés à trois minutes d’un succès historique.

Yonathan Sultan aura été l’un des grands artisans de cette résistance. Propulsé titulaire dans les cages après la défection de Kibrom Salomon en mars, le gardien de seulement 19 ans, qui évolue en troisième division émiratie, a livré une prestation héroïque à Nairobi pour préserver l’avantage érythréen aussi longtemps que possible.

Un point qui, dans ce contexte, possède presque des allures de victoire.

L’Afrique du Sud, un défi encore plus grand dans ces éliminatoires de la CAN 2027

La suite sera pourtant autrement plus difficile. L’Érythrée partage son groupe avec le Kenya, la Guinée et l’Afrique du Sud. Et faute de stade homologué par la CAF à Asmara, elle devra encore recevoir loin de son public.

Prochain obstacle : l’Afrique du Sud en Égypte. Sur le papier, éviter la défaite constituerait déjà une performance considérable.

Mais après dix-neuf années loin de la phase de groupes des éliminatoires de la CAN, six ans sans match officiel, une sélection reconstruite à travers la diaspora et une nouvelle vague de défections, les Érythréens sont toujours là.

À ce stade, les Red Sea Camels ont probablement appris à ne plus considérer grand-chose comme impossible.

CAN 2027 (Q) : après son exploit au Kenya, l’Érythrée peut-elle croire au conte de fées ?

Louis Mukoma Fargues