Sénégal, la prime à l’inconstance

Auteur du doublé Coupe-championnat, l'AS Douanes a trusté toutes les récompenses cette saison dans le championnat sénégalais. Un exercice faste pour un promu, alors que dans le même temps le tenant du titre, l'AS Pikine, a été relégué. Signe du manque de constance des équipes dans un championnat où il est quasiment impossible de confirmer d'une saison à l'autre.


L'on retiendra pour l'exercice 2014-2015 du championnat du Sénégal que l'AS Douanes a écrasé la concurrence. Loin d'être rassasié du titre de champion national décroché au nez et à la barbe de Niary Tally lors de la dernière journée, le club entraîné par Karim Sega Diouf s’est également adjugé la Coupe en prenant le meilleur sur Dakar Sacré-Cœur (3-1), dimanche. Un énorme coup pour les Gabelous, que même les supporters les plus optimistes n'attendaient pas à pareille fête, et qui ont déjoué tous les pronostiques pour s'imposer sur la scène nationale alors qu'ils évoluaient encore en Ligue 2 la saison précédente.

Sept saisons, sept champions différents


 Les champions depuis l'instauration du professionnalisme

2009 : ASC La Linguère

2010 : ASC Diaraf

2011 : US Ouakam

2012 : Casa Sport

2013 : Diambars

2014 : AS Pikine

2015 : AS Douanes

Une Ligue 2 que va en revanche rejoindre l'AS Pikine, pourtant elle aussi auteure du doublé l'année dernière, mais reléguée à l'issue d'un exercice totalement manqué. Situation inédite dans le championnat sénégalais qui a de quoi déconcerter mais aussi interpeller. Résultat d'un championnat où les périodes de crises succèdent immédiatement aux saisons fastes -et inversement-, faute de stabilité des clubs, du manque de moyens malgré la mise en place du professionnalisme depuis 2009 et des conflits en interne. Au final, on dénombre sept champions tous différents sur les sept années sous l'ère professionnelle. Le constat est frappant.

Mais là où certains pourraient y voir une concurrence accrue dans un championnat où toutes les équipes seraient en mesure de jouer les premiers rôles, il faut surtout mettre en avant l'irrégularité des clubs, capables de montrer un tout autre visage d'une saison à l'autre, et une gestion encore très loin des standards de base requis par le monde professionnel, notamment en terme de management d'équipe.

Les mêmes maux

L'AS Pikine en est la parfaite illustration avec un recrutement totalement manqué et fait à la hâte après avoir perdu deux des piliers du doublé en 2013-2014, Sangoné Sarr, qui avait terminé meilleur buteur du championnat, et El Hadj Adama Mbaye. Des départs qui n'ont pu être compensé qualitativement. Ajoutez à cela des conflits récurrents au sein de la direction et un début d'exercice manqué pour plomber toute une saison. Le couperet est tombé avec le descente à l'échelon inférieur.

Constat qui pourrait s'appliquer à la grande majorité des équipes du championnat, toutes minées par ces soucis, auxquels s'ajoutent les salaires en retard ou encore le manque de qualité des infrastructures d'entraînement, même si Diambars, compte tenu de son modèle et des moyens de ses fondateurs, fait figure d'exception. Difficile dans ses conditions de retenir les meilleurs éléments, qui partent monnayer leurs talents à l'étranger à la moindre opportunité. La qualité de jeu s'en ressent et l'écart avec d'autres championnat continentaux se creuse, les équipes engagées en Ligue des champions ou en Coupe de la CAF n'ayant plus aucun rayonnement sur la scène africaine et étant condamnées à une élimination dès les premiers tours.

Un nivellement par le bas ?

Une forme de nivellement par le bas qui a conduit à la disparition ou la relégation de formations phares comme la Jeanne D'Arc de Dakar ou la Linguère de Saint-Louis, et dont profitent désormais les formations plus modestes pour surprendre les grosses cylindrées, du moins celles qui sont considérées comme telle sur le papier. Le doublé réalisé par l'AS Douanes en étant une illustration de plus, même si le promu a su retenir les erreurs du passé qui lui ont valu un passage par la case D2.

Reste désormais à savoir comment l'équipe va se comporter lors de la saison à venir avec en plus la Ligue des champions à laquelle elle va prendre part. Il sera également question d'observer comment les Gabelous vont parvenir à gérer les dossiers de leurs jeunes talents qui ont grandement contribué au doublé et qui sont déjà convoités, à l'image de Sylvain Badji. La direction, et l'expérimenté coach Karim Sega Diouf devront se pencher sur tous ses paramètres, sous peine de connaître une sévère déconvenue.

Avatar photo
Mansour Loum