Environ un mois après le limogeage de Vladimir Petkovic, le banc de l’équipe d’Algérie reste désespérément vide à quelques semaines des éliminatoires de la CAN 2027. Cette attente interminable du prochain sélectionneur trahit-elle un amateurisme coupable de la FAF ou une profonde crise d’identité chez les Verts ? Analyse d’un feuilleton qui en dit long sur le standing actuel du football algérien.
Depuis près d’un mois et le départ de Vladimir Petkovic, la sélection nationale d’Algérie navigue à vue, sans pilote à sa tête. Alors que les éliminatoires de la CAN 2027 se profilent à la fin du mois de septembre, la Fédération Algérienne de Football prend son temps. Un luxe ou un danger ? Les noms de Paulo Bento, Félix Sanchez, ou encore Rafael Benitez ont un temps circulé, avant que les pistes menant à Gustavo Poyet ne devienne la plus brûlante, puis qu’une folle rumeur ne surgisse avec Roberto Martinez.
Au-delà des noms, c’est la définition même du profil requis qui agite le pays. L’Algérie sort de l’ère Petkovic avec l’image d’un technicien froid, déconnecté de la passion populaire. Pour comprendre les exigences de ce banc unique, Afrik-Foot a interrogé trois observateurs privilégiés : Jean-Michel Cavalli, ancien sélectionneur des Verts, Patrice Beaumelle, fin connaisseur du football local, et l’ex-international Abdelmalek Cherrad.
La patience de la FAF : sagesse ou amateurisme ?
Pour le grand public, voir le banc de l’équipe nationale vacant à quelques semaines d’échéances officielles s’apparente à de l’amateurisme. Pourtant, Abdelmalek Cherrad refuse de céder à la panique. Pour l’ancien attaquant des Verts, prendre son temps est une preuve de maturité dans un dossier où l’erreur est interdite. «C’est une bonne chose, et ça n’en est pas une, car le temps presse et les éliminatoires arrivent à vitesse grand V. Mais il ne faut pas nommer un sélectionneur à la légère et dans la précipitation », tempère-t-il pour Afrik-Foot, tout en regrettant l’absence de pistes locales comme celle menant à Madjid Bougherra.
🚨🇩🇿 ÇA SUFFIT LES RUMEURS !
— SOTD (@skillsoftheday) August 27, 2026
Roberto Martínez, Félix Sánchez, Gustavo Poyet… chaque jour un nouveau nom circule pour devenir le prochain sélectionneur de l’Algérie. 😭
Et maintenant, la FAF aurait repoussé la date limite jusqu’au 15 septembre.
On veut juste savoir le nom✅ pic.twitter.com/JV9lFF1hO7
Cette transition délicate est actuellement amortie par l’intérim annoncé d’Antar Yahia, épaulé par Moussa Saïb en tant que manager général. Une structure rassurante selon Cherrad : « Moussa, dans le brouhaha, il apporte une sagesse, du calme. Avec l’expérience qu’il a, c’est un très bon élément pour l’équipe nationale. » Mais l’intérim ne peut durer. Le futur élu devra rapidement faire face à une réalité brute : la pression populaire algérienne, qu’Abdelmalek Cherrad qualifie de « puissance dix » par rapport au reste du continent.
Le profil du sélectionneur de l’Algérie : la formule du « 50% disponible, 50% intouchable »
Arriver en Algérie avec un CV ronflant ne suffit plus. Le peuple exige un engagement total. Patrice Beaumelle, fort de son passage couronné de succès au Mouloudia d’Alger, théorise la posture idéale que doit adopter un entraîneur étranger pour se faire accepter :
« Un entraîneur, pour qu’il réussisse en Algérie, il faut que lorsqu’il arrive, il se donne à 50% disponible, 50% intouchable. Il faut que l’Algérien sente que son coach est là. Si c’est un coach étranger, il doit respecter le pays en y travaillant, en suivant le championnat, les jeunes et le football local en général. »
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Pour Beaumelle, le sélectionneur doit s’imprégner de la vie locale, se déplacer dans tous les stades du pays, de Sétif à Tizi Ouzou. Mais l’autre moitié de l’équation réside dans la distance nécessaire pour ne pas se laisser polluer par le bruit médiatique : « Si on est trop à proximité de la population, vous avez trop d’infos qui viennent. Il faut pouvoir faire le tri pour garder les idées claires. »
Cette capacité d’adaptation passe également par le respect des coutumes. Si Beaumelle souligne l’avantage pour un coach musulman de comprendre intrinsèquement des périodes comme le Ramadan ou l’Aïd, Jean-Michel Cavalli, sélectionneur de l’Algérie entre 2006 et 2007, rappelle qu’au-delà de la fibre culturelle, la force de caractère reste le juge de paix : « Celui qui prend les rênes de l’Algérie doit être costaud intérieurement, sinon c’est impossible qu’il puisse tenir face à la pression. »
La quête du « supplément d’âme » perdu par les Fennecs
L’un des principaux reproches formulés à l’encontre de Petkovic était sa froideur clinique. Sous ses ordres, l’Algérie semblait avoir égaré son identité, ce tempérament de guerrier qui caractérise les Fennecs. Cherrad pose des mots forts sur ce vide :
« Avec Petkovic, les supporters n’ont pas reconnu l’équipe nationale. Pourquoi ? Parce que ça manquait d’âme, ça manquait d'”el harr” (la grinta). Ce truc qui nous transporte. Alors qu’avec Djamel Belmadi, même si ça a été cruel à la fin, tu sentais une connexion. Le public s’identifiait à cette équipe. »
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Ce constat, Beaumelle le partage sur le plan de l’émotion. Pour lui, un coach en Algérie doit vibrer à l’unisson avec son public :
« Le joueur algérien est très athlétique, rugueux, agressif, mais avec une folie offensive. Sur le banc, quand il y a un but, si le coach reste de marbre et ne participe pas… L’Algérien est sanguin, il a besoin de cette explosion. Le sélectionneur doit être accepté dans ce qu’il met en place, et c’est seulement à la fin qu’on peut sortir l’affect. Au début, il faut être ferme, être ‘des hommes’ comme on dit. »
L’absence d’expérience africaine est-elle encore rédhibitoire ?
Face aux profils évoqués comme Paulo Bento ou Gustavo Poyet, la question de leur manque d’expérience sur le continent africain revient avec insistance. Pour Cavalli, cette lacune est loin d’être insurmontable :
« Ce n’est pas un trop grand problème de ne pas connaître le continent africain, parce que la plupart des joueurs de l’équipe d’Algérie évoluent en Europe et ont déjà une culture différente. De plus, il ne faut pas confondre l’Afrique du Nord et l’Afrique noire. Ce sont deux cultures de jeu complètement différentes. Un coach expérimenté s’en sortira, à condition d’être entouré de personnes qui connaissent le football africain pour avancer plus vite. »
Un avis partagé par Cherrad, qui estime que le football moderne a gommé les pièges d’autrefois : « Aujourd’hui, avec la vidéo, Internet, les moyens financiers de la fédération, un grand entraîneur et son staff peuvent préparer un déplacement lointain trois semaines à l’avance sans problème. Ce n’est plus rédhibitoire. »
Seul Beaumelle apporte une nuance plus traditionnelle, insistant sur le fait que la connaissance des conditions spartiates de l’Afrique évite de donner des excuses aux joueurs :
« Le coach qui ne connaît pas va se plaindre des vols, de la pelouse. Le coach habitué dira : ‘Les gars, on va au Botswana, c’est dix heures de vol, un hôtel pas top, mais c’est l’Afrique, on y va et on fait le boulot !’ Et là, les joueurs se mettent en mode guerriers. En Afrique, le football n’est pas que du football, c’est la fierté nationale. »
Qu’il s’appelle Poyet, Martinez ou Bento, le futur sélectionneur des Verts sait désormais à quoi s’en tenir. En Algérie, le costume est immense, la pression est constante, mais la récompense d’être adopté par ce peuple de football n’a tout simplement pas de prix.
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