Dur, dur d’être prophète en son pays. Considéré comme l’architecte principal du spectaculaire renouveau du football marocain, Fouzi Lekjaa vient de subir une charge particulièrement virulente… venue du chef du gouvernement Aziz Akhannouch.
À quelques jours des élections législatives marocaines, le football s’est invité dans la campagne politique. Et devant une assistance qui l’a applaudi, Akhannouch n’a pas seulement attaqué son adversaire politique : il a frontalement remis en cause plusieurs éléments du bilan sportif associé au président de la FRMF.
« On attend toujours »
C’est notamment la CAN 2025 qui a servi de projectile.
« Une promesse, ce n’est pas non plus dire que nous allons gagner la Coupe d’Afrique des Nations alors que nous attendons toujours. » a-t-il lancé:
Une déclaration particulièrement sensible. À l’heure actuelle, la décision officielle du Jury d’appel de la CAF attribue bien la CAN 2025 au Maroc, après le forfait prononcé contre le Sénégal à la suite de la finale. Dakar a toutefois saisi le Tribunal arbitral du sport, dont la décision est toujours attendue.
Akhannouch a également rappelé les échecs successifs des Lionnes de l’Atlas à domicile : « T’as perdu trois CAN féminines consécutives », avant de s’en prendre au parcours des Lions au Mondial 2026, achevé en quarts de finale après l’épopée jusqu’en demi-finales de 2022.
Enfin, le chef du gouvernement a sévèrement attaqué Lekjaa sur sa volonté affichée d’accueillir au Maroc la finale du Mondial 2030 :
« Ne promets pas aux Marocains qu’on aura la finale au Maroc alors que rien n’est décidé. […] C’est une décision qui concerne les grands, pas toi. » Brutal.
Un bilan pourtant difficile à balayer
La violence de la charge contraste forcément avec la transformation connue par le football marocain depuis l’arrivée de Lekjaa à la tête de la FRMF en 2014.
Après vingt années d’absence, les Lions ont retrouvé la Coupe du monde en 2018 avant de devenir, quatre ans plus tard, la première sélection africaine à atteindre une demi-finale mondiale. Ils ont ensuite décroché le bronze olympique en 2024 et atteint les quarts du Mondial 2026.
Les catégories de jeunes ont également explosé : CAN U23 2023, CAN U17 2025 et surtout Coupe du monde U20 2025. Les sélections locales ont remporté plusieurs CHAN, tandis que le futsal marocain est devenu une référence continentale. Chez les femmes, aucun sacre continental en football à onze n’est encore venu couronner les investissements, mais les Lionnes ont tout de même disputé deux finales de CAN et atteint les huitièmes du Mondial 2023 dès leur première participation.
Même le titre de la CAN 2025, aussi critiquable soit son dénouement et malgré la procédure devant le TAS, figure pour l’instant officiellement au palmarès marocain.
Le football comme outil de soft power
Surtout, réduire l’ère Lekjaa à une addition de trophées serait incomplet.
Le Maroc a fait du football un véritable instrument de soft power. Académies, centres d’entraînement, stades, organisation régulière de compétitions africaines : ses infrastructures sont désormais régulièrement présentées parmi les références du continent. Cette montée en puissance accompagne directement l’ambition internationale du Royaume, jusqu’à l’organisation du Mondial 2030 avec l’Espagne et le Portugal.
Cela ne signifie évidemment pas que Lekjaa soit intouchable. Les investissements consentis permettent d’exiger des résultats, la quête de la CAN féminine demeure inachevée et certaines de ses promesses peuvent légitimement être discutées.
Par ailleurs, le chef du gouvernement a peut-être des griefs plus personnels contre Lekjaa, qui est parfois associé à des ambitions politiques au Maroc. Mais la scène illustre une chose d’assez rare : l’homme associé à l’une des périodes les plus fastes de l’histoire du football marocain est désormais attaqué chez lui précisément sur son bilan sportif. Il est toutefois difficile de faire de cette critique le baromètre de l’opinion générale des Marocains sur Lekjaa.
Mais à moins de deux semaines des élections, la bataille vient manifestement de dépasser les terrains.
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