La vuvuzela, trompette des supporters sud-africains, promet de créer une grosse polémique en juin 2010, quand commencera la Coupe du monde. L’équipe japonaise a exprimé à la mi-novembre son opposition à la trompette. Mais en juin déjà, les critiques avaient fusé, lors du « tour de chauffe » de la Coupe des confédérations. Joueurs, entraîneurs, commentateurs et supporters avaient eu du mal à se faire au bruit assourdissant des trompettes. Il reste que c’est là affaire de fierté nationale, et le président de la FIFA a choisi de ne pas chercher à les interdire pour les mondiaux. Les mauvaises langues persiflent et disent que la vuvuzela est encore la meilleure arme d’une sélection nationale sud-africaine au plus bas niveau de son histoire.


Le président de la FIFA, Joseph Blatter, a du mal à se souvenir du nom… « La buzela… la vubizila… », il butait encore en juin sur le nom de cet étrange instrument, lors d’un conférence de presse, rapporte un journaliste du Buteur. Pourtant, la vuvuzela s’annonce comme un enjeu majeur de la prochaine Coupe du monde, en Afrique du Sud. La liste des équipes qualifiées pour juin et juillet 2010 est désormais connue. Mais la principale épreuve à venir se présente sous la forme d’une fine trompette en plastique, longue de 62 centimètres.

Inoffensive, la vuvuzela ? Pas quand des centaines de supporters des Bafana Bafana, l’équipe nationale, s’emploient à en jouer de concert. Ceux qui suivent la Coupe d’Afrique des nations (CAN) ne sont pas sans le savoir : c’est alors tout le stade qui résonne d’un formidable bourdonnement. Et que personne n’espère une minute de pause, le bruit dure, de manière continue, jusqu’au coup de sifflet final, voire bien après.

Un concert de critiques

Le président de Football du Japon (JFA), Motoaki Inukai, a demandé l’interdiction des vuvuzelas après un match amical Japon-Afrique du Sud, le 14 novembre dernier. Mais c’est la tenue en Afrique du Sud de la très peu médiatique Coupe des confédérations, au mois de juin, qui a lancé le débat dans le microcosme footballistique. De quoi donner un avant-goût de l’ampleur des critiques qui ne manqueront pas de tomber lors des mondiaux.

L’international espagnol Xabi Alonso a ainsi pris position en juin contre les vuvuzelas. « Je pense qu’elles devraient être interdites », a-t-il déclaré selon une chronique du Guardian, ajoutant : « Nous sommes habitués à ce que les gens crient, mais pas à ce bruit de trompettes, qui empêche de se concentrer et qui est insupportable. Elles rendent très difficile la communication entre les joueurs. Elles sont un dérangement et ne font rien pour créer une atmosphère ». Un propos relayé, après le match du 14 novembre, par le défenseur de l’équipe du Japon Marcus Tulio Tanaka, qui s’est plaint, selon la BBC que les joueurs ne puissent pas « entendre ce que les coéquipiers disent à plus de deux mètres ».

L’entraîneur néerlandais, Bert van Marwijk, avait déjà appuyé ce point de vue en déclarant, comme le rapporte ESPN : « Vous voulez donner des instructions à vos joueurs durant le match, mais c’est presque impossible avec ce bruit. Donc pour moi, les trompettes doivent rester hors du stade ». Plusieurs présentateurs et chaînes ont également protesté contre l’inconfort auditif créé chez les téléspectateurs par les vuvuzelas. Le chroniqueur sportif du Guardian prédit même que le premier réflexe des supporters devant leur poste de télévision sera de couper le son.

La vuvuzela, seul atout de l’Afrique du Sud pour la Coupe du monde ?

Face à ce flot de critiques, la réponse de la Fédération internationale de football (FIFA) ne s’est pas fait attendre. Joseph Blatter a alors immédiatement déclaré qu’il ne fallait pas « essayer d’européaniser une Coupe du monde africaine ». « J’ai toujours dit qu’on venait en Afrique. C’est bruyant, c’est de l’énergie, de la musique, du rythme, bref c’est l’Afrique ! », a-t-il précisé. Une déclaration dont les connotations n’ont pas été beaucoup commentées.

C’est pourtant bien la question du racisme qui a été mise en avant par certains partisans de l’instrument, à un moment où pourtant les Sud-africains blancs commencent à se plaire à regarder des matchs de football, et même à jouer de la vuvuzela. C’est par exemple l’argument qu’avance Setumo Stone, dans une chronique de juin pour le quotidien sud-africain Mail&Guardian, même s’il préfère parler d’« intolérance ». « Je signale que nous ne jouons pas de vuvuzela parce que nous sommes africains. Nous jouons de la vuvuzuela parce que nous y obtenons une poussée d’adrénaline du bruit créatif qu’elle produit », s’emporte-t-il.

« Il n’y a rien de raciste là-dessous », se sent obligé de préciser un réfractaire de la trompette sud-africain, interrogé par France 24, avant d’ajouter : « Certains prétendent que les Blancs européens veulent l’interdire, parce qu’ils sont racistes envers les Noirs sud-africains. C’est archi faux. La plupart de mes amis noirs ne supportent pas non plus la vuvuzela ».

Le cinéaste sud-africain Zola Maseko a présenté en juillet dans une tribune au Mail&Guardian une critique plus poussée. Selon lui, l’équipe de football d’Afrique du Sud serait pire que celle du Lichtenstein, et l’unique apport du pays à ce sport serait la vuvuzuela. Il n’y voit qu’une « torture prolongée » sur 90 minutes, « qui ne peut en aucun cas stimuler la créativité ». C’est bien, pour le réalisateur, la peur de se voir accuser de racisme qui a fait que Joseph Blatter a refusé d’interdire la pratique de cet instrument.

Selon Takeshi Okada, l’entraîneur de la sélection japonaise, « peut-être que s’ils jouaient bien au football, [les fans] resteraient tranquilles et regarderaient le match ». Hélas, les résultats des Bafana Bafana sont désastreux, les pires de l’histoire du pays à en croire le classement officiel de la FIFA. Est-ce la raison pour laquelle les ventes de vuvuzelas ne se sont jamais aussi bien portées ?