A 26 ans, Didier Ovono vit sans doute l’une de ses plus belles saison. Titulaire indiscutable et capitaine en club comme en sélection, ce gardien de but au sourire éternel s’est confié à Afrik-foot en exclusivité. L’international gabonais du Mans évoque son ambition pour la Coupe d’Afrique 2012, organisée à domicile, tout comme son désir d’aller toujours plus haut.



Afrik-foot: Didier, vous venez de mettre en place votre site avec Sports Future And Communication), qu’est-ce que cela représente pour vous?

Didier Ovono: C’est une grande fierté pour moi. C’est aussi un grand pas en avant. Beaucoup de gens ne me connaissent pas ou ne savent pas comment me contacter. Maintenant, ils peuvent. Sur facebook, après deux-trois mille amis, on s’y perd un peu. Là, c’est plus facile pour les fans de venir me poser des questions. J’ai pris un peu de galon avec le brassard en club et en sélection, avec ce site, je peux montrer qu’un gardien africain peut y arriver.

Vous entamez votre deuxième saison au Mans. Comment vous y sentez-vous?

Ça se passe bien. On est troisièmes, je suis capitaine et le joueur le plus utilisé du club (28 matches de championnat, NDLR). J’ai réalisé une très grosse première partie de saison, le coach semble satisfait. Donc oui, ça se passe bien. La saison dernière, cela a été un peu plus compliqué pour moi. Mais j’ai compris, j’ai travaillé dur pour prouver que j’ai le niveau nécessaire. C’est une fierté de porter le brassard d’un club comme Le Mans, comme en sélection.

Quel est l’objectif du club cette saison?

Il est très simple: c’est la montée. Nous sommes actuellement troisièmes après avoir été premiers pendant dix-neuf journées. C’est à notre portée. On a l’expérience de la Ligue 1, même les jeunes. Ils sont arrivés à maturité et cela va servir dans le sprint final.

Mais vous ne gagnez plus depuis cinq journées…

Cela arrive à tout le monde. Dans une saison, il y a toujours un coup de moins bon. L’essentiel, c’est qu’on ne reste pas dans cette situation trop longtemps. On a eu deux-trois joueurs majeurs blessés, forcément, cela perturbe la mécanique. Face à Angers, il faudra relancer la machine.

Justement, comment abordez-vous cette rencontre?

On n’a pas le choix: il faudra aller chercher les trois points. C’est impératif. Angers et Le Mans sont deux villes, deux clubs, assez proches l’un de l’autre. Il faudra se méfier. Mais nous sommes à domicile, il faudra repartir de plus belle pour faire la différence.

Passons à la sélection: pas trop déçu de ne jouer contre le Cameroun?

Un peu. Mais on s’y attendait. Le Cameroun est dans une situation délicate: on savait que, si ils perdaient contre le Sénégal, ils n’auraient pas forcément envie de venir. On est un peu déçus de ne pas jouer ce match mais le coach a insisté pour nous garder, on a donc fait une opposition. On ne peux pas en vouloir aux Camerounais. Ce n’est pas leur faute: la Préfecture de Paris a dit quelle ne pouvait pas gérer deux matches à la fois, à savoir France-Croatie et ce Gabon-Cameroun. Donc voilà…

A titre personnel, êtes-vous soulagé de ne pas affronter un attaquant tel que Samuel Eto’o?

(rires) Mais vous savez, on a déjà affronté le Cameroun trois fois! Lors des éliminatoires de la Coupe du monde, ils nous ont battu deux fois. On a gagné pendant la CAN. Nous, on voulait les jouer pour rééquilibrer la balance. Le Gabon et le Cameroun sont deux pays proches, c’est toujours un derby de les affronter. En plus, le Cameroun, ce n’est que des grands joueurs. C’est ce dont on a besoin.

Justement, ce n’est pas trop dur de ne jouer que des matches amicaux pendant deux ans?

C’est le lot de toutes les équipes qui reçoivent. Mais on doit préparer chaque match amical comme si c’était un match de la CAN. On doit créer la situation dans notre tête pour rester motivés et concentrés. On doit se mettre la pression tous seuls pour être prêts le moment venu. Mais le coach nous trouve des matches difficiles: là, contre le Cameroun, ou avant face à l’Algérie. Jouer devant 50 000 personnes, dans un stade surchauffé, c’est comme lors de la CAN!

Que représente cette Coupe d’Afrique des Nations jouée à domicile?

C’est une belle vitrine pour le Gabon. La CAN, c’est un des événements footballistiques majeurs. Et là, en plus, c’est chez nous. C’est la première fois. C’est un très grand bonheur. Dès le coup d’envoi, il faudra être prêt.

Quel sera l’objectif du Gabon dans cette CAN 2012?

Aller le plus loin possible. Surtout ne pas se faire éliminer dès le premier tour. On a donné de l’espoir à nos supporters en Angola. Lors des matches amicaux, on n’est pas ridicules, au contraire. A mon avis, on a une équipe qui peut passer.

Que pensez-vous de ces petits nouveaux qui arrivent lors des matches amicaux?

On est une équipe en reconstruction, ce n’est jamais facile pour un entraîneur. Là, ces jeunes, ils sont bons. Ils ont du talent, c’est certain, mais ils ne savent pas où on va. Cela va être compliqué de les intégrer pour la CAN. Je pense que le coach va privilégier l’expérience de ceux qui ont déjà participé à une Coupe d’Afrique. En Algérie, par exemple, certains étaient perturbés par l’ambiance. Certains jouent encore au Gabon, ils n’ont pas l’habitude des grands événements.

Et le coach, Gernot Rohr, il est comment?

Il nous apporte ce qu’il nous manquait: la discipline. Gernot Rohr, c’est l’autorité allemande. Avec lui, il n’y a pas de passe-droit. Quand on travaille, on travaille. S’il dit qu’on doit tous être habillés en bleu, on est tous habillés en bleu. S’il y en a un qui vient en blanc, gare à lui! Mais il nous laisse une certaine créativité quand même, sur le terrain…

En tant que capitaine, quel est votre rôle?

Je sers de relais sur le terrain pour le coach. Il faut également que les autres joueurs puissent compter sur moi. Je ne joue pas les policiers mais il faut être attentif au bien-être du groupe.

Ce groupe, justement, comment vit-il?

Bien. Très bien. On se connaît bien. On joue tous ensemble depuis qu’on est juniors. Je connais Eric Mouloungui (Nice) depuis que j’ai 13 ans, Henri Antchouet (Moreirense FC) depuis que j’ai 15 ans, Stéphane Nguéma (Paris FC) depuis que j’en ai 16… On a un collectif bien rôdé. On n’a pas de grosses individualités comme le Cameroun mais on tire tous ensemble dans le même sens.