Burkina Faso, Bénin : des promesses non tenues et une facture salée pour les matchs en Argentine

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Le Burkina Faso et le Bénin ont affronté l’Argentine les 3 et 6 octobre, en matchs amicaux. Mais dans les faits, ces déplacements en Amérique du Sud ont été très compliqués pour les deux sélections africaines. Et ils n’ont rien rapporté aux deux fédérations… Afrik-Foot vous dévoile les coulisses de ces deux voyages de l’autre côté de l’Atlantique.

L’Afrique est à ce jour le continent qui a fourni le plus d’adversaires à l’Argentine en 2026. Après la Mauritanie (1-2) et la Zambie (0-5) en matches amicaux en mars, puis l’Algérie (0-3), le Cap-Vert (2-3) et l’Egypte (2-3) lors de la Coupe du monde 2026, ce sont donc le Burkina Faso et le Bénin qui ont défié l’Albiceleste en octobre, sans plus de succès que leurs prédécesseurs.

Les Etalons, exclusivement représentés par des moins de 23 ans, ont été sèchement battus par les triples champions du monde (0-7), alors que les Guépards, dans une composition beaucoup plus classique, ont tenu une mi-temps avant de s’incliner (0-3). L’histoire retiendra qu’à cette occasion, Lionel Messi, en plus de deux passes décisives, a inscrit sur penalty son dernier but avec l’Argentine, le 126e en 208 sélections, avec comme théâtre le mythique Estadio Monumental, l’antre de River Plate et accessoirement de l’Albiceleste.

Bénin, Argentine, lettre d'adieux Messi
Les Béninois Sessi d’Almeida et Saturnin Allagbé remettent une lettre d’adieux à Lionel Messi pour son dernier match avec l’Argentine – Crédits photo : SUSA / Icon Sport

Mais derrière ces matches amicaux et les hommages rendus à la Pulga se cachent des réalités beaucoup moins réjouissantes. Les cas du Bénin et du Burkina Faso présentent de nombreuses similitudes. Et dans ce double dossier, l’attitude de la fédération argentine (AFA), réputée pour son âpreté au gain et son arrogance – que la retraite de Lionel Messi pourrait cependant tempérer puisque l’instance négociait de gros cachets lors de ses matches à l’étranger en jouant sur la notoriété du joueur – ne l’honore pas. Cela fait des années que l’Argentine dispute l’essentiel de ses matches amicaux face à des sélections de deuxième ou de troisième rang (Porto Rico, Venezuela, Islande, Honduras, Bolivie, Indonésie), et en 2026, quatre équipes africaines (Mauritanie, Zambie, Burkina Faso et Bénin) ont franchi l’Atlantique pour la défier. 

Le gouvernement burkinabé obligé d’affréter dans l’urgence un vol privé pour l’Argentine

Le cas du Burkina Faso est très singulier. Selon nos informations, le match, conclu au début du mois de septembre, n’aurait rien dû coûter au pays d’Afrique de l’Ouest. L’agence EuroData Sport, organisatrice de l’évènement et dirigée par Jairo Pachon, avait vendu à la fédération burkinabé la prise en charge du voyage, l’hébergement, la restauration et les transports à Buenos Aires par la fédération argentine. Mais après avoir affronté le Bénin (1-1) à Ouagadougou et la Centrafrique (1-1) à Casablanca (Maroc) en qualifications pour la CAN 2027, les Etalons ont refusé les conditions de voyage négociées en amont.

« Il s’agissait d’un vol commercial, donc un vol très long. L’avion a été annulé deux fois et les joueurs ne voulaient pas voyager dans ces conditions. Le président de la fédération et le ministre des Sports sont venus à Casablanca pour les convaincre d’aller en Argentine, mais ils ont refusé », résume, pour Afrik-Foot, Alain Traoré, l’ancien international burkinabé, qui a suivi l’affaire de près.

Dans l’urgence, la fédération burkinabé, pour éviter un forfait, a convoqué les moins de 23 ans, (seul Bebel Doumbia, sélectionné pour affronter le Bénin et la Centrafrique, a accepté de faire le déplacement, ndlr) qui préparaient dans la capitale un match amical au Mali, et le gouvernement a affrété un vol privé depuis Ouagadougou, lequel s’est posé à Buenos Aires environ cinq heures avant le coup d’envoi… 

Pas un euro pour le Burkina Faso : Alain Traoré étonné

« Difficile pour les joueurs, après un long voyage très fatigant, ajouté au décalage horaire, de résister face à un tel adversaire », poursuit Traoré, qui admet par ailleurs être étonné « que les Argentins, qui ont forcément gagné beaucoup d’argent avec ces deux matches, n’aient rien donné à la fédération burkinabé, par rapport aux droits télé ou à la vente de billets, par exemple. » Cela n’a pourtant rien d’étonnant, tant la fédération argentine brille par sa cupidité, une mauvaise réputation confirmée par la mise en examen de Claudio Tapia, son sulfureux président, et d’autres membres de l’AFA, pour évasion fiscale.

Sélection Burkina Faso
La sélection du Burkina Faso à l’échauffement à l’Estadio Monumental de Buenos Aires – Crédits photo : SUSA / Icon Sport

Cependant, la fédération du Burkina Faso pourrait se retourner contre EuroData Sport, puisque le voyage devait être pris en charge par l’Argentine, afin d’en obtenir le remboursement au bénéfice de son gouvernement, au moins partiellement. L’Etat burkinabé, qui ne roule pas sur l’or, n’avait pas prévu de décaisser une telle somme, estimée à environ 400 000 euros. Contacté, Oumarou Sawadogo, le président de la fédération burkinabé, n’a pas souhaité s’exprimer sur cette affaire qui n’est sans doute pas terminée. Le chef de la junte au pouvoir, Ibrahim Traoré, prévoyant un plan de choc pour soigner un “football malade”, quitte à risquer une suspension de la FIFA.

Bénin : vols commerciaux, hôtel très moyen, et la fédé contrainte de passer à la caisse

Le Bénin, contrairement aux Etalons, a traversé l’Atlantique avec son effectif habituel, mais dans des conditions inadmissibles pour une sélection nationale.

« Nous étions à Abidjan, où nous avions affronté la Mauritanie en éliminatoires de la CAN (2-1), le 29 septembre. L’effectif et le staff technique sont partis vers l’Argentine en ordre dispersé, avec des vols commerciaux, via Paris, entre le jeudi 1eret le lundi 5 octobre, date à laquelle les trois derniers joueurs sont arrivés. Ce n’était pas idéal pour préparer un match face à une équipe du niveau de l’Argentine, mais il ne faut pas se plaindre, nous avons été bien accueillis par les Argentins », a tempéré Gernot Rohr, le sélectionneur franco-allemand des Guépards. Par ailleurs, l’hôtel réservé pour les Béninois, avec des chambres privées d’eau chaude et une salle de fitness sous-équipée, était loin des standards habituels pour une sélection nationale.

« Des contrats mal négociés par les fédérations africaines » contre l’Argentine

La fédération argentine et l’organisateur avaient également promis de prendre en charge le voyage et l’hébergement des Guépards, avec la même méthode : limiter au maximum les dépenses, avec un vol low-cost et un hôtel aux prestations discutables, et ne pas verser un seul euro en prime de participation. Selon nos informations recueillies auprès d’un proche de Marcellin Bocové, le nouveau président de la fédération béninoise de football, l’AFA lui aurait versé 180 000 euros afin de couvrir les frais de déplacement, une somme insuffisante ayant obligé l’instance ouest-africaine à sortir 60 000 euros de ses caisses. Afrik-Foot n’a cependant pas pu se faire confirmer ces éléments auprès du dirigeant, celui-ci étant injoignable.

Les fédérations africaines qui seront prochainement démarchées pour aller affronter l’Argentine chez elle ne pourront pas dire qu’elles n’étaient pas prévenues sur les méthodes de l’AFA et de son patron.

« C’est très étonnant que les fédérations africaines qui ont accepté d’envoyer leur sélection à Buenos Aires n’aient pas touché une prime de participation en plus de la prise en charge des frais.  Ce sont des contrats qui ont été mal négociés. La fédération argentine encaisse beaucoup d’argent à chacun des matches de la sélection, elle a les moyens de verser un cachet. Mais elle joue sur le fait qu’affronter l’Albiceleste est un honneur », précise sous couvert d’anonymat un agent organisateur de matches FIFA. Visiblement, Claudio Tapia sait se montrer convaincant…

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Alexis Billebault

Journaliste spécialisé dans le football africain depuis le début des années 2000, j'ai travaillé sur les 11 dernières CAN.