Mathias Kiwanuka a été sélectionné samedi dernier pour jouer avec les New York Giant’s. A 23 ans, il est le premier footballeur américain d’origine ougandaise à entrer dans la National Football League américaine. De plus en plus d’Africains et Etasuniens d’origine africaine récente s’engagent dans le prestigieux championnat, tel le Libérien Tamba Hali ou le Nigérian Victor Adeyanju.


1,98 mètres pour 120 Kg, Mathias Kagimu Kiwanuka a 23 ans et toutes ses dents. Le jeune athlète a été engagé samedi dernier par l’une des plus prestigieuses équipes de football américain : les New York Giant’s. Il s’était jusque-là fait remarquer comme un défenseur intraitable, dans son équipe universitaire de Boston, son coup de rein et sa vitesse lui ayant permis d’y établir un record de 245 tackles (plaquages) effectués en 49 matchs. La franchise new-yorkaise disposait déjà d’une ligne défensive impressionnante, ce qui ne l’a pas empêchée de l’engager en premier choix lors de la draft (le marché annuel des transferts), signe de sa qualité. « Kiwanuka était en tête de notre liste [de sept joueurs]. Nous n’avons rien perdu », s’est défendu le manager général des Giant’s, Ernie Accorsi, critiqué pour ses choix. « Vous ne prenez pas un joueur par besoin mais pour sa valeur », a-t-il ajouté en citant un ancien grand entraîneur de la National Football League (NFL).

Un drapeau ougandais dans sa chambre

Les générations passent et ne se ressemblent pas chez les Kiwanuka. Le grand-père de Mathias était Benedicto Kiwanuka, le premier Premier ministre de l’histoire de l’Ouganda, entré en fonction en 1961 et assassiné en 1972 par celui qui allait devenir « L’ogre de Kampala », Idi Amin Dada. La famille a alors quitté l’Ouganda pour les Etats-Unis et c’est là que Mathias est né le 8 mars 1983. Il a gardé des liens indéfectibles avec son pays d’origine, où il n’est pourtant allé qu’une fois : « C’était vraiment un retour à la maison », a-t-il expliqué à Associated Press en février 2006. « Pour moi, ça avait ce sens. C’est là que l’essentielle de ma famille vit encore ». De fait, étudiant à Indianapolis Cathedral High School, c’est avec un drapeau de l’Ouganda qu’il décore sa chambre. Le même qu’il a emmené à l’université de Boston, avant de se faire tatouer le sceau de la présidence ougandaise dans le dos.

L’African connection de la NFL

La liste des footballeurs récemment installés aux Etats-Unis et évoluant en NFL était loin d’être vierge avant Mathias Kiwanuka. Et elle a tendance à s’allonger. Le massif Nigérian Victor Adeyanju (1,92 m. pour 125 Kg), étudiant footballeur de l’université d’Indiana, a ainsi été choisi au 4e tour de la draft par Saint-Louis. Le Libérien Tamba Hali a un point commun avec Mathias Kiwanuka : sa famille a également quitté son pays pour fuir la guerre. Sauf que le nouvel ailier défensif des Kansas City Chiefs avait alors dix ans, de quoi comprendre se qui se passait et assister à des atrocités, notamment à la blessure de sa mère, agressée en même temps que trois autres personnes ont été tuées. C’est elle qui lui a permis de gagner les Etats-Unis, où il a rejoint son père via la Côte d’Ivoire. L’ex universitaire de Pennsylvania State attend désormais de pouvoir la faire venir, en compagnie de sa sœur, qu’il n’a pas vue depuis 13 ans.

Les deux footballeurs marcheront peut-être sur les pas de Tshimanga « Tim » Biakabutuka, ou « Touchdown Tim », comme il a été surnommé au Canada. C’est là que sa famille s’est exilée, en 1978, quatre ans après sa naissance au Zaïre. Il s’est fait un nom dans le football canadien avant de s’engager avec les Carolina Panthers (NFL) en 1996. Il n’a raccroché ses crampons qu’en 2004, après deux années passées sans jouer en raison d’une blessure au pied droit contractée en octobre 2001. Kader Drame, natif du Sénégal (université de Syracuse, défenseur) et Ashton Youbouty (Ohio State, cornerback), arrivé aux Etats-Unis à quatre ans, n’ont pas été « draftés » cette année, mais ce n’est que partie remise.