Onze personnes viennent d’être condamnées à mort dans le cadre du procès du drame de Port-Said. Un événement qui a bouleversé un pays en reconstruction depuis sa révolution. Pourtant, depuis ce drame rien ou presque n’a changé. Le 8 février dernier c’est le club de Zamalek qui a vu 19 de ses supporters mourir juste avant un match dans des conditions obscures.


Nous sommes le premier février 2012, Al-Masry vient de gagner 3-1 sur sa pelouse de Port-Said face au géant Al Ahly. Ces deux clubs se détestent depuis longtemps, une haine qui jusqu’ici se symbolisait seulement par des insultes et chambrages (par exemple, dans la version égyptienne du jeu « Pro Evolution Soccer » quand vous jouez sur le terrain d’ Al Masry un tifo vous accueille avec un « Ici on déteste Al Ahly »). Sauf que ce jour-là, la rivalité footballistique a tourné au bain de sang. Au coup de sifflet final de la rencontre, place au chaos le plus total. Les supporters d’Al Masry ont une seule idée en tête, la barbarie. 74 personnes vont trouver la mort. Pour la grande majorité des supporters du club cairote.

Un drame en mondovision

Alors que l’Egypte est en pleine révolution après avoir renversé Hosni Moubarak, ce drame vient rappeler à quel point l’unité, montrée par la plupart du pays, ne tient qu’a un fil. Les émeutes de Port-Said ne sont pas juste un simple massacre de supporters comme celui du Heysel en 1985. Ici, c’est un acte barbare qui symbolise la violence qui est devenue le quotidien du peuple égyptien à ce moment-là.

La révolution a été sanglante (autour de 2000 morts selon certaines organisations) et il est bien connu qu’un stade de football est le simple et parfois tragique reflet de tous les maux d’une société. Port-Said, petite cité portuaire de l’Egypte touristique, est maintenant assimilé aux yeux du monde entier à la mort et au sang. Les images de massacre en direct à la télévision égyptienne font le tour du monde. On y voit les supporters ahlawites tout faire pour sortir de cet enfer à ciel ouvert, poursuivis par des hommes armés de couteaux voir même de haches.

Et la police dans tout ça ?

Si la responsabilité de ces pseudos-supporters est évidement engagée, celle de la police et des responsables de la sécurité dans le stade l’est également. Un tel drame n’était peut-être pas prévisible mais la sécurité était bien trop faible pour un match entre deux équipes qui se détestent, dans un tel contexte. Neuf officiels du stade seront traduits en justice dans un énorme procès, pas encore terminé mais qui vient d’accoucher de 11 peines de mort ce lundi.

La police, elle, sera jugée débordée voire même laxiste devant cette situation. Certains parlent même de complot, avec une police qui a laissé faire sans rien dire. Seulement, ce sujet est encore aujourd’hui très sensible. Par les temps qui courent pointer du doigt le rôle de la police dans ce massacre aurait l’effet d’une bombe. Pourtant, le 8 février 2015, cette responsabilité va une nouvelle fois être mise à nue avec la mort de 19 supporters du club de Zamalek.

Un parcage nommé cercueil

Trois ans quasiment jours pour jours après Port-Said, c’est cette fois l’autre club du Caire qui va être meurtri de l’intérieur. Alors que depuis trois longues années les matches de Premier League égyptienne se déroulent à huis-clos, cette rencontre entre ENPPI et Zamalek aura le droit d’accueillir des supporters. Les ultras et la ferveur sont enfin de retour dans un championnat qui peine à redevenir ce qu’il était, le meilleur du continent.

Pour mieux gérer les entrées de supporters, la sécurité du stade du Caire a l’idée de créer de toutes pièces une sorte de corridor fait de taule et de grillages. Une « construction » qui ressemble plus à une cage pour animal qu’un endroit d’où peuvent transiter des êtres humains. Avec l’affluence croissante au fil de l’approche du match, ce qui devait malheureusement arriver, arriva. Selon la plupart des témoignages, les intenses tirs de gaz lacrymogènes des policiers présents autour des supporters provoque un mouvement de foule très important. Tirs de gaz et de grenailles qui sont a bout portant vers les supporters acculés dans ce que certains appelleront plus tard « une cage à poule« .

Publication by Ultras White Knights UWK.

Entre le manque d’oxygène, les tirs et les bousculades, le résultat est sans appel, 19 morts du côté des supporters. Cette fois, il n’y a aucun doute que ce soit sur des vidéos prises sur le moment ou tous les témoignages, la police est en grande partie responsable de ce nouveau massacre. Ce qui devait être une fête a tourné encore une fois au cauchemar. Ce qui devait être un simple endroit de transit vers le stade sera le cercueil de certains.

Les tensions entre ultras et policiers qui augmentent

Déjà très grande, comme dans tous les pays du monde, avant ces événements tragiques, les tensions entre la police et les ultras ne font qu’augmenter désormais. Les ACAB (« All Cops are Bastard ») hurlés pendant les matches par les ultras white knights (ultras de Zamalek) ne sont pas près de s’arrêter de sitôt. A la suite du drame de février dernier, ces quatre lettres sont même devenues un signe de défiance pour les supporters des deux clubs (Al Ahly et Zamalek) qui, si ils sont loin d’être parfaits ne méritaient surement par de voir près de 100 des leurs trouver la mort.

Depuis février, bien heureusement aucun drame du genre n’a de nouveau été recensé. Le championnat a repris en mars à huis-clos. Le projet étant d’avoir dès le début de saison prochaine un championnat avec des supporters.
Ces derniers devront corriger leurs comportements, ranger leur haine envers la police et les hautes instances pour venir faire la fête autour du football. La saison actuelle devrait se terminer sans encombre avec au bout, très surement, le titre pour Zamalek. Le premier depuis 2004. Un douzième titre en hommage à dix-neuf chevaliers.