Maroc : “les Ziyech et Ben Yedder ne viennent pas pour rien…”, les dessous du recrutement européen de la Botola

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Le championnat du Maroc a accueilli au cours des derniers mercatos des joueurs plutôt habitués aux joutes européennes, à l’image de Wissam Ben Yedder et Hakim Ziyech. Une véritable tendance ?

Le tube du moment. Quand on parle football en Afrique ces derniers mois, le nom du Maroc revient avec insistance. Demi-finalistes du dernier Mondial 2022 au Qatar, champions du monde U20, champions d’Afrique U17 et, administrativement vainqueurs de la CAN 2026 à domicile, les Lions de l’Atlas se sont imposés comme l’une des places fortes du continent. Le championnat local a également le vent en poupe.

Il y aura notamment une demi-finale 100% marocaine en Ligue des champions africaine, avec une affiche entre l’AS FAR Rabat et la RS Berkane samedi, preuve que la Botola Pro 1 monte également en puissance. Signe de ce regain d’attractivité, le championnat marocain a accueilli plusieurs joueurs d’ordinaire plutôt attirés par d’autres marchés. Le Wydad Casablanca a ainsi misé sur l’attaquant international tricolore Wissam Ben Yedder (ex-Toulouse, Monaco) lors du dernier mercato.

Ben Yedder, Ziyech & co

Le WAC a ainsi confirmé une tendance qui se dessinait depuis quelques mois déjà. L’été dernier, Yunis Abdelhamid choisissait l’AS FAR Rabat pour rebondir après l’AS Saint-Etienne, Khalid Boutaïb (ex-Gazélec Ajaccio) avait rejoint le KACM Marrakech, Moussa Koné (ex-Nîmes) avait signé à l’Olympique Safi, tandis qu’Amine Oudrhiri (ex-Nantes, Farense, Rio Ave) s’était engagé avec le MAS de Fès. Berkane avait de son côté recruté un ex du championnat de Belgique, Ismaël Kandouss (ex-La Gantoise, Union Saint-Gilloise), et 3 anciens de Ligue 1, à savoir Zinédine Machach (ex-OM, Toulouse), Oussama Haddadi (ex-Dijon) ainsi que Mounir Chouiar (ex-Lens).

Ce dernier nous avait d’ailleurs expliqué ce choix de carrière en toute transparence. « Je me suis dit que ça pouvait être intéressant, d’autant qu’en ce moment, il y a une belle évolution sur le plan du football au Maroc. Je me suis dit pourquoi pas. On m’a très bien accueilli, j’ai visité le club, le centre de formation. (…) Ils n’ont rien à envier à un club européen en fait. (…) Je m’y suis fait footballistiquement. Ce qui était compliqué au début, c’étaient les premières chaleurs l’été (…). Mais je me suis vite adapté », avait-il indiqué à Afrik-Foot.

Mounir Chouiar, Maroc
Crédits photo : Tnani Badreddine/DeFodi Images/Icon Sport

Des beaux salaires en Botola

Agréablement surpris par la qualité des installations et le niveau d’intensité du championnat local, le milieu offensif a retrouvé un joli niveau d’exposition, étant même devenu international A’ marocain et remportant la Coupe Arabe en fin d’année 2025. « C’est super intéressant. C’est une bonne visibilité aussi pour moi, je me suis dit que la Ligue des champions africaine, c’est une expérience à vivre, ça se joue. (…) Je me dis que ça valait le coup de venir. Pour l’instant, ça suit son cours », nous expliquait-il.

Pour attirer ce genre de joueurs, les clubs marocains huppés n’hésitent pas à offrir de jolis salaires. « La première chose, c’est qu’ils viennent avec des gros salaires, des gros contrats. Ce sont généralement des joueurs en échec en Europe, ils veulent venir pour le cadre de vie, le côté financier. (…) J’entends des choses, entre 40 000 et 200 000€ par mois. Ces joueurs ne viennent pas pour rien », explique à Afrik-Foot Youssef Moussaïd, agent de joueurs, qui confirme une tendance nouvelle.

Un championnat marocain en progrès

« Les gros clubs marocains demandent maintenant des joueurs africains qui jouent en Europe, alors qu’avant ils cherchaient des joueurs d’Afrique subsaharienne. Les clubs marocains sont exigeants, ils choisissent des bons joueurs. Ils veulent de la qualité », a-t-il ajouté. Le cas Hakim Ziyech (ex-Ajax, Chelsea), relancé par le Wydad, l’illustre parfaitement. Nassim Ouammou, formé à Saint-Étienne et passé par Boulogne-sur-Mer, Rodez ou Sochaux, est arrivé au Hassania d’Agadir à l’été 2025 et apprécie l’expérience.

« C’est un pays de football, il y a des supporters, de l’ambiance dans les stades. Le championnat marocain évolue super bien depuis quelques années, en termes d’infrastructures avec la qualité des stades, mais aussi en termes de compétitivité quand tu vois les joueurs qui commencent à venir, c’est top pour le Botola. Il y a vraiment des bons joueurs », nous a indiqué le latéral gauche. Pour autant, cette concentration de bons joueurs dans quelques gros clubs est-elle forcément bénéfique pour le niveau global de la Ligue ?

Hakim Ziyech, Wydad Casablanca
© Iconsport

Transformer l’essai

« J’ai des doutes. Le niveau du championnat marocain est assez léger. Il y a deux-trois équipes, le FAR Rabat, Berkane, le MAS de Fès cette année. Sinon, c’est assez ennuyeux. C’est très défensif, il y a peu de buts, c’est très fermé. Je ne suis pas forcément emballé », nous a détaillé Moussaïd, regrettant le manque de confiance en la jeunesse. « Et mis à part Touarga et le FUS, ils ne misent pas beaucoup sur les jeunes. »

Plutôt étonnant lorsque l’on voit les résultats récents des sélections de jeunes. Le mouvement est en tout cas initié, il sera curieux de voir s’il se poursuit dans les mercatos à venir. La présence assurée d’un représentant de Botola lors de la prochaine finale de Ligue des champions de la CAF devrait sans nul doute attirer d’autres éléments vers le Maroc. Pour que le tube du moment se transforme en grand classique du football africain.  

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Auguste Blanchet