La Coupe d’Afrique des nations restera finalement organisée tous les deux ans. Un revirement salué par une grande partie des amoureux du football africain, mais qui soulève aussi de sérieuses interrogations sur la gouvernance de la CAF. Sur Canal+ Sport Afrique, le journaliste sénégalais Mansour Loum a dénoncé une compétition devenue, selon lui, une simple variable d’ajustement dans la guerre d’influence entre la FIFA et l’UEFA. Une critique qui mérite qu’on s’y attarde.
Après avoir annoncé en décembre 2025 le passage de la CAN à un rythme quadriennal, Patrice Motsepe et la Confédération africaine ont finalement fait machine arrière. Une décision qui préserve la fréquence historique du tournoi, mais qui interroge sur la cohérence de la stratégie de l’instance panafricaine, régulièrement accusée de privilégier les intérêts des grandes puissances du football mondial.
« La CAN est devenue SDF, sans date fixe »
Pour Mansour Loum, le problème dépasse largement la question de la périodicité de la compétition. Il concerne d’abord la manière dont les décisions sont prises.
Le journaliste sénégalais déplore notamment que les changements annoncés n’aient pas été préalablement validés par le Comité exécutif de la CAF, affirmant que plusieurs de ses membres s’en étaient plaints.
Il pointe également les contradictions du discours officiel. Le passage à quatre ans avait été présenté comme une nécessité économique, censée accroître la rareté et donc la valeur commerciale de la CAN. Quelques mois plus tard, ces arguments semblent avoir été abandonnés.
« La CAN est SDF, sans date fixe », résume-t-il, avant de livrer une analyse plus politique.
« J’ai l’impression que la CAF est devenue le bras armé de la guerre entre la FIFA et l’UEFA. »
Selon lui, une CAN organisée tous les quatre ans, éventuellement en été, aurait arrangé les intérêts européens, dont les clubs éviteraient de perdre leurs joueurs en pleine saison, contrairement à l’édition hivernale. Mais son retour à une fréquence biennale, avec la possibilité de nouvelles éditions en janvier ou février, pourrait au contraire raviver les tensions avec les clubs du Vieux Continent.
« La CAF est donc devenue la variable d’ajustement par rapport à cette guerre que se mènent la FIFA et l’UEFA. Est-ce que nos dirigeants voient l’intérêt de l’Afrique ? », s’interroge-t-il.
Une CAN ballotée au gré des intérêts internationaux ?
Cette interrogation intervient dans un contexte de tensions persistantes entre Gianni Infantino et l’UEFA. Les désaccords autour de la gouvernance de la FIFA, de ses projets économiques et de la répartition du pouvoir entre les confédérations ont alimenté un véritable bras de fer ces derniers mois.
Difficile, évidemment, d’affirmer que les revirements de la CAF découlent directement de ce conflit. Mais l’impression d’une instance incapable de définir et de défendre une ligne indépendante est difficile à dissiper.
Sous la présidence de Patrice Motsepe, la soumission de la CAF aux intérêts de la FIFA et Gianni Infantino, comme sa Coupe du Monde des clubs qui causé le décalage saisonnier de la CAN, a déjà suscité de nombreuses critiques. Et les dernières hésitations ne font que les renforcer.
Car quelle autre grande compétition internationale a connu autant de changements de calendrier et de format ces dernières années ? De l’hiver à l’été, puis de l’été à l’hiver, d’une édition tous les deux ans à une annonce de passage à quatre ans, avant un nouveau retour en arrière : la CAN semble perpétuellement sommée de s’adapter aux contraintes des autres.
Certes, le retour à une édition biennale devrait satisfaire une majorité de supporters africains, même si certaines personnalités, à l’image de Didier Drogba, avaient défendu l’idée d’un espacement à quatre ans.
Mais le véritable débat n’est peut-être pas de savoir quelle formule est la meilleure. Il est de comprendre sur quels critères ces décisions sont prises, par qui, et surtout dans l’intérêt de qui.
La CAN constitue l’un des plus grands patrimoines sportifs du continent. Son avenir devrait être déterminé par une vision à long terme du développement du football africain, et non par les rapports de force ou les changements d’humeur des dirigeants internationaux.
Sur ce point, difficile de ne pas rejoindre Mansour Loum : la CAN mérite mieux que de servir de variable d’ajustement au football mondial.
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