Ce jeudi 8 octobre, le Tribunal arbitral du sport (TAS) devra départager deux lectures radicalement différentes de la finale de la CAN 2025. Le Maroc s’appuie sur les articles 82 et 84 du règlement de la compétition, tandis que le Sénégal conteste la possibilité d’effacer a posteriori un résultat acquis sur le terrain.
Au cœur des débats entre le Sénégal et le Maroc au TAS, qui se dérouleront à huis clos : le retrait temporaire des Lions de la Teranga en finale de la CAN 2025 en signe de protestation contre l’arbitrage, leur retour sur la pelouse et la décision de l’arbitre Jean-Jacques Ndala de reprendre puis de terminer la rencontre, remportée par le Sénégal, ensuite déjugé par la commission d’appel de la CAF. Les deux camps s’estiment dans leur bon droit.
“On sait comment on l’a gagnée cette CAN, on sait ce qui s’est passé un soir de février au Maroc”, glissait le gardien sénégalais Edouard Mendy en mars devant les médias. “Pour moi, je suis champion d’Afrique, que cela plaise ou non“, rétorquait quelques mois plus tard l’ex-sélectionneur marocain, Walid Regragui, sur Atheer. Au-delà de ces déclarations tapageuses, c’est évidemment sur le fond que le TAS va juger l’affaire en écoutant les arguments de chaque camp.
Le Sénégal mise sur l’autorité de l’arbitre
La FSF devrait notamment placer la Loi 5 de l’IFAB, garant des lois du jeu, au centre de sa défense. Celle-ci consacre l’autorité de l’arbitre sur les faits de jeu et le caractère définitif de ses décisions. Or Jean-Jacques Ndala a finalement autorisé le Sénégal à revenir sur la pelouse, avant de diriger la fin de la rencontre et de siffler le terme du match, remporté 1-0 par les Lions après prolongation.
C’est précisément sur cette succession d’événements que devrait s’appuyer le Sénégal. “Ils y sont retournés, le match a continué et l’arbitre a sifflé la fin. La Commission d’appel de la CAF n’a donc pas le pouvoir d’infirmer cette décision“, a ainsi noté l’avocat spécialisé en droit du sport, Pius Ndubuokwu, sur SABC.
/https%3A%2F%2Fmedia.afrik-foot.com%2Fmain%2F2026%2F02%2FICONSPORT_282766_0186.jpg)
L’avocat espagnol Me Juan de Dios Crespo-Pérez, qui assure la défense sénégalaise, a donné à cette affaire une dimension plus large lors de la conférence de presse ayant annoncé le recours au TAS en mars. “Qu’un match terminé soit à nouveau arbitré, c’est du jamais vu. Cela peut changer le monde du foot“, a-t-il mis en garde, estimant que le dossier ne concernait pas seulement “la dignité du monde du foot africain“, mais “de tout le foot“, appelé à être jugé devant le TAS.
Le Sénégal peut également invoquer la hiérarchie des textes disciplinaires de la CAF et l’absence de disposition réglant précisément le cas d’une équipe qui quitte temporairement le terrain avant de revenir et de terminer la rencontre. La défense cherchera ainsi à distinguer cette affaire des précédents dans lesquels une équipe avait définitivement refusé de reprendre le jeu, et notamment la finale retour de la Ligue des champions africaine Espérance Tunis-Wydad Casablanca en 2019.
Le Maroc s’en tient à l’application du règlement à la lettre
La position marocaine repose au contraire sur une lecture littérale des articles 82 et 84 du règlement de la CAN. Ceux-ci prévoient qu’une équipe qui refuse de jouer ou quitte le terrain avant la fin du match sans l’autorisation de l’arbitre est considérée comme perdante et peut être éliminée, avec une défaite 3-0. Le président de la Fédération royale marocaine de football (FRMF), Fouzi Lekjaa, a mis en avant cette approche légaliste dans une récente interview accordée à Jeune Afrique.
“Nous considérons que les règles du football, les règles juridiques d’un match de football ont été entravées, violées par notre adversaire. (…) D’ailleurs la FIFA, juste après cet événement, a changé ses règlements pour dire que le joueur qui quitte le terrain est sanctionné par un carton rouge. Ça conforte notre position. (…) On ne peut pas observer des pauses de 15, 20 minutes, 30 minutes dans un match. (…) Ça, c’est pas du football, ça n’a jamais été le football et ça ne sera jamais le football”, a plaidé le dirigeant.
Le camp marocain peut également mettre en avant le fait que le départ des Sénégalais n’a pas été symbolique : à un moment donné, seuls trois joueurs étaient restés sur le terrain, alors que les Lois du jeu imposent un minimum de sept joueurs pour qu’une équipe puisse poursuivre une rencontre. L’argument consiste donc à considérer que le comportement fautif était consommé avant même le retour des Lions.
/https%3A%2F%2Fmedia.afrik-foot.com%2Fmain%2F2026%2F03%2FICONSPORT_282766_0219.jpg)
Le TAS va devoir trancher les deux lectures sur l’interruption de la finale de la CAN 2025
Les positions des deux camps sont juridiquement défendables, mais le TAS devra tenir compte d’un principe important du droit du sport : la proportionnalité des sanctions et la préservation de l’intégrité du résultat sportif. Le Sénégal a certes quitté la pelouse, mais la rencontre a ensuite repris, s’est poursuivie jusqu’à son terme et a produit un vainqueur. Dans ces conditions, le retrait du titre représente-t-il une sanction proportionnelle ou faut-il privilégier des sanctions individuelles plus légères ? Charge au TAS de trancher cet épineux dilemme…
Au fond, le TAS devra déterminer quelle conséquence juridique donner au retrait temporaire du Sénégal. Le fait d’avoir quitté le terrain sans autorisation entre-t-il automatiquement dans le champ des articles 82 et 84, même lorsque l’équipe revient ensuite, reprend le jeu sous l’autorité de l’arbitre et remporte la rencontre ? Ou bien la reprise et le coup de sifflet final protègent-ils le résultat sportif, quitte à exposer ensuite le Sénégal à d’autres sanctions disciplinaires ?
C’est cette articulation entre l’application à la lettre du règlement, l’autorité de l’arbitre, la proportionnalité de la sanction et la préservation du résultat sportif qui devrait se trouver au centre des débats à Lausanne.
/https%3A%2F%2Fmedia.afrik-foot.com%2Fmain%2F2026%2F10%2FMaroc-Senegal-TAS.jpg)