« Si c’est avéré, ils vont suspendre l’équipe » : la CAF demande des comptes au Burkina Faso !

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Le bras de fer entre les autorités burkinabè et les instances du football pourrait prendre une nouvelle dimension. Après avoir annoncé une profonde réforme du sport national, quitte à s’exposer à une suspension internationale, le président Ibrahim Traoré a détaillé les raisons de sa volonté de changement. Entre dénonciation du fonctionnement actuel des fédérations, nouvelle loi sur le sport et création d’une compétition nationale, le Burkina Faso entend reprendre la main sur son football.

La lourde défaite du Burkina Faso face à l’Argentine (7-0), début octobre, continue de provoquer des remous bien au-delà des terrains. Quelques jours après avoir affirmé que le football burkinabè était « malade » et promis des mesures radicales, même au risque de défier la FIFA, le chef de l’état a précisé sa vision. Au cœur de son discours : une contradiction qu’il juge difficilement acceptable entre les investissements considérables de l’État et son pouvoir limité sur la gestion des fédérations sportives. Et le lancement d’un nouveau championnat.

Ibrahim Traoré dénonce un système qui ne fonctionne plus

Pour le président burkinabè, le problème est avant tout structurel. Alors que les pouvoirs publics financent une grande partie du fonctionnement du football national, ils se retrouvent, selon lui, privés de véritables moyens d’action sur sa gouvernance.

« Quand on parle de football, c’est l’État qui fait presque tout. Le déplacement, les primes de sélection, de matchs, de victoire… C’est l’État qui paye tout. Même les supporters. Ce sont des milliards [de FCFA] injectés. À l’intérieur, ce sont des subventions vis-à-vis des clubs. Donc la Fédération ne fait quasiment rien. Tout repose sur les épaules de l’État, mais l’État n’a aucun droit de dire quoi que ce soit. »

Une situation qui nourrit sa frustration, d’autant que toute tentative d’intervention des autorités dans les affaires fédérales peut être interprétée comme une ingérence politique.

« Quoi qu’il essaye de faire, immédiatement quelqu’un dans un bureau à la CAF va dire que l’État s’est ingéré. Et ça vaut des suspensions pour l’équipe nationale. Donc c’est compliqué parce que ça fonctionne sous forme associative. »

Sur le fond, le constat mérite d’être entendu : le financement public du sport soulève nécessairement la question de l’utilisation des ressources et de la responsabilité des dirigeants. Mais les règlements de la FIFA imposent également aux fédérations membres de gérer leurs affaires de manière indépendante, afin de les protéger des interventions politiques.

C’est précisément cette frontière entre contrôle des fonds publics et ingérence dans la gouvernance fédérale qui pourrait devenir le principal point de friction.

Une nouvelle loi et des joueurs rémunérés au Burkina Faso

Le capitaine Traoré ne compte toutefois pas s’en tenir aux critiques. Le chef de l’État a annoncé la préparation d’une nouvelle législation destinée à transformer en profondeur l’organisation du sport burkinabè.

« Il y a une nouvelle loi à venir sur le sport en général qui va mettre fin à toutes ces pratiques-là. On ne peut pas continuer à avoir des associations et espérer quelque chose de compétitif. Donc on passera sûrement à des sociétés sportives, si je peux le dire ainsi. »

L’objectif affiché est de faire évoluer le modèle associatif actuel vers des structures sportives davantage professionnalisées, avec des obligations et un fonctionnement différents.

Cette volonté de changement s’accompagne déjà d’un projet concret. Le 12 octobre, à l’occasion d’une rencontre avec les gouverneurs de régions, Ibrahim Traoré a présenté la Ligue de la souveraineté, une nouvelle compétition destinée à développer la pratique du football sur l’ensemble du territoire.

Les joueurs engagés dans ce championnat devraient percevoir un salaire mensuel minimum de 200 000 FCFA, soit environ 305 euros, et bénéficier d’une couverture sociale. Une mesure ambitieuse dans un contexte où la précarité demeure une réalité pour de nombreux footballeurs locaux.

Reste à connaître les modalités précises de cette réforme et, surtout, la place qu’elle réservera à la Fédération burkinabè de football. Car si la volonté de professionnaliser le secteur et de mieux encadrer les financements publics peut se comprendre, une remise en cause de l’indépendance fédérale pourrait exposer le Burkina Faso à des sanctions internationales.

Après le fiasco argentin, le capitaine Traoré semble en tout cas déterminé à changer les règles du jeu. Quitte à ouvrir un nouveau front avec les instances du football.

« Si c’est avéré, ils vont suspendre l’équipe » : la CAF demande des comptes au Burkina Faso !

Louis Mukoma Fargues