Pourquoi la Confédération africaine de football (CAF) envisage-t-elle soudainement de revenir sur sa décision d’organiser la CAN tous les quatre ans ? Alors que Patrice Motsepe a confirmé vendredi que la question était à l’étude, le journaliste Romain Molina livre une explication particulièrement troublante, sur fond de rivalités politiques et financières entre la FIFA et l’UEFA.
Moins de dix mois après avoir annoncé une réforme historique, la CAF pourrait donc faire machine arrière. Vendredi, au Cap-Vert, Patrice Motsepe a reconnu que le retour à une CAN biennale faisait désormais partie des options examinées. Une volte-face potentielle qui interroge, tant l’instance avait défendu avec conviction son projet initial.
La CAN sacrifiée pour satisfaire les Européens ?
Selon Romain Molina, la décision annoncée en décembre 2025 répondait avant tout à des considérations politiques internationales, bien éloignées des intérêts du football africain.
À l’époque, explique le journaliste dans une vidéo publiée sur sa page YouTube, la FIFA aurait cherché à ménager l’UEFA et les puissants clubs européens, régulièrement mécontents de devoir libérer leurs internationaux africains tous les deux ans pour disputer la CAN.
Espacer le tournoi à quatre ans aurait ainsi constitué une concession destinée à satisfaire les Européens, en réduisant la fréquence des départs de joueurs vers leurs sélections.
Une lecture qui rejoint les critiques formulées dès l’annonce de la réforme. Plusieurs acteurs du football africain avaient dénoncé une décision prise sans concertation suffisante avec les fédérations, tandis que d’autres redoutaient une perte de revenus et d’occasions de développement pour le continent.
La CAF avait pourtant défendu ce changement comme une avancée majeure, accompagnée de la création d’une Ligue des nations africaine censée compenser la diminution du nombre de CAN.
La guerre FIFA-UEFA aurait tout changé
Mais, toujours selon Molina, le rapport de force entre la FIFA et l’UEFA aurait radicalement évolué ces derniers mois.
Alors qu’il s’agissait auparavant de ménager les instances européennes, les tensions seraient désormais telles que la FIFA n’aurait plus intérêt à leur accorder les mêmes concessions.
Dans ce contexte de “guerre totale” avec l’UEFA, l’instance mondiale aurait laissé entendre à la CAF qu’un retour à la périodicité traditionnelle ne poserait plus de problème. Une manière, selon le journaliste, de contrarier les intérêts des clubs européens dans le cadre du bras de fer entre les deux organisations.
Molina estime ainsi que le football africain serait une nouvelle fois instrumentalisé au gré des alliances et des rivalités internationales, plutôt que de voir ses propres intérêts placés au centre des décisions.
Il avance également une explication financière : une majorité de dirigeants africains seraient favorables au maintien d’une CAN tous les deux ans, notamment en raison des recettes générées par la compétition.
“On constate donc une fois de plus, dans toutes ces décisions, un point commun : à aucun moment les intérêts du football africain ne sont jeu. Ce ne sont que des histoires de politique, et de gros enjeux financiers“, a déploré Molina.
De son côté, Patrice Motsepe a fermement rejeté vendredi les accusations selon lesquelles la CAF recevrait ses instructions de la FIFA ou de l’UEFA, réaffirmant que sa priorité demeurait la défense des intérêts du football africain.
Reste une contradiction difficile à ignorer : moins d’un an après avoir présenté la CAN quadriennale comme une nécessité, la CAF envisage déjà de revenir à son ancien modèle. Pour l’heure, aucune décision définitive n’a été annoncée, mais ce nouveau rebondissement risque de relancer les interrogations sur l’indépendance de l’instance continentale.
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