Yekini ou l’âge d’or du Nigeria

Le 4 mai 2012, Rashidi Yekini est retrouvé mort. L'attaquant aux 37 buts en 58 sélections avec les Super Eagles reste le symbole d'une génération qui a permis au football mondial de placer le Nigeria sur une carte.


Il y a de ces anniversaires qui sont difficiles à fêter. Trois ans jour pour jour, le Nigeria perdait une de ses légendes, Rashidi Yekini. Meilleur buteur de l'histoire du pays, l'ancien joueur de Gijon, tourmenté et dépressif, a toujours vu sa vie être entourée de mystère. Une vie qui pourtant fera de lui l'arme ultime d'une équipe qui va décomplexer tout un continent.

1994 : Voir Baggio et mourir

D'abord en 1994, année qui marque le début de la période glorieuse du Nigeria. Lors de la CAN tunisienne, les Super Eagles, après une entrée en matière difficile (2 nuls en phases de poules) éliminent le Zaïre en quart (doublé de Yekini) avant de sortir la Côte d'Ivoire en demie lors d'une séance de tirs au but terminée en beauté par le natif de Kaduna. Avec son attaquant fétiche et une équipe en pleine confiance, la sélection nigériane entreprend un rêve un peu fou : sortir des poules de la Coupe du monde aux USA pour sa première participation.

Les Super Eagles devront se défaire dans leur groupe de l'Argentine, de la Bulgarie et de la Grèce. Pour leur première rencontre le Nigeria se met sur de bons rails avec une facile victoire 3-0 sur la Bulgarie. Face à une équipe qui avait bien du mal face à la France en 1993, la Coupe du monde est bien lancée. La défaite logique qui suit contre l'Argentine 2-1 ne cassera en rien la dynamique. Une dernière victoire facile face à la Grèce (2-0) permet au Nigeria de devenir la deuxième équipe africaine de l'histoire à aller en huitième de finale d'une Coupe du monde.

Ce sera face à la grande Italie, celle des Baresi, Massaro ou encore Baggio, que cela se jouera. Ce dernier va anéantir les espoirs de tout un peuple. Alors qu'ils mènent depuis la 25e minute (but d'Amokachi), les Nigérians voient l'ancien Juventini égaliser à la 88e minute avant de marquer le but fatal en prolongation. Un résultat qui reste comme une des grandes déceptions du côté de Lagos et Abuja. Une équipe s'est révélée, elle va tout écraser deux ans plus tard aux JO d'Atlanta.

A jamais les premiers

Le Nigeria n'ira pas à la CAN 1996. Pourtant tenant du titre, le pays déclarera forfait pour des problèmes de sécurité. Les relations avec l'Afrique du Sud (organisateur) étant devenues très tendues sur le plan politique et économique, il faudra attendre les Jeux Olympiques de 1996 pour revoir les Super Eagles briller.

Malgré l'absence de Yekini, due aux règles sur l'âge établies par le CIO, le Nigeria va devenir le premier pays africain à gagner un grand tournoi international. Avec la nouvelle génération des Kanu, Okocha, Oliseh ou encore Taribo West, la médaille d'or sera remportée après deux derniers matches fous.

Face au Brésil d'abord, après avoir été menés 3-1 jusqu'à la 78e minute, les Vert et Blanc finiront par l'emporter grâce à un but en or de Kanu. Bis repetita face à l'Argentine, où après avoir été menés d'un but jusqu'au dernier quart d'heure les Nigérians arriveront finalement à décrocher la médaille d'or avec un but d'Amunike à la 90e minute.

Yekini et le Nigeria dans l'histoire

Suspendu par la CAF pour la CAN 1998 après le forfait de 1996, c'est encore une fois aux yeux du monde entier que le Nigeria va réaliser une très belle performance. Sortis premiers du groupe D devant le Paraguay et l'Espagne, les coéquipiers du vieillissant Yekini se hisseront jusqu'en huitième de finale du Mondial 1998. Première équipe africaine à se hisser à ce niveau sur deux compétitions consécutives, le Nigeria est devenu la place forte du football africain en cette fin de millénaire. Et cette Coupe du monde en 1998 sera la dernière grande compétition de Rashidi Yekini qui se retire avec 37 buts au compteur.

Les années 2000 vont pourtant débuter par une désillusion. Alors que le pays co-organise la CAN avec le Ghana, les Super Eagles arrivent à se hisser en finale. Pourtant, la dernière marche sera trop haute avec une défaite aux tirs au but face au Cameroun du jeune Samuel Eto'o. S'en suivront quatre places de troisième et un quart de finale en cinq éditions de la CAN… jusqu'en 2013 et le sacre en Afrique du Sud.

Pour Rashidi Yekini, l'aventure se terminera tristement. Seul, malade et démuni, ses troubles de bipolarité, sa dépression et d'autres problèmes psychiatriques viendront gâcher la retraite tranquille que devait couler l'ancien international. Son nom est même souvent cité dans des affaires de sorcelleries et magie noire. Les circonstances de sa mort restent encore troubles et personne ne saura ce qu'il est réellement arrivé au Taureau de Kaduna. Une manière de dribbler une dernière fois ceux qui se penchent sur son destin.

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Thomas Bartoli