François Zahoui: “Ramener la CAN en Côte d’Ivoire”

Derniers moments de tranquillité pour les Eléphants. A quelques encablures de la finale de la CAN 2012, ce dimanche face à la Zambie, François Zahoui s'est présenté devant la presse pour une longue séance de questions-réponses où le coach de la Selefanto n'a pas mâché ses mots. Afrik-Foot y était.


(de notre envoyé spécial à Libreville)

Afrik-Foot: François, on a beaucoup critiqué le jeu de votre équipe depuis le début de la compétition.

François Zahoui: On le dit depuis le début, notre objectif, c'est de remporter la CAN. Il y a seize équipes au départ et une seule qui ramène la Coupe. On a fait une grosse préparation, on est montés en puissance. Je n'ai jamais été inquiet. On a un groupe de vingt-trois joueurs à gérer. Mais, depuis le début, je le répète, l'essentiel, c'est de gagner. Parfois, c'est vrai, on est limite, on va à l'essentiel mais on respecte nos adversaires.

Que vous inspire cette équipe de Zambie?

C'est une équipe très joueuse, qui évolue ensemble depuis longtemps. Cela fait 4 ou 5 ans qu'ils jouent ensemble. Ils ont des repères et se projettent très vite vers l'avant. Ils ne sont pas en finale par hasard. On a emmagasiné de l'expérience en 2006, on est plus matures. En finale de la Coupe d'Afrique, il n'y a plus de pros ni d'amateurs. C'est la volonté de gagner qui va faire la différence. C'est également une équipe qui affiche ses ambitions. Ils le disent: ils veulent gagner la CAN. On ne peux que respecter ça. Pour eux, c'est du 50-50.

La Zambie est allée se recueillir sur le mémorial de 1993. N'avez-vous pas peur que les esprits penchent du côté des Chipolopolos?

(sourires) Mais, nous aussi, on prie beaucoup. En Afrique, le spirituel est très important. On a beaucoup de respect pour ce qui leur est arrivé. Ils tirent un sacrée énergie de leur malheur. Je l'ai dit, ils ne sont pas en finale par hasard. Mais, en face, on a toute la Côte d'Ivoire qui prie pour nous. Et on ne veut pas les décevoir.

Vous partez tout de même favori de cette finale.

Vous savez, jouer des grands noms, cela motive encore plus nos adversaires. Le coach d'en face n'a pas besoin de motiver ses joueurs… Mais nous avons appris de nos erreurs. Prenez le Sénégal, sans leur faire injure. Ils sont sortis sûrs d'eux des éliminatoires pour être surpris par la Guinée équatoriale, l'Angola ou le Soudan… C'est bien d'avoir des joueurs qui ont pris des gifles par le passé. C'est utile pour les plus jeunes. Ils échangent. On est serein. On sait gérer les moments un peu difficiles où l'adversaire prend le dessus. On a la motivation et on ne fera pas comme le Maroc, le Sénégal ou le Ghana…

Quelle est l'importance des anciens dans votre groupe?

Très importante. Des gens comme Cyril Domoraud, Youssouf Fofana, Gervais Kouassi, Bonaventure Kalo, Martial Yao Kouassi… ont du vécu et une expérience de la compétition. Ils apportent du calme et des conseils utiles à nos joueurs. Mais ce n'est pas une méthode. En France, si je ne me trompe pas, Barthez ou Boghossian ont rejoint le staff de Laurent Blanc. Ils sont passés par là, ils peuvent nous donner des conseils importants.

Et Drogba?

Il y a beaucoup de leaders dans cette équipe. Didier Drogba, c'est notre capitaine. Mais il y a d'autres joueurs importants, comme Kolo Touré, Emmanuel Eboué ou Didier Zokora. Zokora, c'est le joueur le plus expérimenté, celui qui a le plus de sélections… Il trouve souvent les mots justes. Drogba est un emblème. Comme Milla au Cameroun et Weah au Liberia. C'est un joueur important mais ce n'est pas le seul. Il a une grande force de rassemblement. Il tire l'équipe vers le haut. Il est très humble et charismatique. Il sait être décisif quand on en a besoin.

Comment supportez-vous la pression?

Depuis le début, on parle de pression et de favori. Mais j'ai l'impression que c'est vous, les journalistes, qui la voyez. Parce que nous, ça va. Je l'ai dit, je le répète: on est venu ici avec humilité. Beaucoup d'équipes sont venues pour battre la Côte d'Ivoire, pas pour gagner la CAN. C'est l'histoire du corbeau et du Renard. (sourires)

Que répondez-vous à Hervé Renard, justement, qui disait que Yaya Touré ne méritait pas son Ballon d'Or africain?

Si Yaya ne mérite pas le Ballon d'Or, je ne sais pas qui aurait dû l'avoir. Sur son palmarès, sur ses performances, c'est un des meilleurs du continent africain. Mais ces déclarations font partie du jeu. Je ne veux pas dire qu'il fait du Mourinho mais c'est une stratégie. J'admire Hervé Renard, il a besoin de s'amuser. En face, on aura une équipe ultra-motivée, il ne faudra pas sortir de notre concentration.

On a souvent accusé la Côte d'Ivoire de vivre dans un bunker.

Mais, vous savez, l'hôtel où nous sommes est choisi par la CAF. En Guinée équatoriale, c'était un hôtel ouvert. C'est vrai que celui de Libreville ressemble à un bunker mais nous n'avons pas peur. On vit quelque chose de très fort. Et le groupe est bien.

Est-ce que la pluie peut jouer un rôle?

Bien sûr. On sait que la pluie privilégie le jeu basé sur la contre-attaque et la défense. Ce vendredi matin, on s'est entraîné sous la pluie. Il faut savoir gérer les imprévus. Ce sont des paramètres imprévus qui font partie du jeu.

Malgré l'avalanche de joueurs offensifs, c'est la défense ivoirienne qui brille durant cette CAN.

Je ne veux pas enlever de talent aux joueurs offensifs. Avec Drogba, Kalou, Gervinho… on sait qu'on peut marquer à tout moment. Mais on a appris du passé. Souvenez-vous, en 2010, on menait contre l'Algérie, en quarts mais un excès de vouloir aller trop vers l'avant nous a coûté cher. On a eu beaucoup de regrets par le passé. Maintenant, on est plus solides défensivement. On peut marquer à tout moment et s'appuyer sur une défense qui tient la route. Collectivement, on est bien. L'objectif, c'est de marquer un but de plus que l'adversaire. Si on en prend trois demain, ça m'ira. Du moment qu'on en marque quatre ou cinq…

L'arrivée d'Alassane Ouattara vous met-elle une pression supplémentaire?

Que les sages, les gens haut placés, les ministres et même le président soient derrière nous est un honneur. On se sent moins seuls. On est fier de ce soutien. Cette visite, c'est plutôt pour nous booster. Vous savez, pour moi, le football, c'est plus beau du monde. Le soutien des autorités, c'est la cerise sur le gâteau.

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Nicholas Mc Anally