Zamalek, une saison si particulière

19 supporters décédés avant un match, trois entraîneurs usés, sept points d'avance en tête du classement après 24 journées : le club de Zamalek vit une saison contrastée. Focus sur l'autre club du Caire, en passe de gagner son premier titre depuis onze ans.


Les matches entre Al Ahly et Zamalek conditionnent souvent l'issue de la saison pour les deux clubs rivaux du Caire. Le premier affrontement de la saison entre les deux géants a eu lieu pour le compte de la Super coupe d'Egypte opposant le champion en titre (Ahly) au vainqueur de la coupe (Zamalek). Dans un match qui ne restera pas dans les annales (0-0), les Diables Rouges battent les Chevaliers Blancs aux tirs au but (5-4). Comme depuis onze ans, toute l'Egypte s'attend donc à voir une saison qui couronnera Al Ahly, le mastodonte structuré, plutôt que son voisin fougueux et sacrément désorganisé. Et pourtant…

Invaincu pendant 13 matches

Pour son premier match de championnat Zamalek reçoit le petit club d'El Geish, un match qui sera dirigé par l'entraîneur intérimaire Mohamed Salah qui remplace Hossam Hassan, vainqueur de la dernière coupe. Cette première rencontre se soldera par une victoire sans appel des cairotes 6-1 avec un triplé de Momen Zakaria. Un homme qui s'apprête à bientôt trahir le peuple Rouge et Blanc. Affaire à suivre.

Le Caire est une ville d'excès et le club dirigé par le sombre Mortada Mansour en est un de ces plus grands symboles. Après cette superbe victoire, les supporters y croient dur comme fer, le titre est en marche. Pourtant une série de trois 0-0 d'affilées va les faire déchanter. C'est finalement lors de 6e journée que les Chevaliers vont retrouver le chemins des filets. Un match qui par son scénario va faire office de déclic pour lancer une série de huit victoires en neuf matches.

Alors que la partie entre dans le temps additionnel, le score de ce match face à Smouha est toujours de 0-0. Le salut va venir à la 92e minute de l'attaquant Basem Morsi. La délivrance pour tout un club est enfin arrivée, la mise sera même doublé à la 95e minute. A partir de là, excepté un 0-0 sur la pelouse d'Ismaily, les coéquipiers d'Omar Gaber vont gagner tous leurs matches jusqu'au déplacement sur la pelouse d'ENPPI. Avec des jeunes, pour certains inexpérimentés, l'équipe est vaincue (2-0) et voit sa série d'invincibilité s'arrêter à 13 rencontres. Le début d'une mini-tempête.

Les victoires après la tempête

Le jour du réveillon du nouvel an, Momen Zakaria décide de tuer le père et d'aller garnir les rangs de l'ennemi juré, Al Ahly. Une trahison qui passe mal pour un joueur qui, même s'il était prêté, avait conquis le cœur des fans. S'il n'est pas le premier à mettre un coup d'épée en plein cœur des Chevaliers, personne ne l'avait fait deux jours après avoir marqué un but en leur faveur.

L'entraîneur portugais Jaime Pacheco décide de quitter le club dès le 1er janvier. Le technicien décide de retourner en Arabie Saoudite. Quelques jours plus tard il clamera “ne pas avoir été respecté et que c'est pour cela que [j'ai] quitté Zamalek “. L'ancien coach de Boavista parlera d'un Mortada Mansour trop présent au quotidien et d'un travail d'entraîneur devenu trop difficile à exécuter.

Gagner pour les morts

Le 8 février dernier devait être une fête avec le retour des supporters, cela a finalement été un drame qui a vu 19 morts parmi les supporters de Zamalek. Un évènement qui va évidemment provoquer la suspension immédiate du championnat. La Premier League égyptienne reprendra près d'un mois plus tard.

Le club n'a maintenant plus qu'un seul but, gagner pour les ultras qui ne pourront plus jamais venir au stade. A la suite de cette tragédie, l'équipe aligne quatre victoires d'affilée et une qualification au tour suivant en Coupe de la CAF. Zamalek pointe actuellement en tête du classement avec 7 points d'avance sur son dauphin ENPPI. L'équipe s'appuie sur des jeunes du centre de formation et un recrutement bien senti mené par un nouvel entraîneur Jesualdo Fereira.

Cette année, la star c'est l'équipe

Après le départ de certaines stars (Omotoyossi, Shikabala, Abdel-Shafi, Mohamed Ibrahim), Zamalek a dû changer de stratégie. La confiance est donnée à certains jeunes sortant du centre de formation : Omar Gaber (devenu une pièce maîtresse), Ahmed Samir, Youssef Ibrahim dit “Obama” ou encore Ayman Hefni. Le club a également fait le pari de titulariser deux joueurs qui jusqu'ici avaient montré de belles choses en Premier League égyptienne sans être de grande star en la personne de Basem Morsi (9 buts cette saison) et Marouf Yussuf (voulu également à l'époque par Al Ahly). Le recrutement du Burkinabé Mohamed Koffi permet d'avoir un joueur de devoir qui connait parfaitement le jeu africain.

L'équipe de Zamalek qui aujourd'hui caracole en tête du championnat ne s'est donc pas faite en un jour. Après des années à manger son pain noir, le club a décidé d'arrêter certains transferts ou retours de vieilles gloires qui n'ont rien apporté (Mido, Zaki). Désormais, les Chevaliers Blancs sont en position de s'asseoir pendant quelques années sur le trône. A condition de garder la même ligne de conduite et de ne pas s'enflammer. Ce qui ne sera pas chose facile pour sa direction et ses supporters.

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Thomas Bartoli