“Ce qu’on a réalisé n’est pas anodin, ça nous donne encore plus de force” : la Côte d’Ivoire se projette sur le Mondial après sa victoire historique sur la France

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En renversant l’équipe de France (2-1) jeudi à Nantes en match amical, la Côte d’Ivoire s’est offert bien plus qu’un succès de prestige. À dix jours de leur retour en Coupe du monde, douze ans après leur dernière participation, les Éléphants repartent avec des certitudes, de la confiance et des ambitions renforcées.

De notre envoyé spécial à Nantes,

Et soudain, le stade de la Beaujoire est entré en transe, recouvert par un vacarme assourdissant. Un bruit magnifique, un instant rare, suspendu, que n’oublieront certainement pas de sitôt les milliers de supporters ivoiriens présents, ce jeudi 4 juin 2026, dans l’enceinte nantaise. 

C’était la 84e minute. Un mouvement collectif initié depuis le côté gauche puis rapidement orienté vers l’aile droite : Nicolas Pépé lance dans la profondeur Guéla Doué, qui sert délicieusement Amad Diallo, dont la reprise en première intention ne laisse aucune chance à Mike Maignan. Les Eléphants ont renversé la table. Les vice-champions du monde sont à terre. Emerse Faé, debout dans sa zone technique durant tout le match, exulte. Et dans les tribunes, un parfum de soirée historique flotte dans l’air.

Guéla Doué savoure la victoire de la Côte d'Ivoire
Guéla Doué célèbre son but avec la Côte d’Ivoire. Crédits photo : Ewen Gavet/Icon Sport

« Cette victoire nous donne encore plus de force »

Parce que l’on ne bat pas l’équipe de France tous les jours. Encore moins lorsqu’elle s’avance avec Kylian Mbappé, Michael Olise ou Aurélien Tchouaméni. Encore moins à quelques jours d’une Coupe du monde – Didier Deschamps n’avait d’ailleurs jamais perdu un match de préparation d’un tournoi majeur. 

Au coup de sifflet final, les Ivoiriens pouvaient donc savourer : pour la première fois de leur histoire, ils viennent de faire tomber les Bleus (2-1). Une victoire de prestige dans un match amical, certes. Mais une victoire dont la portée dépasse largement le simple cadre d’une rencontre d’exhibition, compte tenu de l’impression visuelle renvoyée sur le terrain.

Dans dix jours, les Éléphants retrouveront la Coupe du monde, douze ans après leur dernière apparition sur la scène mondiale, au Brésil en 2014. Et ils s’y présenteront avec un capital confiance non négligeable. 

« Ce qu’on a réalisé n’est pas anodin », a d’ailleurs insisté Franck Kessié en zone mixte. « Jouer contre les doubles champions du monde, ce n’est pas facile, et encore moins gagner. Cette victoire nous donne encore plus de force et encore plus d’énergie pour finir notre préparation. »

Des Éléphants transfigurés par Pépé et Amad Diallo

Cette confiance engrangée n’est pourtant pas née d’une démonstration. Pendant près de quarante-cinq minutes, la Côte d’Ivoire a souffert. Beaucoup souffert. Les Français ont monopolisé le ballon. Yahia Fofana a dû s’interposer devant Mbappé (7e), Olise (21e) puis Cherki (32e). Emerse Faé l’a reconnu sans détour : son équipe n’a pas réussi à mettre en place le pressing qu’elle avait imaginé.

« On ne voulait pas rester en bloc bas et subir. Malheureusement, le rapport de force a fait qu’on a subi en première période », a expliqué le sélectionneur ivoirien. Le but de Rayan Cherki (45e) juste avant la pause aurait même pu faire très mal à ses joueurs. Surtout que quelques minutes auparavant, Adingra avait une excellente opportunité de placer les siens en tête, mais l’ailier monégasque, ayant réussi à chiper le ballon dans les pieds de Tchouaméni, a mal négocié son face-à-face avec Maignan (42e).

Mais le retour au vestiaire a redessiné un nouveau rapport de force. Pas uniquement sous l’effet de la revue d’effectif opérée par les Champions du monde 2018 (cinq changements dont Mbappé, Olise et Upamecano), mais davantage à l’audace et à la capacité de projection des Éléphants, transfigurés par les entrées d’Amad Traoré et Nicolas Pépé.

Les deux hommes ont diffusé une menace offensive quasi perpétuelle. Et apporté cette verticalité et cette explosivité qui a tant fait mal à la défense française. « Les entrants nous ont permis de respirer davantage et d’être plus dangereux », s’est réjoui Emerse Faé.

L’égalisation est ainsi intervenue sur une séquence aussi directe qu’efficace : une audacieuse passe plein axe d’Emmanuel Agbadou, une ouverture lumineuse de Pépé sur un appel parfaitement synchronisé de Guéla Doué dans le dos de la défense française. Et le tout conclu avec un sang-froid digne d’un avant-centre par le latéral strasbourgeois (53e). Sous le regard impuissant de son frère Désiré Doué, resté sur le banc.

« Aujourd’hui, on a une équipe complète »

Au-delà du résultat, l’un des renseignements phares de cette soirée historique de la Selefanto réside peut-être dans cette force collective dégagée, sublimée par plusieurs individualités à des postes clés.  

Entre les arrêts de Yahia Fofana, l’activité incessante de Franck Kessié et Seko Fofana au milieu, l’impact des remplaçants ou encore la performance majuscule de Guéla Doué, auteur d’un but et d’une passe décisive, plusieurs joueurs ont tour à tour pris leurs responsabilités.

Seko Fofana, Côte d'Ivoire
Seko Fofana avec la Côte d’Ivoire. Crédits photo : Baptiste Fernandez/Icon Sport

« Aujourd’hui, on a une équipe complète, avec énormément de talent », estime Seko Fofana. « Ce n’est pas parce qu’on a battu l’équipe de France que tout sera facile. Mais on a montré encore une fois qu’on était une belle équipe. » Le même discours revient chez son compère, l’ex-milieu de terrain du Barça, qui veut garder cette dynamique. « Il faut continuer à travailler. Nous avons encore un match amical le 8 juin (ndrl, contre l’équipe réserve de Philadelphie Union). L’objectif, c’est d’être prêts à l’arrivée. L’échéance importante, c’est le 15 juin contre l’Equateur », se projette-t-il déjà. 

« Il ne faut surtout pas s’enflammer »

« Bien sûr, il faut savourer, retenir les bonnes choses et apprécier cette victoire, car on ne bat pas l’équipe de France tous les jours. Mais il ne faut surtout pas s’enflammer », reprend, de son côté, le sélectionneur.

Dans les couloirs de la Beaujoire, les sourires étaient nombreux mais les discours restaient, donc maîtrisés. Les Éléphants savent qu’ils n’ont encore rien accompli au Mondial. Ils savent aussi qu’ils viennent de battre l’une des meilleures sélections de la planète. Et parfois, dans une préparation, il n’existe pas meilleur carburant que cette certitude-là.

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La compo de l’équipe de France : Maignan – Konaté (L. Hernández, 67e), Upamecano (Lacroix, 46e) – Koundé (Gusto, 66e), T. Hernández (Digne, 46e) – Tchouaméni (Kanté, 46e) – Olise (Akliouche, 46e), Cherki (Zaïre-Emery, 78e), Rabiot (Koné, 67e), M. Thuram (Barcola, 89e) – Mbappé (Mateta, 46e)

La compo de la Côte d’Ivoire : Y. Fofana – Singo (Ousmane Diomande, 75e), Agbadou – G. Doué, Konan (Opéri, 68e) – Oumar Diakite (A. Diallo, 46e), Kessié (Inao Oulai, 68e), S. Fofana (Bonny, 68e), Yan Diomande (I. Sangaré, 67e) – Wahi (B. Touré, 67e), Adingra (Pépé, 46e)

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Mamadou Oury Diallo