Chelsea : de capitaine en Ligue 1 à indésirable… Mamadou Sarr victime des dérives de BlueCo ?

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La multipropriété est-elle réellement un tremplin pour les jeunes joueurs, ou peut-elle au contraire  freiner leur progression ? Le cas de Mamadou Sarr pose la question. Rappelé en pleine saison par Chelsea alors qu’il était devenu un cadre de Strasbourg, le jeune Sénégalais a vu sa dynamique brutalement interrompue.

Après trois petits matchs disputés en Premier League et une Coupe du Monde traversée sans jouer, le voici à nouveau sur le départ…

De patron à Strasbourg… aux tribunes de Chelsea

À seulement 20 ans, Sarr semblait pourtant suivre une trajectoire idéale en Alsace.

Titulaire indiscutable, régulièrement capitaine en l’absence d’Emanuel Emegha – lui aussi dans une situation similaire après avoir été récupéré par Chelsea –  le défenseur central avait pris une dimension supplémentaire sous les ordres Liam Rosenior avec le Racing. Sa CAN 2025, remportée avec le Sénégal, avait encore renforcé son statut.

Auteur d’une entrée remarquable contre l’Égypte en demi-finale puis d’une prestation aboutie contre le Maroc en finale, il avait fait grimper sa cote.

Après la compétition, Chelsea décide de le rappeler au milieu d’une concurrence chevronnée à Stamford Bridge pour compenser des blessures, au risque d’interrompre sa progression en France.

Sur le papier, Rosenior, lui même rapatrié de Strasbourg, le connaît, et semble vouloir lui faire une place. Mais l’histoire tourne court. Le technicien est limogé en avril et Sarr, déjà peu utilisé, disparaît des plans londoniens.

Bilan : trois petits matchs, dont une seule titularisation. Et aujourd’hui, le joueur est sur la liste des transferts. Selon le journaliste Belge Sacha Tavolieri, Chelsea chercherait cette fois une solution permanente. La Real Sociedad souhaiterait compenser l’échec Nayef Aguerd en obtenant plutôt un prêt, tandis qu’Al-Hilal serait également intéressé selon Foot Mercato.

Difficile de ne pas parler de gâchis au regard de son statut quelques mois plus tôt.

Un Mondial passé sur le banc

Cette perte de rythme a peut-être aussi eu des conséquences avec les Lions.

Bien que présent à la Coupe du monde, Sarr n’a pas disputé la moindre minute. Malgré certaines difficultés défensives avec notamment la méforme de Kalidou Koulibaly, diminué physiquement, Pape Thiaw a préféré utiliser le vétéran Abdoulaye Seck face à l’Irak puis faire reculer le milieu Pathé Ciss dans l’axe contre la Belgique plutôt que de lancer le jeune défenseur.

Impossible de savoir si une deuxième partie de saison complète à Strasbourg aurait changé la donne. Mais avec davantage de rythme et de confiance, Sarr aurait peut-être abordé le tournoi dans de meilleures conditions.

BlueCo, tremplin… ou fossoyeur des jeunes talents ?

Le cas de Sarr illustre surtout les limites du modèle BlueCo.

Le modèle du consortium est connu : Chelsea recrute de jeunes talents, Strasbourg leur offre du temps de jeu, puis les meilleurs peuvent rejoindre Londres. Sur le papier, le mécanisme semble cohérent. Sur le papier, seulement…

Sarr n’est d’ailleurs pas le seul à avoir subi un changement brutal. Aaron Anselmino, rappelé de son prêt productif au Borussia Dortmund pour rejoindre Strasbourg, a lui aussi vu sa saison perturbée par ce jeu de chaises musicales forcé. Souvent blessé et moins épanoui qu’à Dortmund, il n’a, lui aussi, disputé que… trois petits matchs en Ligue 1 avant de repartir à Londres.

Pendant ce temps, les supporters strasbourgeois vivent de plus en plus mal le sentiment de voir leur club historique transformé en satellite de Chelsea. Et les Sénégalais de voir la progression de leur jeune talent freiné.

Et le modèle n’est même pas encore synonyme de réussite financière éclatante. Les comptes 2024-2025 de BlueCo ont fait apparaître des pertes considérables, proches de 723 millions d’euros sur l’exercice et d’environ 1,9 milliard cumulés depuis la reprise de Chelsea.

D’autres projets de multipropriété, comme l’AS Monaco et le Cercle Bruges, ont montré qu’une coopération pouvait mieux fonctionner avec davantage de continuité et une gestion bien plus responsable.

Sarr, de son côté, n’a que 20 ans et largement le temps de rebondir. Mais une chose paraît difficilement contestable : à mi-saison, il était un patron en Ligue 1. Six mois plus tard, Chelsea cherche déjà où l’envoyer. Pour lui, l’effet BlueCo ressemble pour l’instant davantage à un frein qu’à un accélérateur…

Chelsea : de capitaine en Ligue 1 à indésirable… Mamadou Sarr victime des dérives de BlueCo ?

Louis Mukoma Fargues